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JLLIK.N Hh.M)A
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ESSAI STH i;KSTIif:TloL'K
DE LA PRÉSE5TK
SOCIÉTÉ FKANÇAISE
Lt channe de «ealir c»t-il donc »i f<>rt
U( VTRitME EDITION
ÉMILE-PAIL FHÉHES. LDITELhS
iOO, BLE Dl rAllOlRG-SAlMT-HUtOfti, 100
fLACK BIAVVAl
1918
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iu:Lriii:(.()R
ESSAI SI II LESTHtïloi I
DF LA PRÉSF?ITF
SUCIKTK FK \N« \|nK
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PARIS
KMILE-PAIL FRÈRES. ÉDITEURS
100. IIOB DU PAL'BOLftG-SAl.lT-HOflOlÉ, i 00
LM t nk\l\AL-
iJÏH
Justirw:aUoD du tirage
N^ :]G9
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I /
Belphég^r
ISsBai sur l'esthotiqne de la
présente ocoiôté francalGe, p^-r
Julien Benda. Paris, I9I9-
Ce livre, p'^tit par le volinne,
soulève de grn ses questions; il
8*y attaque avec une ardeur allè-
gre, avec un g^ât tr s vif des
idées et de l'analyse; 11 i^niiici-
te parfois la discussion, 8'"uvent
l'adhésion, en t^ut cas l'attention
et l'intérêt.
Con85dérant "i a "bonne société"
française o'est-H-dire cette clas-
se de privilégiés qui a le loisir
de se livî^er k des émotions ar-
tistiques, telle qu'elle '^tait
avant la guerre (et sur le point
qui l'intéresse, il ne vojt pas
qu'elle ait enc re beaucoup chan-
gé^,Benda la j'ige en ces termes :
La présente société fran^;aii3e
demande aux oeuvres d'art qu'el-
les lui fassent éprouver des émo-
tions et des sensati'^nB : elle
entend ne plus conr.attre p* r elles
aucune espèce le plaisir Intellec-
tiîel .
Balphé^or
Ce goût, 11 reconnaît qn^elle l'a
toujours en; qu'^ aucune époque,
même au gran l siècle, la aoolété
mondaine - le plus souvent dirigée
par d-^8 ferrres - n'a su le prime
abord donnf-r ses préférences aux
oeuvres des ' ntelllgenoes les plus
vlg*^ reuses et les mieux ordonnais*
A Racine, k Bossuet, elle a préféré
des talents secondaires, ou même
des médiocrités* y.ale jamais elle
n'a manifesté, dans tous les domai-
nes, la haine du rationnel aveo
cette volonté, oette opiniâtreté,
cette universalité qu'on Itl voit
aujourd'hui. La logique lui fait
horreur :
Il suffit d'inviter le leoteur à
observer, de ce p^int de vue, la
Moindre conversation le sal^n, sur
la politique, sur 1 'art, sur la
reliéi^n, sur l'amour, pour qu'il
convienne ie l'incroyable confu-
sion d'espjrît qui y éclate chez
ceux qui prennent part, de leur ra-
dicale impuissance à conc* voir
les distinotlnns d'idi^es les moins
subtiles et les plus rebattues;
c'est un pateugesbe général.. •
On voit souvent dans les jour-
neaux, dans les revues, au sujet de
questions théoriques, s'en^ac^r
entre littérateurs des polémiques
Belphf'gor
parfois très viv^s, qni font écla-
ter surtout leur impuissance à
rester dan les limites d*tme ques-
tion donnée; ils en sortent h tout
morent. L^art d'^^rdonner ses idùes,
de les expo er aveo- ] '11:- et de
la facjon la lus intellioi^lô ,
n'est plus lu tout en faveur, LIeme
les règlements officiels, qui s'a-
dressent pourtant k toutes les
classes de la nation, sont g'.rnéra-
l.^m^nt si confus et si mal rédig's,
que le public n'y comprend rien,
pas plus qu'aux instructions qui
sont destinées, en principe, à les
rendra pl^s clairs.
Il n'y a pas là seulen nt tme im-
puivisance de fait, il y a ansoi,
dans la société, une sourde volent-^
de d»41ais8er l'intelligence pure
pour des formes inférieures d'acti-
vité. L'essentiel de l'analyse de
Julien Banda porte sur ce point.
Quelles sont la philosop^Jle , la lit«
t '^rature, les formes d'art qui
plaisent à cette société? celles
qui déconsidèrent les opérations
de l'entendement et ia la raison.
J .Banda, qtii a écrit sur la borg-
aonisma des lirroa de critique très
vive, fait naturellem-^nt tma grande
place, dans la présent ouvraga, à
Belphér^or
une philosophie dont se réclament
tons ceux qui diminuent le rôle et
la portée de 1 ^intelligonoe au pro-
fit de 1 'instinct, de l'intuition
et de toutes les puissances obscu-
res du "moi", qui jadis, relative-
ment K elle, étaient jugées subal-
ternes, et radicalement inf prieures.
L'intelligence est la puissance or-
ganisatrice qui met l'ordre dans le
chaos de n^s sensations. Sans cet
ordre, point le pensée, mais une
sorte le rêverie éparoe, diffuse,
telle qu'on imagine l'instinct des
«mimaux. Suivant la conception in-
tellectualiste, c'est elle qui fait
la supériorité et la noblesse de
l'homme. Au contraire, selon le
bergsonisne, h prendre les choses
en gros, l'intelligence, toute né-
oesiaire qu'elle rst, est une mat-
tresse d'er:eur. Elle ne donne qu'un
symbole décevant de la réalité. Ce
qui nous la r.ontre \ nu, cette réa-
lité, c'est l'in3ti-ct, la "pous-
sée vitale", le Jaillissement de
l'être. Les catégories de l'intelli-
gence sont autant de cadres abstraite
artificiels, qui forment comme une
croate desséchée autour de la vie
profonde. L'invention, le génie,
l'évolution créatrice sont les
Belphégor
prolongem{>nt3 de cet instlnot Tl-
tal, et ne trouvent dans les op»--
rations proprement Intelleotuelles
qu'une limitation et un obstacle.
Cette philosophie a en un reten-
tissement considérahle dans les di-
vers domaines de la pens-^e. mais
elle n'est sans lonte elle-même que
l'expression ingénieusement philo-
sophj q^ie d'une tendance générale
qui se retrouve ailleurs, dans la
littérature pure, dans les drames
de Maeterlino]: pt^r exemple; elle
est une réaction exce:sive contre
certaine abus des systèmes qui, au-
tre danger, faisaient une part ex-
clusive à la raison.
Si l'intellitenoe n'est, selon la
doctrine h la mode, qu'un voile
fifenant et trompeur, loin de noua
les concepts, lea symboles; les
raisonn«^mont3 de la logique, les
opérations discursives de l'enten-
dement, tous oos int:^rmédi aires qui
altèrent le sentiment de la Vie!
C'est par l'intuition» que nous
pouvons 1h saisir; 11 faut s'unir
a l'âme des choses, Ips atteindre
dans leur évolution profonde, enfin
se fondre en elles. Il y a là un
état de pur amour, un mysticisme
d*Tm nouvecui genre, une sorte de
et -.«?
b
Belphrtgor
qui étl gme cLrtlôtl q^ue .
Oea e tasaa sont naturellenent ac-
oompagnéas d^un clument sens'Jel,
l'tme sorte da volupté vag^ie , de
plaisir diffus. Notre littérature da
société tend, en effet, à levenir
de plus en plus émot've. Se sentir
vivre en ooninu>^ avec la nature, sans
le moindre effort pour se distinguer
d'elle, o^eet l'op»^ration d'une sen-
sibilité qui peut être très fine,
mais c'est le minimun d'aotivitj et
de mérite d'une fnroe doùoe de pen-
S 90 •
Connaître, penser, jugor, c'est au
contraire, se distinguer des cHoses,
lutter avec elles pour les saisir,
les dominer, les ordonner, et c'est
la pi^îs hauto fonction de l'nonT.e;
mais c'est ce d nt on ne v:ut k au-
cun prix.
ITous ne pouvonn suivre J^Benda
dans le détail de son analyse, qui
oompreni bien d'autres SToptomes du
même oi^ire : haine des idées géné-
rales, goât du particulier, ot,
danii le particulier mîr.e, de ce
qu'il y a le plus inexprimable; hai-
ne de l'an^ayse, et "soif gloutonne
du Tout**; délain pour les idées
claires et distinctes si ch'^res à
Desoartes, et amour de l'indistinct,
du trvjble, du fluide; méconnédssanoi
Balphégor
des qualités q'Qi sont proprement
artistiques (équilil)re des propor-
tions, gradation des effets, appro-
priation de la forme au fond, eto),
et recherche de 1' émotion dans la
sympathie que le leoteur éprouve
pour l'âme, la sensibilité, la per-
sonne de IH^crivain; en ppyohologie,
abandon des caractères généraux,
tels que les concevaient les clas-
siques, pour la peinture des traits
les plus particuliers et les plus
concrète; impatience de toute loi
de l'e3prit, de tout d^^terminisme
psychologique propre à expliquer;
par des relations de cause à effet
les idées, les sentiments, les actes
d^s personnages d'une oeuvre litté-
raire, mais u)je vive estime pour
ceux qui a^ssent d^une faqon tout
h, fait illogique, imprévisible,
exceptionnelle, comme on en rencon-
tre chez les maîtres du roman russe;
désir de la nouveauté h tout prix :
nouveauté dans le sujet (chose
dont se souciait fort peu tm Racine
ou un Lafontaine), et nouveauté dans
la forme; désir qui, daoïs ce dernier
Cas, amène ies écrivains, souvent
d'un très grand talent, a inposer,
et des lecteurs, souvent d'une très
grande bonne foi, à tol^^rer des
obsourlt-B, d^s bizarreries ou des
Belphëgnr
balbutiements d'expre.-si ^n q'ai sont
pr^; rement la négation des vertus
le la langue frainçaise; affeotation,
enfin, d'ignorer l'art, et d'être
totit nature :
Autrefo: s les éoriv^ins dônuiSs de
métier voulaient pass- r po^^r en a-
voir; aujourd'hui, oeux qui en sont
farois veulent nous faire oroire
qu'ils ne savent môme pas ce que
o'est ,
To tes ces analyses de la première
partie sont fort pénétrantes, et
d'un vif intérêt; on regrette que
les éléments n'en soient pas dispo-
sés suivant un plan plus net. D'un
esprit Justement amateur des bellaa
oonstruotions intellectuelles, on
serait en droî t d'attendre u e mé-
thode plus visible. Toujours ast-il
que J.Benda dénonoe avec talent,
arec force, un malaise évident at
g^'néral du goût fran<îais, et qu'il
est bien venu h soutenir, contra un
abus décevant du sentiment et de
l'intuition, les droits de : 'int 1-
liganoe et de la raison.
Très Justement il note, dans notre
public mon^eiin et dans la littéra-
ture correspondante, le joût de l'ax
alté at du pathétique. Le lyrisme,
déjK monté si haut chez les romanti-
ques, est poussé chez nos oontempo-
Balphé^r
raine, si possible, plus haijt enonre
On ne derr.anle que e l'émoi, et on
en demande non senlem-^nt k la poésie
at» roman, au th^Sâtre, mais encore
à la critique, h l^histoire et même
aux doctrines soientifiques. Dana
tous les domaines on se montre beau-
coup moins pressé de comprendre que
de vibrer avec les âmes, avec la
nature, avec les forces primordia-
les, rudimentaires, mystérieuses.
J.Banda s'élève donc avec raison
contre ce lyrisme abusif, exclusif,
qui fait tort à la pensée. Haie par-
fois, en dfjfendant la raison, il se
laisse enîporter lui-même par la pas-
sion. On s^attendrait que, rencon-
trant enfin d^s esprits qui n^ont
cessé de lutter, comme lui, pour les
droits de Inintelligence contre l'é-
motion romantique, il se réjouit de
les Voir au moins sur ce point en
oonfondté d'efforts avec lui. On
est logicien ou on ne l'est pas.
Quand on aime la raison, on dot
l'aimer partout où on la rencontre.
Mais J^Benda nous dit tout h coup :
"^n ne voit pas pourquoi le primat
de la raison ne sorait pas un thlme
lyriq»#...Le ronantiaioa de la rai-
son était tout indiqué", et là-des-
suail imagine le lyrisme de la rai-
Belphégnr
Boiit pour mettre dans cette caté-
gorie péjorative ceux qni emploient
la m^^thnde intalleotualiste , ration
nelle, h défendre des idées qui ap-
pareminent ne lui plaisent point, et
po'or appeler romantique l'auteur
d'.oithinea et de l'avenir de l^in-
telligenoe .
On pourrait pousser co jeu» et chei?
cher chez J.Banda lui-même les ger-
mes d'un lyrisme qui s'ignore. Meiis
ce ne sont 1\ que d: s jeux, et mâme
de simples Jeux de mots.
De m$r.e, on est un peu surpris de
l'insistemoe avec laquelle J.Benda
ran^e Barrés parmi les adversaires
de l'intellectualisme. Romantique,
Barrés l'est certainement; mais,
s'il est impo sible de parler de Ini
d'une facjon complète sans prononcer
le mn* '•lyrisme", il ne l'es'^ pas
moins d'éviter le mot "idéol^^e" ,
et Benda lui-mSme l'emploi. Atiwun
écrivain n'a manié l'abstraction et
l'cmeilyse avec autant de naturel
que Barrés. A l'origine de tous ses
élans lyriques, de tous ses émois,
11 a toujours une idée, une vue de
l'esprit. Bon thème dn culte de la
terre, et de:i morts, en particulier,
qui exerre la verve de J.Benda, est,
en môme temps qn'on sentiment, et
même avant d'en fîtr^ un. une idée
Belphégor
Une idée philosophique qtii d' ac-
corde pkrf ai tement, par exemple,
aveo le système d'Tin Au^ste Comte.
On a quelque peine k ronger Barr^^s,
Itil aussi, parmi les pontifes d'une
8ooi(^té qui "entend ne plus connaî-
tre aucune espèce de plaisir intel-
lectuel".
Deins la seconde partie, "beaucoup
plus br'^ve que la première, l'auteur
se demande d'où provient cette mala-
die qu'il y a décrite î "cette fré-
n^'^sie de la S'^ciété frantjaise à
faire des ouvrages de l'esprit xme
occasion d'émoi"?
Faut-ilPattribuer h l'influence Jui-
ve? J.Benda distingue deur sortes de
juifs : les Juifs sévères et mora-
listes, e t 1 8 juifs avides se sen-
sations. Il les désigne respecti-
vement par ces appellations symboli-
qîieB t les Héhreux et les Carthagi-
nois, ou encore Jahveh et Belphcgor
(d'où le titre du liVre) :
On ne saurait nier l'emportement
des Carthaginois pour la littérature
créatrice d'émoti-ns, leur culte du
théâtre, eu comédien, leur s^if
(alexandrine) de l'indistinct, du
non défini, du mystérieux, de la
confusion du sujet e'^^ de I 'objet.
Mais, selon J.Benda, cette in ^'lueno^
n'a fait qu« s'ajouter à une
Belphégor
tendance qui existait d-Jà : elle
n'a pu se dôvelopier que dans une
Booiété t^ut alexandrine elle-meBe.
Il 'nctimine d^ autres irriuences,
entre autres celles des femnes, Bru-
netière avait déjà déclaré qu'elle
fut toujours asirez peu favorable
à l'éclosion des oeuvres fortes. C«
BPrad t .assurt-ment.une erreur, de
s'imaginer que merre au :C7II** si-^cla
toutes les femmes pensaient sur les
choses ie l'esprit avec autant de
Justesse que Mm de 3évigné ou IJne
de La ?ayette. Mais, tout de même»
on a vu autrefois dos mondaines s'in
téresser, plus qu'elles ne font au-
jourd'hui, -1 de grandes entreprises
intellectuelles. !»!2na de Pompadour
intervenait auprès du ministre qui
interdisait la publication de l'Sn-
oyolopédie. "Se figure-t-on au-
jonrd hui, s'écrie J.Benda; la mat-
tresr.a du chef de l'état exigeant
du t'^uv^ nement la Duhli cation de
Larf^usse?"
Notre auteur n'a qu- trop raison,
l^rsou'il all^c^e comrr;e la princi-
pale cause e cette décadence du
goût l'ataissenent g/jn'ral de la
culture, et que, poussant plus loin
son analysa, il montre les diffé4
rente aspects de cet ahais^-^ment t
l'abandon des lettres antiques, les
meiVeu ea inatitrioea de l'intelli-
Belphégor
senoe hunalne, la dédain où est
tomb 'e l^Uuie do la 1-^gique, qui
donnait à l'esyrit tme solide arma-
ture, eu s ns laquelle, tel ur oorp3
aux os amollis, il ne peut que Ta-
ciller; sans parler de la théologie
(J.Banda, qui n'a rien d'un soolas-
tique, lui rend très imparti al ornent
juatioe), dont l'étude, si répandue
aux âges classiques, donnait l'ha-
bitude, Inoubliaole, des fines dis-
tinotions lo^siques, et d'une subtile
analyse mentale.
Divers ohangements sociaux aocantuen
oet abaissement % l'aocesaion, dans
la bon- e sooiét^i, de parvenus du
GOïTPieroe ou de l'industrie, tris ha-
biles dans leurs spécialités, mais
Innt l'eaprit, au point de vue da
la culture générale, "est propre-
ment h l'état de nature"; l'insécu-
rité des fortunes et des situations;
le désir de jouir, la difficulté
d'arriver, la nécessité de fournir
uî: travail én-^rrae; en '^utre - si-
tuation nouvelle,- les conséquences
terribles de la guerre; partout, la
diminution des loisirs. On sa da-
mcinda ce qu'il reste pour la spécu-
lation pure, les e:xercioes de l'in-
telligence, le jugement purement
artistique. On ne veut plus que d'un
art qui donne des plaisirs rapides.
Belphégor
Bansuels et v-lolenta.
La mal est ^and, J.Benda l'ezpose
avBo une pénétration et une foroe
singulières. Maie le remède, les
espoirs de gu^rison, où les voit-
Il? A vrai dire, il n'en voit guère.
Pour lui, l'alexandriniame est un
mal néceasaire, la vieillesse fata-
le de toute s-oiété civilisée. Il
oon8idère,d' ailleurs» que oet alex-
anlrini.^me de la a^oiété française
n'a point fait tort, oonne la guerre
l'a surabondamment montré, à ses
qualités civiques et guerrières, et
qu'il peut fort bien, d'autre part,
se concilier avec une grande pros-
périté économique, ^iais il pense
que ce qui est en question, le
goât même de cette société, ne peut
que s'enfoncer dana ce mysticisme
sens'Jel et irrationnel qu'il a dé-
crit. Il semble môme écarter, aveo
u^e certaine impatience amère, l'i-
dée qu'il pourrait en être autre-
ment. Il prévolt *ien des retours
de "violent classicisme" (pourquoi
violent?), miiis il déclare d'avance,
d'une façon péremptoire, que ce
sera"une mode" et "une forme parti-
culière ^u besoin de l'excessif".
Cent bien vite décider des choses
futures. Peut-être est-il permis
de former d'autres espoirs. Dt^ns
les années qui ont précédé la
guerre, il ûtait possible de dis-
Belphégor
oemer chez les llttérateura des
jéimaB générations le progrès d'una
renaissaoïoe olasslqua* Ceux que la
guarra a épargnés feront germer la
"bonne semence.
Parallèler-ant, un livre intelligent
comme celui de J*Benda» manifesta
important d'une réaction intellao-
tualiste, est un motif d^espérar.-
Louis Coquelin
AVKRTISSt.MK.NT
L étude tjm suit a été écrite, pour la plus
grande partie, avant l'atmée é9i4, c'est-à-dire
alors que la bourgeoisie française, entourée du
bien-^tre qui convietit à son rang et résolue de
croire à sa sécurité, avait le loisir de se livrer
à des émotions de luxe y notamment à celles
que peuvent donner les ouvrages de l'esprit.
Depuis, tout a changé et ceM apparemment
perdre le sens que de parler des « volontés
esthétiques » d'une société dont l'unique 5oin,
pendant quatre ans, fut de se demander si elle
ne .serait pas ruuiée ou si ses fils ne seraient pas
tués^ et doni tout le souci est aujourd hui de
savoir si la cessation de la guerre ca iassurer
vraiment des jouissatices de la pair. Toute fois^
VIII
dans la nu'sure un une société avancée conserve,
jusqu en ses pbis (/rares j)n''(KcupationSj (jnelque
sensibilité à l inutile et montre encore, par
échappées, queUpie réactian aux choses de l'art,
il nous parait (pie resthétifjue de la pré'sente
société l'ran(;aise continue d'être en sa fjriinde
li(p\e celle (pie ïious dénonviais ici. On ne voit
pas, d ailleurs, pour(pi(u la yuerrCy déjà moins
apte fpCon ne Ceùt cru à modifier les caractères,
serait propre à transformer les cultures et chan-
rjerait des hommes (pii ne poursuiroit daiis l'art
qu'une occasion démoi en des honunes qui y
chej'chenl nn jjlaisir de l'esprit, (ht voit plutôt
qu'elle doit les renforcer datis leur furie d'émoi.
Nos considérations sur la passion de la société
française contemporaine pour le trouble nnjstique.
par exemple, sur s(m horreur du rationnel, sont,
a'oijons-nous. tiioins que jamais « iimctuelles ».
Ce n'est pas. du moins, l'acctteil fait aux daiùers
ouvj'aqes de MM. Hourijet et Claudel (pii fera
dire le contraire.
IX
\mts appelons ici société la « 6<m»jf société » ,
c esl-à'iiire cette classe de peisofines privilégiées
qui vxceut dans l'oùsiveté et le raffinement , et dont
l une dfs fonctions est de s^adonner an « ramage
littéraire ». voire ^ de nas jours, scienti- philoso-
phique. La sensibilité esthétique de cette classe
na point fait jusqu'ici l objet d'une imitable
étude. L hùitoire littéraire, par rette même con-
ception qui, dans l'histoire politique, ne sait voir
que les roui, n'a guère considéi'é, en ces matières,
que les tendances de certains esprits de marque.
Et pourtant, les besoins que les mondains vien-
nent satisfaire au.r «ntvres d'art, n est-ce pas
un important aspect de leur structure morale,
n'est<e pas une signât urr de la forme d'âme de
cette rlwise toujours si influente dans l'Etat et
dont toutes les manifestations dès lors sont si
di4jnes d'attention? (4)
At Citons toati^foi*. comme ane heureose UnUtive dan«
]r . louvrnir«- de M. Th -M dr^ v- ' "- -
' lu Urntituntlu-n • Il v«ii.
» >."..icHon. <|ti iin^ hi^to-rf lus. ,,,. j...-- .... ..
Nos dociimetits, pour (ièlerimner les tendances
esthétiques de la présente société française ofit
été les professions de foi de five o*clock ou
d'après-diner, les revues et journaujr mondains,
surtout les œurres de lws auteurs dont nous
cror/ons pouvoir, en ruisoîi de leur succès, pen-
ser (ju'ils donnent le mieux satisfaction au (joùt
public ou (jiCils le représentent le plus fidèle -
Dicut. On reijrette d'avoir à dire que ces auteurs
iu' sont pas seulefnent ceux de second ordre, et
que cette loi (pi énonçait jadis un cntique ; /j,
selon laquelle les hotis écrira ins. eux. loin qu ils
incarnent les préjuijcs de leur temps, s j/opposetit
au cojitraire, ne se vérifie plus de nos jours.
\ous parlons quelquefois, en ces paqes, du
fond, une histoire de l'opinion publique, pourrait être
réellement suKKesti>o. • .M. Paul l.aromhe Tnine, historien
(le lu litteniture pense ♦^j^aleinent que l'étude du public et
de ses goûts fait partie de l'histoire liiléraire. M. Lan'^on a
exprimé souvent des >uesdaiis le même sens. Mais un grand
ouvrage d'ensemble reste à faire. K}ue\ beau sujet pour un
jeune homme qui v consaorerail sa vie : Histoire de l'e*the-
tiqne de la stnicte lninnii>>e.
' \] Kroile Paguet.
XI
mauvais goût fie notre ioaéti • démocratique ».
Xous voulons dire dont les goûts sont devenus
ceux du peuple, du moitui ceux quon attend de
lui indifférence aux vaieui^ intellectuelles ^ religion
de l'émotion). Xous n entendons ici ni maudnr
ni flatter auatn régime politique. Au surplus,
nous dirions volontiers avec une femme du XYiiT
siècle : « J'apprllc peuple tout ce qui pense
basscttient et cofmnunétnrtil : la miir rn o>i
remplie. » (I)
Novembre tiU8.
Il M— de Umb«rt.
|{liLIMIE(;<»l{
Il nous semblf <|Ur rcslhelique de la [)iv-
^enlc soci«»l<^ franraisr, — plus précisément
-a volonté Ci^lliéliquc, — peut sVxprimer
d'un mot :
Im présente société /rançnLse demande fuw
ruvrex d'art (ju elles lui fassent éprouver dt'<
rmotions et des sensations; elle entend tw plus
ronnnitre pat elles aucune espècr df plaisir
intellectuel.
i'Aiie volonli', t'n sa nature, n'i'st jx)int
propn» à ce tornps. Dirigée, depuis <|u'elle
2 n Kl. PU KG ou
existe, i»ar des femmes et des jeunes gens,
la société française a toujours préféré, dans
Tart, ce qui faisait battre son cœur ou cares-
sait ses sens î\ ce (jui pouvait toucher sou
esprit. La pièce la j>lus applaudie du siècle
« de la raisf)n » fut Tiniocrate et le roman
le plus goûté nv lut pas la Princesso de
Clèvcs (l). Ce qui est i)ropre à ce temps,
c'est l'extraordinaire })erfection de celte
Tolonté, sa [)récision, sa violence: c'«*st l'ap-
plication. — la science, — qu'elle met à
se satisfaire, à étendre son champ; c'est
comme elh' est universelle et qu'on la trouve
aux Ames dites les })lus cultivées: c'est sur-
tout la conscience qu'on en prend, la fi-MM»'
qu'on en a, les systèmes qu'on en fail.
C'est de quoi nous di /ons les principaux
symptômes.
(l'i Voir 1.1 noie A h la rtn du M^lumo.
URLPHÉGOil
SOIT Vyr. rîflt»M M^-TIQI'K AVE«: LKSàE.nCE
DES < IIUSES
L'un (les plus «'•clalanls, — tionl la |»lti-
parl (les autres dérivent. — est cette doc-
trine fjui veut quf Tait consiste en uw
union mystique avec Tessence des choses.
On sait que, selon une école extrêmement
populaire de nos jours, Part doit rompre
avec tout ce (pii est jV/^V des choses, exis-
tence (relies (hns notre es/>n7, mais les saisir
r/rtn.s leitr exisfvncr propre^ s'unir h leur
< principe de vie », à leur « palf>itatioii
inti^rieun» », cela par un acte de pur amour,
— « sympathie , * intnitinii «^ — où
sombre, piir définition, toute espèce d'activité
intellectu(*lle : concepts, .symboles, mo'urs
du langaf^c. • f/esthétique moderne, dit un
I IJI.M'IIKGOR
rli' ses apùlres (l)* <*onsiste à >ai>ii- la rt-alilé
m dehors de hmfe expression, Iraduction ou
représentation si/ntboli(jue » ; elle a pour
méthode c Vintuitiott, sorte d*» vision cen-
trale qui devient Ir ryt/unc mcme changeant
et reçu des choses » ; cette intuition (c'est
l'auleur qui souii^nie) « ne réfléchit pas; cllr
ol action, cceur, iiioi ». « Si la rose, prononce
nn autre (s'inspiraiit d'une page d»' William
.lames), si la rosii n'a\ail pas de nom, cllr
ii'rii serait pas moin^ la puissanct» de vir
ri de beauté qu'elle esl. S unir à celte
puissance eu mouranl à ses noms, cl plus
généralement à tout ce (pie rcnlendeniviu!
prononce à propos d'elle, telle est la fonc-
lion de l'art. ^> Voilà, cerles, nue aclivite
elrangementémou vaille, el <praucune société
n'avait encore songé a demander j\ rartisle.
Les contemporains de Musset et de Lamar-
1^ .M. TanrnHlc de Visan, l'Attilude du lyritme voHtem
nKr PUKi.OFî o
tiiie voulaient assun-ment, ( t avant tout, «U-
IVinolion rians l'art: mais ils ne l'ont jamais
rxi;;ée, surtout cxprcssénienl, juscju'à extinc-
tion (le l'enlendement. Il v a là un dm*!
progrès.
.Nous ur discnttrons jniinl cette con< ip-
lion d'un art ()iii prétend « se passer dt*
5ymlx)lrs » ; nous ne dinins pas non plus
combien d'»'*crivains lurent artistes (IV-
Irarque, MalhorlH»), (pii no « sunirent |)oint
à l'Ame des choses . m que, si certain^ le
fun*nt qui |»i*ali<|nrr«iil c«'tle union (par
exemple M. Ikirrès, en certaines pages de la
(immle PUir des K(fli>ies de France)^ ils ne le
furent |M)int |)ar cet <^lat du ca^ur, mais jiar
la forme qu'ils lui donnèrent, c'esl-à-din*
|)ar \ idrr cpiils on prirent. .Notre sujet n'i>t
|>as de diMutor les doctrines de nos conleni-
I>orains, mais de marrpier les volontés qm
s'v exprinunt.
iMscernons bii'U lo^ diverses volonlis
<) BELPHEGOU
d'émoi ({u'enveloppe une telle doctrine :
1° L'art doit saisir les choses dans leur prin-
rijjt' de vie. C'est là, au surplus, un émoi (jue
nos contemporains demandent à toutes les
activités de l'esprit : la philosophie, la
science (du moins biologique), doivent, elles
aussi, comme nous le verrons, leur faire
loucher l'objet « dans son essence », dans
sou ^ |)rincipe évoluant ». Remarquons que,
pour surcroit de pouvoir émouvant, ce prin-
cipe n'est jamais du j^eurc modéré, mais
« palpitation », « ignition »,« dynamisme »;
l'absolu d'aujourd'hui, romme nous l'avons
noté ailleurs (1), n'est plus quiétude, mais
agitation; l'Eternel est devenu |>assion; plus
que jamais ou pont diro du repos, avec le
poiite,
Qiion en lai^ail jadis le parl.i-c (le> «lieux.
!2^ L'art doit s unir à ce principe; il ne doit
(1) Sur le Succès du Hcruscmisme, p. IT.'i et suiv.
BKl.rUKGuU *
pas le reganler, le Jécnrc^ ce qui mipliqu»*
l'u rester disfiwt, il doit s'y unir, plus pré-
• isénienl s'y fondre^ s'y confondre. C'e*it là
un article formel : « Vous avez enfin com-
pris, dit un penseur nuKJerne en définissant
l'étal d'âme qui lioit, selon nos esthète^
servir de ly|)e à l'arlivilé artistique, vous
avez enfin compris que si votre connaissance
de la trajectoire (dessinée par un mobile par-
courant l'espace) ne constituait pas une don-
née sufiisante, c'est parce que vous la repar-
di«*z du dehors au lieu de vous confondre arec
le point (yui la décrit et d adopter son nwuvp-
ment » (I). Aussi bien, quand nos docteurs
prononcent que Tart « doit cesser de tourner
autour des chose^s, mais s'insUller en leur
intérieur ». rela ne sijjnifie pas du tout,
selon eux, (pie l'art doit porter son regard sur
l'intérieur tics choses, mais bien au contraire
• 1) H. Bnusoil, KMtai kur If* ilonn^tt immédiala dé ta
'tmtcimtet, p. |46w
8 HELP II KG OU
qu'il doit mourir à toute espèce de j-egard (en
tant que refrarder une chose, ccï^t toujours
lui demeui-er extérieur) oA se confondre à \n
vie des choses.
Constamment on entend nos prophètes
déclarer que Tartiste doit « épouser le rythme
inlerne des choses >, «< derenir la vie de<
choses )', « vicre les choses ^. Hemarquon>
bien cette curieuse volonté. — tout à fait
j^énérale (ils l'ont aussi à j>roi)OS du critiijue,
de rin'storien, «lu philosophe) et si pro|)re a
ce temps, du moins comme volonté cons-
ciente et formulée, — d'une abolition de </k-
tinction entre l'artiste et le'S choses, d'une
diasolution de sn pcrsonn(ditê dans leur âme.
a l'évanouissement de tout jugement, «If-
toute transcendance de lui par rap[>orl a
elles. I\iut-il dire quelle émotion d'une sa-
veur toute spéciale, fpielle exquise défaillanee
se lie à un tel speclarh? Ajoutons qu'eu
dehors de celte fusion de l'artiste avec sou
UKi.niKr.oiv 11
>ujet, r « aiJoplion d»* la vio dt*s choses » est,
par elle-rn»'nu\ un s[M'clarle étrangement
troublant.
A côté de a*lte émotion de douce défail-
lance due a l'image de l'artiste s*évanouis-
sant dans l'âme des choses, notons aussi une
émotion forte, causée [uir la vue de la combi-
naison ignre entre rame <ie Tarlisle et celh*
de l'objet, ronïme par la vue d'un profond
«•mbrassornonl. Sachous reronnailn* aussi,
dans leur volonté d'une •• installation » à
l'intérienr des choses, la soif d*une sort*-
d'envahissement sexuel des choses, de vio-
lation df leur intimité, d'immixtion au plus
sccn^t (h* l«'ur être, soif dont tout le monde
conviendra qu'elle n'a ri«'n à \nir avec la
recherche d'une émotion esthétique. Bien
«ntendu, les émotions (pie notre analyse rend
ici distinctes no le sont |)oint dans l'Ame
de nos e>lliéli'>, et rharnn»' <\ n-nforce de la
pn'-Ni'nce drs ;»n!ro<.
I.
10 BKLIMIKGOR
3" L'art, pour s'unir à ràiiie des clioses,
doit accéder à un clal tic par amouiy où s éva-
nouit toute e.'ipècc (ractivité intellcctueUe; en
d'autres termes, l'art doit consister dans un
élal a/ fectif par. ^oiis verrons d'autres formes
encore de cette volonté qu'ont nos conten»-
porains de contempler, à roccasion des
produits de l'esprit, cette chose infiuimfînt
troublante qu'est un état alVectif pur. Admi-
rons ici leur puissance, vraiment curieuse
ciiez des personnes du monde, à bien former
ce concept — fort abstrait — d'état atVectil
pur, leur habileté à dénoncer l'activité intel-
lectuelle sous ses aspects les plus subtils :
svniboles, images, représt'ntations, mœurs
du langage. \a\ haine donne du génie (I).
lia Qu'est-ce qu'un symbole? In sUjne misa la plaa»
dune réalité. Or, les poètes roulemporains s'en K-fcrvul à
la rralité, au vivant inlrriour. «t non aux ap/Kircnres, au\
signes exlériciirs des choses. » T. de Wsanjoc.cit.)
Pour ce (jui csl de I;» relation du lanK.«gc a>ec l'activilé
inleliecioclle, déjà, dans l'antiquilc. tie purs mondains
semlilont lavoir aperçue; loutofois. c'était pour la respecter.
N'esl-c»' p;is troublant de liiesous la plume dune femme du
RELl'IlKGOit li
Observons bien que c<*. pur sentiment des
choses, exempt de tout Inivail inlrllecluel,
n'est point, selon nas eslhèles, un prenner
temps de l'activité artistique, un état nères-
siure^ mais sinipicnienl préfxiratoirey sur
lequel l'intelligence viendra ensuite s'exercer
.1 la manière d'un démiui*j?e; non, — el
loute l'orii^inalilé de la doilrine est là, —
il ft,<t l'aclivité artisti(|ue tout entière; l'artiste
ne doit pas devenir lùnie des choses pour
ensuite la mi^ux dur, il doit la devenir et s'en
tenir ià; cela lui sullit à mériter son nom.
Voici, sur ce |K>int, une déclaration nette el
S43uvent applaudie : « Il existe au moins une
classe de ces privilégiés (qui se meuvent dan<
la • perceplinn pure », c'6st-à-di<re dans
II- pur sentiment des choses, non mêlé
d'intellect), ce s^nit lr< artistes.,. Ceux-là ue
nn.n<l.', aapr«ini«'r«ncrlc de noire» n* Snljun.i ! • Ï.U quoi?
1.- i^ r.- ,l.'n dii'ut veat-il eakter lut hoiurom \r* nrttdonl
aB«M«*. leur Mer, anri» Imufftgt, In rmunn
\J, BE II' Il KG or,
s'occupent i\uix élargii* loiir perception, !<nns
chercher à s'ilevei' au-dessus (relie (1). >» Toulc-
fois, comme il faut cependant rendre com|)te
de ce fait que l'artiste t'.r;)nmr son senlimonl.
on a invonlô un état où 1(? pur sentimciil
des choses en devient, pm- sa propre natun\
l'exj)ression artistique, un état qui • permet
au poète de penser tout d'un coup son poème,
de s'intérioriser dans l'objet de son chant,
jusqu'à ce (|ue Vcvpression de ce dianl soi(
^oti dtne inctne vécue dans le temps de ny/ ro;jx-
cletice. » r-) Mais remarquons bien qui'ii
tout cela on continue de ne rien demander
i\ rintelligence; c'est le sentiment (jiii cnre
l'expression d'art, et lail donc tous les frais
de Tarlivilé artisti(jue.
Cette volonté que le seul sentiment
!; H. l5i;iu.so.N, la l*eiccjttion du f haïujcment, p. 7 ot 8iii\ .,
I ité avec enthousiasme par A. du Frcsnoit. \GH Jtlaa du
10 juin 11)11..
'î) T. il.; Vis»nn. op. cil., p. 413. C\. aussi J. Flort-nw. I<i
l'hnlangp, sept. 191*J il jMi^sim. A pi-opos de celte doclriur.
>oir la nol*^ B à la lin du voluin»\
h KM' Il KG un i:t
suflise à Tari, notons (juc. elle encore, les
premiers romantiques eux-mêmes ne l'ont
p;is connue. Certains l'ont même formelle-
ment répudiée : « J'ai eu de l'Ame, dit Tiiii
d'«nix, r'tst MMi voilà tout. J'ai jet»;
cpielques cris du cœur. Mais, îji l'ûme sulFil
pour sentir, elle ne suffit pas pour exprimer. -
d^imnrtini'.) (1)
.Noiuns aussi oombirn «'ettiî communion
mystique avec les clio>es rst, selon nos do<-
lours, t'\sniUelle à l'activité artistique. Klle
n'est |>oint une source d'art (xarmi d'auln*
sources possibles; elle est la source un if] ue.
tjuun (lauliercfui j>ei};nit Venise et Tolède fA*
rexlérinir^ sans « S4' mêler a leur p,dpitation
1 11 •joiiif, ijan» un rr*pc«'l — (teu romantique — {>our
le Invail : L' te mp^ m'a inan«|u»* pour une frutr»- r^»-
f.iile, pane qu<- j'.ii «iilapnlé !•• t»-inp«, <-,• capit.il «Ju .
l'rvxligue du t«mpt, il rs( ju^t^* ^lUf I j^'ntr me wati'^ur
l-iti. . jiioiur », on li; Mit. ne -«* fil {»oinC.
R'inan{uoiis « J'ai eu de 1 Amf, « '«.••»t vrai : fxniu lomt.
Nnl ariifte aujourd'hui ne parlerait de l'âme tar r"
i4 HLLPHÉGOR
ni les u presser contre son cœur ", soit pour-
lanl un artiste, ils l'admettent ditlicilement.
C'est ee (jui se voit dans leurs trait's
d'esthétique, dans leurs « arts poétiques •>,
dont tous les préceptes — ^ fusion à l'àme
des choses », « pénétration en leur mys-
tère », etc. — s'appli(|uent exclusivement a
l'art mysti(juc. sans qu'ils songent môme à
prévenir de cette restriction, tant ils ont
dans les moelles qu'il n'y a pas d'autre art.
Marquons entin cet entêtement qu'ils
mettent à appeler (wt une union aphasique
avec l'essence des choses. Pourquoi, à tout
prix, oe nom impropre ? rourtjuoi pas simple-
ment <■ état du cœur », «« amour », « union
mystique »? C'est que. la valeur de nos mots
venant encore du m* époque qui plaçait an
sommet les qualités de l'esprit, c'est ton-
jours le mot nrf, avec son parfum (finlel-
Icclualilé, qui reste le mot llatleur. Ce cpi'il
\ a de tragiqut* dans le cas des barbares
BKLI'MKGOIt 1
liiixlernes, c'est qu'ils vivent sous le ré}<ime
vt>rba) des civilisés.
«Ictle conception touli- affective do lar!
"'exprime encore, chez nos contemporains.
hous plusieurs autres formes qu'il est lion
«le itHronnaltre, et dtjnl cerLiin«'r4 moltenl
fwirticiiliôromont bien ni relief leur fringale
• le l'émoi, leur horreur de l'idée :
I ' L*art tloit êlro une j}ercfption immétlUitr
des choses, supprimer tout intermôdiainî.
tout « voile interj)osf » entre le monde et nou^
(ce • voile », c'est les formes de la représenta-
tioDK Sous cet as[»et*t. Ton touche bien cette
soif gloutonne de l'immédiat qui caractérise
nos inod«*rnes, cette volonté qu'ils ont de
lK)ire à même les rhoses, soif qu'ils prélfu-
dent étancher, non pas seulement |ijir l'art,
mais [tar la sciena*, |»ar la philosophie: celle
dernien», nous lessivons, doit leurdnnnerune
• l«rception directe > du monde, une « donnée
16 }?i:li'1ii;«;oii
iiiimi'diiitc >'. Le plus rmuirquable, ccsl la
supériorité qu'ils confèrent à qui se monti't'
capable d'une telle perception, comme si la
marque principale do la hauteur d'un rire
dans l'échelle des vivants n'étail p;is préci-
sément la l'acuité qu'il a de remplacer la
perception directe [uir Tindirccle, depuis
l'animal qui sait la température d'une eau
en la louchant de sa pallc jusqu'à l'homme
qui la sait par la lecture il'un chillr»' sur
une colonne de verre. .N'oublions j>as, an
reste, que *• perception din^le » d'une chose ne
veut ])as dire, pour eux, vue directe sur cette
chose, mais s?/y)/);T.ss/'i// ilr hmtr rur^ coïnci-
dence a\ec cette chose.
2" l/art doit donner les choses dans Irur
iralil'\ non dans les (lè/'nnunfiojis (jn'oi fuH
rinlcUiiirmc (on sait qu'ils viennent de décou-
vi'irque rintellipjence • défornje tout cequ'elle
louciie. ' ) Rappelons cpie cette déformalitm
que l'intelligenco fait des choses, — laquelle
r.Fi.i'UKGOH t:
est simplement la fuculté qu'a l'iiomme (!••
œnvcrlir 1«* inondt^ son^^ihle en chose inh'l-
lif^ihle, — fut rejjardn.' |>ar les mondains <hi
xmT siècle, (juand l)rs<artes la leur révéla,
comme Thonnour mt^niede notre esjxce. Ola
encore mesun» assez bien le progrès de la
société français*». Au surplus, il serait du
dernier comirjue de voir dans celle hoir» m
de nos contem()oniins |)our la déforntalion
des choses, un amour [nniv la vérité : Sainl-
Simon, lui au^si, « déforme tout ce rju'il
touche »; ils le savent, el ils l'en vén»'*-
renl. C*esl qu'il déforme arer sa passion, (le
qu'ils repoussent, ce n'est |>as l'altération du
vrai, c'est TaUération faite par ImteUiijeuce.
C'est ici le lieu di* marquer un des traits
les plus curieux de cette société : sa haine de
l'intelligence. Nous avons dit ailleurs les
nombreuses formes par quoi elle manifeste
celle haine : sa volt)nlé de confondre l'iiittl-
ligencc avec le raisonnement sec et inin-
18 HKLIMIKGOU
venlif, pour la bien mépriser; de croire
que les grandes découvertes se font par une
fonction (!'« intuition ») qui * transcende »
l'intelligence, dans le désordre de Tespril,
hors de toute logique, p;ir une sorte de soul-
ilet à rintellectualisnie; sa joie de constater
ce qu'elle croit être les échecs, les « faillites »
de la science (au lii*u de s'en attrister);
d'entendre ([uc rintelli^eiice n'e^t liée qu'à
nos besoins « pratiques >», « utilitaires ». au
« corporel », à l'a inférieur "*, (ju'elle est
adaptée, que dis-jeî (pi'elle est idenliquc au
monde inerte, à la « matière », aux déchets
de l'univers, etc. (kîtte déte^tation violente,
consciente et organisée, de l'intelligence, —
tt intellectuel » est presque devenu un terme
de mépris dans nos salons, — constitue une
chose tout à fait nouvelle dans une société
franeaise. Les hommes de 1830 ne l'ont nul-
lement connue; les « romantiques * d'alors
prélfiidai.Mit écrire [»onr une élite « intelli-
nKLI-llÉi.OR 1'>
^ente, litgi({ue, conséquente. >» {\) Llle sera
la manjup de nolnî tenip^* dans l'histoire de
Il civilisation française.
Notons toutefois ra)>plication de ces
i-unemis de tout intt llertualisme à déclarer
que c*esl seulement à rintellectualisme tnal
rowprtë qu'ils s'en prennent, à l'intellettua-
lisme scolaire ei poie^aeujc (2); surtout à pi*o-
riamer qu'ils repK'sentent.eux, € le véritahl»'
intellectualisme. > (''^)\\ t^t évident que, pour
ses détracteurs eux-mêmes, et quoi qu'ils en
disent, rintellectualisme, — du moins, le
mol, — conservt; une Mirte de presti^'C réma-
nent. Ainsi les rois barl>arts, qui vi'naient
détruire la civilisation romaine, ne vivaient
rien de plus glorieux que d*étre appelés
ronsuls ( \).
\\ Voir la Prétece à^tttrmami.
\% Bitgion, P^guj: voir ootre Succts du Btrgtonimm,
p. 91.
II> Le Ro> ; \«iir ut., p. WZ
V Mainl anti intellicluali»!** a^éré, «ne IbU allaqo«-
•-oame ici, t'applique à drnionliTr qn'il De Vt»l pfiint : Pé^my
•JO lîKLPHKcJOi;
'^^ L'art doit saisir Tobjel dans sa particti-
larilr. Il convient de; distinguer deux sens
dans ce commandement, et comme deux de-
grés successifs du désii* d'éprouver. D'abord,
on veut dire que l'art floit crccr une funuf
pour chaque objet (conmic la science une caté-
p;orie f)0ur chaque l'ail), n'évo^iuer que !'//<-
J/r<V/</c/ (objet de sensation), proscrire le (jeuir
(objet de pensée). L'idéal de nos délicals, en
ce sens, c'est la langue des Hurons. où h*
verbe qui signilie manger varie autant de
Ibis (ju'il y a de choses comestibles; ou m-
core celle des lro(]uois, dans laquelle un mol
spécial désigne la (jueu(' d'un chien, m»
autre celle d'un monloii. nn autre celle crnn
bœuf, maison il n'y en a pas [>our désignai'
\ote sur }f. Deriison'; Ucrgson Réponso a M. Em. Borol.
lieviie do fnr(ii])hysùiur et do iiii*rnU\\nï\\. l'.^)S: ; l'.d. I.o Il<>
Heruf (lu j/joj.s, juin l'.tlJ'. M. Motnain Holl.inil (Ait dessin
de 1(1 tiiôU-e, p.OHi traite aujourdlini h» passa^cMl»» ses livres
nù il rahaisx' l'intelliKenre d' < un peu paradoxaux ». Rar
hinr-i IioMioux d(^ leur barbarie"
i;i:i.i'iiÉ(;on îfl
la queue imi p-néral (1 ). Toutefois il n'y a là
<]u*une abolition inconiplète île l'activil»' intel-
lectuelle : une idi'îc faite |)Our un seul olijcl.
(•/est tout «l»' même une idée; un nom [)ro|>ri*,
«•'«isl tout (le même un nom. Aussi rexigenee
• lu |Kirtieuli«T en art vent-elle dire l»- ]A\\<
souvenl, < Imz nos gens, (jii. Tari doit saisir
Tobjel hoisilc toute articulation de (esprit^ liors
di^ tout nom, dans ee (ju'il a « «funiqur et
ft'ine,rpnniabU ». (Voir li^Mj^sou, Lr Hoy, etc.)
\" L'art doit donner l'nhjet dans sa totalitr
iii(lécoiiiposablf. \À rnc*»r«', distinj^uons d(Mi\
volontés : «Tune |Kirt, la simple soif glou-
tonne du Tout; d'autre |».irt la volonté,
une fois di' plu<, de saisi i- l'ohjet dans .s;i
■ vie », «lans le seidimeiit (ju'il a de ^on
èlre, — chos*' en ofTet in<iivisiblt>, — ri non
• 1^ L'aost^ire ivii* tiède temblc avoir furt bien tu nentir,
j lixiaNion. la valniir du pnrticulicr. « La blancheur d^
ilnii . <lil Saint K^nmond n ••^vi^ml au porlmit de mn
ami»', I»' viTinnl dr* lc\r\'s, -«int «1. ■ . -ns irup (jt'nr-
ml»* p«uir un rhartm» *«'«nl »•! |> i ,•• ji- ne \tu\%
dfy^'Mulr^ » Mai- d'auln-s \alrnr^ [m-^j;. ru i\anl.
■22 ItKLPMKC.OR
(iciiis les aspects, — divers et analysables. —
qu'il prend aux yeux de qui l'ol^serve du
dehors. Toutefois, sous cette dernière forme,
nos esthètes énoncent expressément leur
haine pour tout ce qui relève de la catégorie
ihi iuwthrr, haine qui ;i toujours été au fond
de tous les séides de Témotion, mais dont la
la claire conscience est chose assez nouvelle
chez des j)ersonnes du monde.
Pour ce (]ui est de IfMir soif gloutonne du
Tout, elle semble avoir été sentie avec une
ardeur toute spéciale par M. Claudel, t Clau-
del, dit un de ses exèpèles (1) et ivm sans
quelque resj>ect pour ce trait, veut tout
eonnaître et tout posséder. Elle (la nature)
«•nI une profondeur et une totalité, et cette
tolalilé qn*il n»» piMil (Mubrasser fait la han-
tise et le lounnenl de son esj>ril. « Suivent
des citations impressionnantes. Hélnsl vuilà
(1) l). IIai.kvv, Otielr/ui'f fiourcnux maîtres, p. 1\.
BKLI'IIKCOIl i.T
()ui va «lésefi(>éror Clainli*! ot ses liilèlt*- : tl
y a un ancien qui a él<^ enoorc plus loin
que lui dans la soif qu'il manife'^li»; dans
une lr;i|>édie d*Eschyl»\ dont il no nous
reste que quelques vers (1), on parle d'ein
l 'passer Ztus - (jui est le Tout et ce qui existe
eu plus du Tout • î
IMOSCJUPTIO.N I>K I \ NKTFCTÉ KN AKI.
<:ULTK DK l'indistinct.
Lu antre trait, voi>in du précé<ient, «{ui
marque encore l'assiduité de nos gens à
éprouver de la sensation par l'art, à repous-
ser tout « lat iiitelkn-tuel, c'est l»ur volonté
que l'art i^non' les distinctions dea choses
entre ell»*s, les séparations nettes, les con-
toui^ définis, mais ((u'il présente les choses
dans hur • indistinction », dans leur « p«*-
nétration réciprotjue •, dans leur « mou-
t LmFUIm du Soleil.
2i HELPHtGOi;
vancc * s dans leur «• lluiclilc ». On n'ignore
pas en eflet que, d'une pari, la perception des
choses comme distincles est Tessence même
(ie racliviti^ inlellectuelle; que, par surcroît,
ils le savent à présent di: et (]ue, d'autn*
part, l'indistinction, outre (ju elle supprime
cette activité délestée, crée une sensation de
trouble particulièrement savoureuse. Obser-
vons bien, au reste, (juc rindistinct, dans
l'estliétique moderne, n'est point prisé seu-
lement comme nép:alion du distinct, mais
pour lui-même, comme valeur {>ositive.
(Voir, par exem[)le. ri'Jmtution créatrice :
« l'idée de désordre «.)
Ici encore, la volonté qui- nous signalons
n'est j>oint nouvelle l'n nv/ imhnr. De tout
temps, les Ames sensibles eurent de l'ait mit
pour rinij)ré('is, pour le mal défini: bien
^l Depuis VKssdi sur 1rs lionnrfs imw^diatfs <ie la rons-
rinvc, dont cVst toute la tli('<»r.
I
nKLPiiKGon 25
avant aujourd'hui, on ainiail que l*art pei-
gnit ces in<^lants où,
SoDà èlre nuit, il n'<st po» encore jour,
l Hugo goûtait (lellini d'avoir .«u faire
I 11 h nui •i.'\ient Icmin»^ m ivslani l\> «'ncon-.
' . -jiji . -. iionvean, c*esl cju'on ne veut plus
: autre art, iV.>l iju*on nifpris4' l'art précis,
est qu'on a de l'indistinct, non pas le
^otit. Tiiai-^ la reli<;ion, d au iioiu d'un
-yslème.
dominent avec dei? mots, des images,
esl-à-dire des ê vocal ions de clio.ses di--
imctes, va-l-on dire l'indistinct? T.n accumu-
lant les expressions, au lieu de se borner a
. illc qui convient, de manicTC (|ue leur
iioinlire neutralisa» en (|uel(|ue sorte la pn-
• ision de cliacunt* d'elles; en proi-iVlant par
approximations successives », par « trans-
iositions d'art -, jKir * suggestions perp*'»-
«lelles • : en «> choisissant les images aus>i
t
26 in:i.i>iiK(;on
disparaUs que possible » de manière à t em-
pêcher Tu ne (juelconque d'entre elles d'usur-
per la j»lace de l'inluition qu'elle est charj;:Ly
d'appelei'. > (h On peut dire (jue >i les
anciens niellaient leur eft'orl à corriger le
va^'ue des mots, les modernes le méfient à
en corriger la neltelé.
(]elle proscription du contour des objets,
eelle eslhéti(|ue de l'indistinct, s'étend à un
domaine où elle surprend tout parliculièie-
menl : celui des arts plastiques. C'est (pour
nous en tenir à l'ordre pictural) la pros-
eriplion du dessin des choses, ra|)j)lication à
les peindredans leur « imbricatinn innlueil»» .
dans leur « éternel fondu », dans leur (f perp<*-
tuelle instabilité. » (2) Au surplus, la volonté
de la peinture moderne de repousser louf
il) T. do Vistin. <»/>. cit., \k hjS.
[i) a l,e ge!<te qii»* non»i voulons n'produire sur la tuil<'
m? s«'n» plus lin iiislanl lî\é du tlvnamismr univor.Hl ; f.
sora ^imfdelnent In sensation dyu.imiquc elle-m^me, l'n
«ITel, tout bouge, tout court, tout so transforme, ctr. .
'.Manifrste futuriste.)
BELPUK(;Oa il
élément intellectuel se traduit encore dan<
une autre sérieded<ictrines, dont rintention,
travers les mille gioses qu on en donne,
ut se résumer d'un mol : susciter l'irapres-
»n 4|ue nous recevons des choses hors de
sigmficalion que notre etprU lettr dotrne^ par
\emple l'impression que nous en rw'e^'ons,
matin, quand nous nous éveillons et alors
que notre intelligence* ne les a pas encore
repéra, ou encore (|uand nous les regar-
l'^ns la tôte entn^ no jambes (en jarjrun
hilosophique, substituer la sensiUion à la
nepUun . On sait qu'il existe, en même
inps, une autre école, exactement con-
traire : celle de la peinture « synthétique •
ubisme) ou de l'abstraction à outrance, qui
ut réduire la représentation i\es choses ù
lelques formes élémentiires, pun*s créa-
>ns de l'esprit. C'e^t la un ca> particulier
un autre romantisme, qu«» nous verrons
"- i'»'n ' • romantisme de la nii«^n.
28 IIKLPHKGOK
Chose plu.^ curieuse encore : celle injpré-
cision, ou la demande à Tidéologie. I^ cri-
lique, la science, voire la philosophie, sont
invitées à Cuir les idées à frontière arrêtée,
les définitions, à procéder par couleuis indé-
cises, j)ar « al(*;:ories « mouvantes », par
« concepts lîuides ». Des écrivains qui se
donnent formellement pour des penseur^
(H. Uoliand, (i. Sorel, ^Villialll .lame.**) sont
prisés pour la ♦* mobilité t> de leurs dires,
pour la « fluidité » de leur doclrinc T^l cri-
tique est loué pour son appliaition à éviter
(jue sa pensée < ne se fige en idée nette », à
« poser toutes les atfirmations à la fois. » (I )
" Maudit le jour, s'écrie un de nos esthètes
à propos truno de ses idoles, maudit le jour
où cet esprit se fixerait! » (2). Li philo-
sophie d(^il consister eu une alTirmatitiu
(h Mercure dr Franre, !•' aoAl 1911 : « André Gido.
li(iue liUérainv »
2> Hemu (1hi(in, Vers et prose, lomo xm, p. 6:'..
nEl.i'MKi;»)»; jy
« insaisissable » ([kiicl* «ju «lie doit iinitiM"
la vie); le j)liiloso[)lR' ii»* peut prooi'der
qu' « en artiste » i\ ) (entendez : sans
ri;^'uenr); la rij^ii»Mif, • ()tii est p«'iit-rtri
de mise dans un raisonnement inathénia-
ti(]ue, est tout à fait hors de pro|>os dans
une discussion philosoplii(pie » (i), etc.. Un
[K'nseur du -^rand siècle (Spinoza) a étonné
>on temps en lui disant que les idées confuseî*
Nrivent de Dieu <*onim»- les idé«'s distinctes;
>»ii étonnerait le nôtre en lui disant (pie
les idées distinctes dérivent de? Dieu comme
les idées confuses. Cela encon? mesure assez
bien !•• progrès (3).
1 (f. Ragiot, Revue phiUMophique, juillet 1907.
J J. Fu>ni.M:r, ta Phahin'/e, Juill'-l 1912. — L'in<Ji,
\ .lion «ernble rtrc une x.il- ur j>our not conlcmporHini
III.' 'ii« oii maiii'Tv morale. » WU'i «lon<* faire cnU.*ndn* à ces
t' ni' .ii>, ilil l'un (l'ra\ à p^op^» «l'un rrimo paMionnol, que
' iïu< hufn.iint' «o n-fenur coram» iin«5 nfornenMbl*? quind
11 \«ul IfclainT at.-.- la lantiT»»- «l»- Dm^tii*"' Allcx tl.»ni
I 11 'liri'(|ue l'amour i-l li hain<- %*'. Ctiropovnl comme 1^
» ... <l lr bleu dans la lumen' •• \}\ Jili*. F.xtfluor,
'^ aux. 1913.»
3 On Mil que di^Jà Frneliiu. • rirn ne montre niieui
«iihien il oft de notre tnmp« i-t rn rupture avec le« pnnd
t.
80 IJEl.l'IIKGOll
Au fond de ce goût de nos contemporains
pour Técrivain exempt d'idées claires et dis-
tinctes, sachons reconnailre quelque chose
de plus profond et de commun, apparem-
ment, à toutes les com|>airnies mondaines :
l'attirance pour l'inlelligence faible, Taver-
sion pour l'esprit puissant. Que le lecteur
veuille l)ien évoquer, et en remontant un
peu «laiis rhisloire, la galerie des talents —
poètes, penseurs, journalistes, simples mii-
goût », — s*«''Iève. 1*1 [ji-opos dr Boiirtlaloiio, coiilro Irg « «livi-
sions fi. dont a lesbai*ruges g>'>oni(.'-tri((ucs emprc-bciit la |>en8te
et réniolioii. » Aussi bien si-mble-t-il déjà appeler nos svm
bolistes : il voudrait, en pot'sie /W/re sur un }MH'te tic sou
temps , " un je ne sais t/uoi qui est une farililè ii laqutlli'
il est dinicilc d'atteindre », ■ un assemblapo de tant dr
choses qui semblent oppos/'cs «quicsla pres<juc impossible
dans une ^ersilicalion aussi ^«'nante que la noln- » ; plu^
trace liiez lui de la doctrine de .Mavnard, qui a\ait Irôrn-
jusqu'alors, selon laquelle • liaque ver< doit se détacher
avec un sens pb>iu et luniplct. Rappelons que ^ou sl^le.
du moins dint le^ Maximn des Smut^. est Irait»* par Saint-
Simon de ' l)arbare, d'obscur, d'«imbra>;é >. — lUilTou. au
contraire de Kcnelon. s't'lôve />i.v(ï)»/rs sur le s/'/ie , non
pas contre le> divisions, mais conlr»' rej;cés des divisions.
et n«»n pas jiarce (jue cet excès emp'che l'émotion, mai"
parce qu'il einptVhe l'impression d'unilc qui doit ressortir
d'un ouvrage. — esthétique émineuinienl inlelleclualisl<
liKLPHl «.ni: :». 1
>»'Ur> — cIktin de la injun»* <(RMet»'. <JUf
ir«»spriU « (in- •, • délicat^ », « «limables »,
« pleins de grâce ••; combien jmîh «resprils
- vigoureux »! Une de M»''léa<rre, de Pline le
Jrune,(le La Fare, d'abbc'* de Choisy, de Jules
Janin, de Caro, de FV»rp>on; combien peu
d«' La Hochefoncauld ou de Montasquieii î
Hue de natures féminines: combien peu
d'hommes! Au reste, cpi'ont-elles à faire
d* « (»prits vigoureux », ces personnes dont
toute la raison d'être est de rechercher ee
*|iii |M^ut les rharuier? Kt qui niern Ir
• harm*' d'une certaine faiblesse? (ii
llnfin. fi cAt»'» de cf^ mt^pri^ «le nos nM»n-
I 1: Il • iMiu, Ui>n> ne rdiir:eont |>uint paroii re>
iii ' f '^.s ♦'^i.rit» <iii.n<Mii:nriif \iril* .iti\ iiii'ln il
U< <v ^ luUci,;;* * . JluuUi.itii.
32
Bi: M» M ET. on
(lains pour la distinction des idées, mar-
quons ce (rail, — qui n'y éUiit pas nécessai-
rement inclus (car on peut mépriser unr
rhose tout en la possédant; cela est niénu^
élégant), — nous voulons dire leur parfait»
impuissance à pratiquer cette distinction 1 1 ».
Il suffit d'inviter le lecteur à observer, «le
ce point de vue, la moindre conversation d»-
salon, sni- la [jolitique, sur l'iiil, sur la
religion, sur l'amour, pour iju'il conviciiiir
do l'incroyable confusion d'esprit (pii y éclair
chez ceux (]ni y prennent part, de leur radi-
cale impuissance' à concevoir les distinction^
d'idées les moins subtiles et les plus rebat-
tues; c'est un pataugeage général où Ton
s'aperçoit biciitùt qu'ils n'ont pas la moindre
(1 On n'obsorvc peut t^tre |>as tonjotirs assez qur l<
• Icclain pour une faoullr de l'rspril loexiste parfois a\oo 1.
liiil (junn ne l'a point, \oioi, par rtiMiipK', à propos duii
^'land homme, une remarcjui' qui a son prix : « Quant à la
logi(iuc, il ne fait pas expri-s do s'<>n affraurliir. Y manqurr
sans (t'ssc ol rclTet d'un don dr nature, auipul il doit la
spontancito et le savotireux iniiiri''vu do s.t inini. n
iUenou>ier sur Hrnan.;
lIKI.PtlÉGOK 33
idt-e de la dilVéïi'nco (juil v ;i, j>ar exemple,
eiilre la liberté politique et le droit de faire
tout ce qin' Ion veut, entre le |)Ouvoir émou-
vant d'u iw uni vre d'art «ît sa valeur esthétique,
entre le .M'iitiment reli*:ien\ et une croyanoi'
formelle, entn* l'amour et la tendrtîsse. Aussi
bien, tout le monde a pu œnstater maintes
fois, dans les lettres de nos mondaines, leur
imapacilé d'^xpriiinr ,\\*hi précision la
moindre idée, que dis-jeî le moindre fait,
de donner avec exactiludf le moin<lre nn-
sei^ement, de dire, dans Tordre des chose*
les plus simphîs, ee quelles veulent dire e(
cela seulement. iU\ ne |»eut se défendre de
songer que ces j:ens sont les enfants i l'une
nation où \v< m«>ndain^ s»» sont ap|>elés lielz,
Siiint-Kvremond, La lU^hefoucnuld, M'"' de
\a Fayette, où les jeunes femm«*s fai-^aient
ronramment des distinctions comme celles-
ci : « L*oraison [tassivc eonsisli^ dans l«> pur
amour, mais ce pur amour |)eut être sans
.Vi in;LPUKGO!i
elle. » (M'" (le (irignani. ki disparition de
toute espèce de puissance dialectique dans
une société française sera une des stupéfac-
tions de l'histoire ( 1 ).
On peut faire la même constatation au
sujet de nos littérateurs. Li totale ignorance
des principes de l'esprit chez la î)lupart
d'entre eux, rt des plus grands, est vrai-
ment chose inouïe. VX nous ne parlons pas
de l'elVroyable iràe-lus où ils se débattent dès
qu'ils se mettent à manier des idées (voir,
par exemple, les polémiques de certains
coryphées, au début de la guerre, avec
M. Paul Souday à propos de la cpiestion
Nielzs<'lie, de la (pu'stion Heiiaii, de la
[\\ Hussy-Habutin «'cril (dt*c. lG78i à un correspondant qui
l'invifr A t\c» délinitions do termes : « Nous disions que le
bon air altiio \v rci>\n'c{. M"» dr Coli^ny uVst sn fille a
irouvé qu'il fallait mcll re l'eslinie, clnou^y avons souscrit. ■
î't i'ncon- : - l'onr moi. j avais ju^'i' li* bon sens et le jii^f-
menl la mt'-me ehose. M"» de Coli^nv v«)ulait que le bon
sens roganhll Ils |)ensr»'s et 1p< e\|in>'«-«i(>n>, v\ le jupemrnl
In conduite. - Il semble que cette aiwuiee d'une jeune
mondaine dans la dissociation des idées ait paru toute natu-
relle à son entoninpr.
HKLPIIÉGOR as
< mystique de la giiern» •), ruais de choses
liien plus modeslcs. Je sais un de nos
« inailros •, (|ui adrtssr iim* lellre au
ministre en vue d^oMenir un rjiangement
dans sa situation niditain*; il s y prend do
Iclle sorte qu«*, |>our comprendre ce qu'il
veut dire, ou est ohli^'é de le prier de
recommencer trois fois. In autre demande
aux lecteurs d'un grand journal de Tardent
f»our uno œuvn^de hienfai^ance; il s'exprime
si rjairement, an sujtl du ino<Je de piii»-
mint, que pendant huit jours les colonnes
• lu journal S4»nt n^mplies de demandes
d'explicîiliou d.' ses correspondants, iju'on
mette, en n>(anl, la précision d'un Hacim*
lans le moiudn» conseil d'iiygiine à son
lils, ou d'un Vutor Hul'o dans ses lettres à
•ies «««litiMirs .Nidle part Taliaissement île h
• ulture classique n'apj^aralt si nettement.
(Sur la TMiTusiou des ^<wres, voir la note
(' à la fin du volume.)
3C i;i:i.PllÉ(;oi;
Hcliijtoi) de 1(1 iiiusiiiur.
Miiy,icnlis(iii(m de luns les arts.
ScnsibilUc plmllcicnni' cl scnsibilitr intisiculc
Vn iiitcressaiit a>|>ecl de (^elte répulsion de
nos conlemporains puiir la netteté dans
Tart, c'est la val»;ur (juasi suprême qu'ils
confèrent entre tons les arts à la musique,
en tant précisément qu'ils y saluent 1' o art
sans formes •, !.i pure * fluidité », l'ail
« enfin libéré des <:alégories de l'espace »
(rappelons, à c<' propos, leur adoration toute
spéciale [)our inir «^erlaine mnsicjue mo-
derne « invertéhrée t>, leur mépris pour hi
musique à idfcs claire^ et distinctes, à
« ponctuation »); c'est leur doir cpie hi
musiijue serve <le modèle aux autres arts,
que la poésie, qin' la peinture, que la sculp-
ture, que ridéolo^^ie elle- même, soient «• nui-
sicxiles », imilent la « pure mouvance »,
HKLi'HK(;0K 37
r « indrlcriiiiiic - ti.- < cl art élu (h. Hien.
iiiii*ux(juc celle volont»* de niusiailiser luiis les
arls, ne montre l'appliralion de nos conlem-
{Kjrains à ne lirvr du l'art aucun élal mlrl-
h'cluel. mais un»- pure sensation, comme
d un brcuvaj^e ou romme d'une fleur. —
An surplus, la musicpie n*est pas uniquement
vénérée d'eux |)Our son absence de formes,
mais encx)rc |K)ur l'iMat ■ aiïedil pur »
(prell*' a le don de créer, jkduf son rap[)ort
étroit avec une « conscience à l'état pur ».
« d'où la représentation s'est retirée »,
« dont la condition est végétative et irré-
ductible à rintellectualité > (2); [)our le
[Kjuvoir qu'elle a de « suggérer au lieu d ex-
primer » (i"J), procé'dé qu'on va jus<ju'à
't La printarf moderne icn « un art cn(i*Vcmcn( nriif.
(|Ui "tr» » la |)^iiilun» !»'|lc qu'on l'avait en\ ita^'ii: ju<»(|u'ict
ce ifuc la mustqnr rs/ a lu Uttérnturr. « «i. Apullinairr,
nt^ par M. A. S«chr, Ir Unarroi de l>i conMnenrr jmnçaise,
191.1, p. 08. Voir loat le (l(^«flopp^ui< ul.i
î; BAXAItXAt, la Mmxquf et l'inrorjcient, (>0.«9ilD.
^'^ T 10 V|^A.^, Payiage» vitrt>$i>cct:ftyp. XLu.
38 Bni.i'iiKcion
demander inainlenaiit m l'idéologie ; et aussi
(encore que celte raison s'i'rige moins en
système) pour cette chose particulièrement
troublante «juc constitue le son. Nous dirons
plus loin une; autre religion encore que Ton
en fait parce qu'elle peut exprimer l'àme
humaine en sa région «< j^rofonde », entendez
inintellectuellc.
rcnl-étre est-il inléi'i>ssant, pour riii>-
toirc du respect dont ont joui les diverses
sensibilités à travers les Ages (qui fera celle
histoire?), de remarquer combien le respect
pour la sensibilité à la nnisique est cliose
récente. Salluste déclarait d'une dame
romaine qu'elle chantait « avec plus de goût
qu'il ne convient à une honnête femme » (I ).
L'époque impériale semble avoir montré à
la lt)is une grande sensibilile à la musicpie
et usse/ peu d'e-lime pnur cette sensibilité:
1 1 KUyantim ijunm necessc e.sl probœ. (CutUina, XXV
I
BRLIMIKGÛR 39
A m FI lien Marcel lin — il e>l vrai rjiie c'est un
Iriaf — s'élève ooDtrc ce goùl de ses con-
leiiiporains (2). Plus près de nous, le ^rand
Nrn.'iud déplorait que • h* poison des chan-
-»iis de Lulli se npandlt (i.ms toute la
Krance »; on nous dira (fue c'était un liomnic
dK^Iise, mais les ecclésiastiques d'aujour-
d'hui 4*n diraient-ils autant? M"'" de Mot-
loville dénonvail le jroût du roi Ix»uis XIII
pour la niusi(pio comme un sijçne de sa
nature maladive. Saint-Simon in>cri(, parmi
les lares natives du du»- de Bourgogne, son
|M'hcliant [Htuv la musique. M"' de Lespi-
ii.is'^e avoue son goAt pour cet art, mais
le ne l'a, dit-elle, que lorsqu'elle souffre,
n Maneilin (XIV. 6. 8» Voir Friedlander. Cin-
iO liKLPHKC.Ull
ce qui L'sl loin, [)uur ollr, de signifier (ju'il
soit supérieur. Aujourd'hui, la sensiliililc a
la musique confère le palriciat de rame:
seuls, quelques cyniques, indifférents au mé-
pris de leurs contemporains, avouent qu'il>
en sont dénués.
On peut définir plus au fond la tendanc»'
que manifeste ici la sociélé moderne. Distin-
guons deux grandes sortes de sensibilité :
Tune — dont la vue et le toucher sont les
principaux modes — (|ui, s'agrégeant autour
de l'idée de forme, tire de cette origine un
caractère spécial de ucttctruide fermeté; ap[»c-
lons-la la sensibilité plasticienne; l'autre
— l'on 10. l'odorat, le goût — qui, exemple
d'une telle armature, consiste au contraire
dans une sensation snns contour, incompara-
blement plus troublante; appelons-la la sen-
sibilité musicale. Li première, siins doute
parce qu'elle ébranle des nerfs plus évolués
c'est-à-diiv plus 5j)écialisés, semble une srn-
RF.LPIiéGOn U
iliililé plus localisé'^ fraiïeclaiil «[ii un coin
li-lormiué de la conscience; la si'condc
-l'Nible un envahissement <lr W'ivr total.
l-i première est unr sensibilité cenfrnlist-e,
i^^emblêe; elle est source de /<»ri«f; la seconde
»nsistc précisément en une sorte de décen-
alisfttinn de la conscience^ en une sensation
'i/fitse et éf)andue (I), sourc4; éminente
iTivresse et «le vertige. Celaeutourlu, tout le
monde conviendra que la sensibilité où trud
la société contem|K>riine, celle qu'elle e.xalte
j»ar ses verdict» et ses doctrines, relie
c]u*elle veut «juc l'irt vienne satisfaire m
Ile ,c'esléminenimenl la sensibilité musicale.
Pour faire compnMidre «e que nous enten-
lons par sensibilité musicale, nous pour-
I ions citer aussi la sensition cTamour (ab<-
iniclion faite, bien entendu, de Vidée
!•• l'objet qui la rniise: fuir exemple. In
I Vaiir |4 nn|^ n • l-i lin «lii tiilum**
42 BELPin-GOR
sensation hroduili' par (juolquo aphrodi-
siaque.) J*eul-ètrc ne faudrait-il |H)int
prendre C4*tlo sensalion chez rhonimo, ou
elle seml)le une sensation localisée, mai-
pi utôt chez la feniiiK» où elle est, parait-il.
dill'use et épandue. (Sur d*autres raisons
pourquoi les sensations de la vue sont inli-
niment moins troublantes que celles de
l'ouïe, de l'odorat, clc. voir la note K i\ la
fin du volume.)
Pour ce qui est d«» la musique m«'uu\
faut-il rappeler qu'à côté de la musique
source d'êpandeinenf, il en existe une autre,
source i]{i tenue : uuo musique plafiticienne?
Cesl la distinction que taisait Platon quand
il bannissait de l'Ktat le mode lydien ri
recommandait le dorien. C'est aussi celle que
lk)ssuet semble avoir aperçue <lans ces cu-
lieuses li^'nos : * La musique que Diodore lait
mépriser aux l'^jvptiens, comme capable de
ramollir les couraLr»^<. était sans doute celte
BKI.PHC^OR 48
fiuisiqae nii)lle et elïéminée qui n'inspire
<jue le? plaiiiirs el une fausse tendresse, (^ar,
{Kjur celle musique gi*néreu>e «lont les
nobles accords élèvent I eaprit el le oeur,
l<s [*]p}'plien3 n*avai<'nt garde do la m«[»ri-
>cr " (I).
On |)Ourrait presque prétendr»* que toute
musique, in lanl qu'elle est iruvre d*aii,
e>»l, en un certain sens, plasticienne et non
musicale; que la musique, p<'ir cela même que
^un essence est iibsence de forme ^ no saurait
It'voïiir (euvre d'art qu'en abjurant en qurl-
|ue sorte sa propn> nature v{ adoptant
elle de Tari plahti(|ue; comme ce noyé, <lonl
f>arle Bergson, qui n«* |»;irvienl à s'assurer la
vie (|u'en s'accrocha ut à C6 que l'eau lui ofl're
'1 f>i$cvmn iur i'Ilintrirt rnifmeii€ (III, V Clt^n? t-nror**
Li mati'tn*- ' 'i*»uenln'' '
a 1/4:4 uicjLiCi. ijjauauliruud. Vie ie
Il IJI.LI'HKGOR
encore de solidité. On jKnirrail soutenir que
les i^n-ands créateurs en nnisique. — ceux
siirloul (|iii se complurent à !a matière la plus
fluide, comme un Wap;ner ou un Debussy,
— n'ont été créateurs que parce qu'ils surent,
en une certaine mesure, dompter leur j un-
amour de la musique et s'imposer les mœurs
de la plastique. Il y a là l'évocation d'un
drame intellectuel où pourra s'amuser l'ima-
gination de nos lecteurs.
Même réflexion pour les écrivains qui, se
plaisant de pnr l»Mir nature à une matière
fluide, ont >ii être de grands artistes :
l'auteur des lii-.rej'ies d'un promeneur solitaire,
Chateaubriand, souvent Loti, lîcnaii nous
semble inférieur à ces maîtres |>our n'avoir
pas toujours >u imposer une forme plastiqtie
à la matière fluide où il se complaisait.
Cette distinction du plasticien et du musi-
cal, on {)ourrait également, croyons- nous,
l'introduire dans le jugement de celle litté-
BEI. PII KG OR 45
rahire (|ui vise à ne louclnr (jiir noire son-
>ibilitt% et qu'on nomme en hU)c romnntisinr.
On reconnailniit que le romantisme de
\s:U) (sauf peut-être celui de I^martine (h
••^l plasticien, tan(li> que c«*Iui qui date d»?
la seconde moitié du xix' siècle (Verlaine,
lîarrrs) est éminemment mitsical. Rappelons
que I{au«lelaire y a fait entrer Texploilalion
des sensations de fjoût et (rcxloral, à (|uoi
•'crtes IIu^o et son Imips ne sonp^aient
-^uére. On conviendrait aussi île la pmlilec-
lion marquée, et systématique, de nos con-
t<'mf)orains pour le romantisme musical (:2).
t Dont, ainsi tien, la rivciir a consMcnt.I. m- nt jramli
^ ' ' r« trmp«. en rai-ion -i
il. 'Voir li. Lançon. // -
<r |ti<ins UiOlffoit qui*. f»<^ur It.i'il' ' 1 :>'
• rallnrher .1 la musique en Un. ■•%
e: - Lt phn- [• .. ti-ju*' p« ut 1.-
l'irt x\\y,s t' \cnr,' it.
liai'-. Il ' aM-eii«l.iii ^ ic
intr; i 11. .Ut à pu- %cni le ciel
rït.f.oHM •' IVnreraTecU vélociU*
rr«.jt;U «I.' Pr^'Cscf aa\ Heurt du
if. l;EM»lll-:GOn
Voici un l)on exemple, croyons-nous, il»-
romantisme j»Insli^ien :
... Nos Bélhlniiiilfs ( t.tieiil a:>sis autour .n- leur
l)ùclier. leurs fu<ils cou(;h«''.s à ten*e cl, à leurs ri^trs,
les Lhe\nu\ a( tachés à «les piquets, formant un
>oconil eejclc on «leliois. .\près avoir bu le café el
parlé beaucoup ensciiiblo, ces Arabes tombèrent <lan>
le silence, a l'exception du ncheik. Je voyais i\ la lueur
«lu feu ses ^^sles oxpir.^sifs, sa barbe noire, ses «lenl-
blanches, les divei-ses lurnies qu'il donnait à >oii
\ètement en continuant son i-écil. Ses compagnon-
I écoutaient dans une attention profonde, tous penche-
en avant, le visa^^'c sur la flamme. tant»M poussant un
cri d'admii-ation. tantôt réjuîtanl avec eniphas»» le-
j<estes du conteur: (juelquos téle^ de chevaux qui
s'avançaient au-dessus de la tn)upe, et qui se de^<si-
naient dans lombre, achevaient de donner à ee
lableau le caiaelère le i)lus pittoresque, surloul
lorsqu'on y joignait un coin de paysiige de la m«r
Morle et des nionb-^nes «!e fudée. (Chateaubiu \nd.
Itiiicniirr, ,'V" parlie.i
Inutile de înannier l'extraordinain* |>l.i">-
liqin' (le cettr' paire, sa volontc de nous
«•mouvoir, scdon le mot d'un classi()ue (Bul-
ibn), }>ar l'image « vive el bien terminée «».
Inulile aussi d'afllrmer combien elle s4M'a
inoin8 goùlee de no6 lecteurs que telles
« nuidités • — d'ailleur'î «l'un art parfoi^^
aussi heureux — «le /" Mort ih Vfui^e on
de P»'- I'> >ir^ (l l<hnnb\
TAN l'ARTICI I.IKR «Ml I, ART TRMTi;
l.r I 'VMK m MMNK
\ oiontf ijue i tii f ii>- trmtf pas <i antrr >ujrt
Mais où leur volonté de jouir jmr l'art e«t
le plus violente, c'eî>t (|uan«l l'art f)rend pour
objet l'ànie hufiiaiiie.
Kt dalwrd il semble qu»\ sejnii tui\,
l'art De doive plus prendre d'autre objet.
Orles, à aucune é()0<|ue, la l>onne société
n'a fait la première place aux ouvrages (|ui
ne trait4*nt{>oiut4le cette émouvante matière:
le poème de Lu«rèee a provoqué chez ses
C(»ntemporaio2} une attention a peu près
nulle, et les» EnireUenu xur la plnialUe des
luvtxilea ou les Pnncipeu de la pln/st4fiie df SfW-
AS i-.KLruF.r.on
ton n'ont ct'i'k'S point vécu le uiènie accueil
que la XourcUc Iléloise. Toutefois ces écrits
de Fontenelle et de Voltaire ont été vive-
ment goûtés de leur époque, et, non pas
seulement connue révélateurs de laits et
comme l'est encore de nos jours tel ouvrnge
r vulgarisateur i> (par exemple, celui de
Fabre sur les insectes), mais comme mani-
festations liltn'airofi. Quant aux fijjoques de
la nature^ elles ont suscité un véritable
enthousiasme. Oii est aujourd'hui hi bonne
compagnie qui s'engouerait de telles produc-
tions? qui estimerait « littéraires » des
œuvres qui ne traitent pas de TAme humaine
(quitte à ce (ju'elles en traitent sous la
forme de <^ vie des abeilles » ou d' u intel-
ligence des tleurs »)? Cela est si vrai que
tous les préceptes de Testhétique moderne
s appliquent exclusirement à I art qui traite de
rdme himmiiii: (« il faut (jue l'artiste se mette
à l'intérieur de l'objet qu'il ti'.iit»' -. qu'il
liKLl'H IJ.OU 49
en i''fX)us« h» « principe de vie », etc.) el cela
^(His qu'on l articule^ tant il vient peu à la
l»en.s<'*€ (le nos conteni|>orains que l'art puisse
traiter d'un antre ot)jet
• I^'l5^;ule matière dont nous nous sentions
cajxibles «le l'aire quelque chose, c'est cette
matière toujours neuve et palpitante
l'homme, l'hoNim»', et encore l'homme. En
ce temps où l'on risfjue de n'être point
reooimu, à moins de [)0rter signe à son
«'hapeau, choisirons-nous un mot de rallie-
ment? Ce sera Vw d abord, vie longue el
|>iitiente, active, chargée, ditlicile, vie enivrée
d'Hre humaine. » {Les Jeunes Gens d'aujour-
Ohut : la jeunesse littéraire, lettn» de
M Jacques C>)|>€au.>
Toutefois, le déilain (|ui accueillerait .lu-
jouni'hui les Entretiens de Fonlenelle lient
nj'»ins à ce que cette nnvre traite de Tina-
nimé qu'à ce qu'elle en traite de l'eariêrieur.
('royon? bien que l K^prit dea lois ou la Cité
5(> HKM»HÉGOR
antique qui Iraiteiil do l'hoinine, mais dn
dehors, mais par voie d^analyso, ne seraient
guère plus sym|>atliique3. 11 est probable
qu'en revanche, une communion avec Sirius
< en sa palpitation interne • serait fort
applaudie.
Et ce n'est pas seulement dans Tart qu'ils
entendent ne trouver (|ue l'Ame humaine,
c'est dans hi philosophie, dans la scienci^.
On sait leur ♦•nthousiasme pour cell«'
philosophie, la • vraie » philosophie, la
« seule » philosophie, qui consiste exclusi-
vement dans la description et l'exaltation
d'un certain état de IMnie (la ■ durée •):
leur vénération [>our celte « biolo{:;ie •> dont
toute l'allirmation est d'idenlilier l'évolution
de la vie au cours dois siècles avec celle de
notre conscience indivi<luelle (1). Heniai-
quons, en passant, leur volonté expresse
1) On snil (jur r>5l louio Uihôi»ederA'it»/ii/»V»«rrf'a/'i« /-.
UKLrn
d appeler ces aclivités • philosophie »,
• bioio^^ie •, et non toulsiioplement,comin<'
il sérail juste, « psyciiolo^ie * pour la pre-
mière et * poésie » j»oiir la seconde. Tou-
jours celte cJouhlf volont*'^ de vivre dans le
pur sentir et de uiainUoir, \Hiv une sorle dr
iMîsoin wolaire, les dehors de l'intellectua-
lité
l!lst-il néces>aire de dire que cette attitude
de nos conteni{X)niii)s n'a rien à voir avec
a'Ilo du XVII* siècle adoplant, lui au^Ni.
romme printipl sujet d'attention, l'être
humain, et déclarant, avec Ik)ssuet, que
€ jMJur devenir j>arf'ait (»hilosophe, Thomme
n'a besoin d'rlndiir autre chos** (|ue lui-
même «/Ces honunes d'autrefois songeaient,
comim^ Socrate dont ils étaient ici les Jiéri-
tiers, à une préliension tonte objective «*l
scieotilique d^ nuliv nature; ils n'ont
jamais sun^é à se refiaitri* d\me matière
particulièrement • |w)lpilanl«' • et « enivrée
o2 HLLIMIKClOll
d'être humaine ». Aussi bien, le xvir sièchî
semble bien n'avoir, lui aussi, admis d'aulrc
matière littéraire que l'homme; il est certain
que les lecteurs des Maximes ou des Caractères
n'auraient point, comme leurs devanciers,
mis au ran^r des « littérateurs » un Mont-
chrestien traitant d'économie politique, ou,
comme devaient l'aire leurs descendants, un
(laliani écrivant du eommiM'ce des blés:
mais c'était là, chez eux, croyance en l'émi-
nentc dignité de notre espèce, non soif de
s'en pâmer.
Au sur|)lus, celte soif de la j^résente
société pour l'Ame humaine, edle volonté de
ne savoir qu'elle, éclate en toutes ses mani-
festations. On peut dire que tous les entre-
tiens qu'on \ entend, qu'ils soient de>
révélations sur les amours de M""X... ou les
intrigues de sa rivale, ou sur les machinations
de Z... pour atteindre le pouvoir ou l'Aca-
démie, consistent exclusivement à hoirr de
BKLPHKf.oR :;3
/ dmr huwdinr. Et sans doiitr, au degré prt*s,
il v.n fui Nuijoiir-N aillai dnii-- les salons,
l'ourlant jju vit autrefois den mondaines se
leinander entre elles de quoi se composait
le rou^'e qu'elles moltaienl sur leurs joues
et comment on faisait les bas dont elles
laient cliaussécs (I); on les a même vue^
se jeter sur les livres qui le leur apprenaient,
harceler le ministre qui les interdisait. |.
loreer à en autoriser la publication. Lr>
ministres de nos âges démo<:raliques sont
autrement à l'aise : ils |>cuvent bien inter-
• lire toutes les k'nrifclopédies et tout ce qui
i<:laire l'esprit; dès l'instant cpi'ils ne
lourlient jHjint à ce (jiii excite le cnur, ce
iiN'sl pas les classes dirigeanti's (|ui ncla-
meront. Se (igun-l-on aujourd'hui la mai-
1
' lit»
T.-iu l.- '1 •'>••.• .- "
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o4 IJKLHUÉliOR
tresse du cliof de Tl-^lat exigeant du gouvei-
nemciil la |)uhlication du Larousse? (I)
Digressioif. — Êmolion de sympathie
et émotion fsthéliqtic
Cotte voloidr. — commune, en somme, à
tous les tem[>s. — (jue Tari traite unicjuement
de l'Ame humaine, met en lumière cette
vérité : Ce (|uo la plupart des hommes
cherchent dans le spectacle des ( ouvres d'art,
c'est une occasion dt* communier avec des
mouvements humains, (Téprouver Véwi>ti(ni
(le xjpnpatlne; ce qu'ils veulent, c'est aimer
(1) Rico n'oppose mieux la soo.iéUSdu xviii*siiV1eà la nô(i>-
(lue ret inl«^n''t que, .m milieu de son sentimentalisme, elle
purtail à l'inanimé. n«p|K"lon«; que reg leetriees du l*a,stoifiihK
«)ulrequ'«'lles aoentillaient roinme on sait l'expost^ des doc
trines neutonienne«« el lesouvniges de Hu (Ton, suivaient It ^
«ours du botaniste Moriii, visitaient le lalutratoire du ehi
misie I.emérv. he purs liit» raiiurs, tomme Iloudart de la
Motte, se piquaient dallier la eonnaissanee delà physique an
bel esprit; lauteiirtles Lettres /)er5(;;i*»>' avait fait un mémoire
sur la nature de l'oilio, et projetait une< Histoire plivsiqn.-
de la terre ».Sur riudifféivnc^ de notre ti>n))«ù lioauim/.
voir notre ouvrage Sur le Sticcvs liu H^rr/sonumc^ p. ISi.
RELPHEi;OR 55
avec des Grieux, liair av«*c lago, Irernbler
avec Dfsdéinone, soupin-r avec IMitxJre,
mourir av»*c Werther. Vnssi bien ne se
plaiseDt-ils qu'à la peinture des sentiments
qu'ils sont caj>ables d'éprouver : fï'allez pas
montrer aux faul»ourgs les drames de « ons-
cience du jus(«% ni aux fnnmos les tortures
du chercheur d'irl/os. Pour la mùnic raison,
ils se jitlenl particulicrciiirnl, entre le^»
formes d'art, sur celle du théâtre, qui leur
|)ermet d'épouser l'émotion humaine jus-
qu'en s«i |»artie physique, de communier
avec le geste, déprouvrr ce que l\)n a
nommé la si/mpaihir itrffnniffup. Kst-ce besoin
d'ajouter rpie r«*motion de sympatliie n'a
rien à \oir avec l'émotion esthétique? (I )
il Ijfié lii<>ra1î«lf« itii Mil* %û <I*4 .tiil viipmi-nl ii:ii iu<>
i|il> l't'iii J
.1
or. lîKLPUKCuH
Oii\'sl-ce donc, pour nous, que !'« émolion
esthétique »? Il est peut-être temps de le
(lire. C/esl l'éniotion causée par l'idée que
Ton prend des qualités proprement urlisliques
(i'une ci'uvi-e d'art : par exemple, de la vie
de cette œuvre (la vie d'une œuvre d'art
est toute autre chose que la vie des person-
nages qu'elle présente), de son unité de
signification, de l'ajustement de la forme
au fond, du lx)nheur des proportions, d<' la
gradation des cfl'ets, etc. lii bon exemple,
si Ton veut, et pour l'emprunter à des mon-
Nicole «lit fortoment (De la conçu }tiscence, XXXIi : « Un
spectateur du dehors est an dedans un aeteur secret. >>
Spinoza semble avoir dénoneé d'un mol le earaol^rc de
Tàme humaine qui fonde le goût du tluAfre ol des romans:
Si nous nous représentons un être seuiMalde a nous ayant
un s(>ntiment, nous avons involontairement nou>-n)«^mes ce
sentiment. » \Kthujue, lil, '27.
On sait que selon une certaine thèse allemande, dite de
VKinfuhlwui, la sympathie serait liée k ^)f/s nos sentiments
<'Sthéti(jues, y compris ceux que nous eaus»> le monde ina-
nime : on veut, parait-il, se ilresser avrc la verlicale,
s'étendre avec l'horizontale, se rouler sur ^ni-mt^me avec
la circonférence, s'épandre avec le ruisseat», péniir aviv le
vent, etc. (Voir \n PhUo^aphie nUemandr nu v/r» siècU',
Alcan. 1912.)
BKKPHKGOn 57
(Jains, en est doniu* par M ' «Ir Sévigné
(]ui goûtait dans Ksther la • |)erfection des
ra|)|)orls. » (I) r^-lle émotion est évidemment
des plus élevées et des |)Iiis rares : elle
suppose, en eiïel : 1 (pi'on soit ea[Kible de
former des idées abstraites (quoi de plus
abstrait, |i;ir exemple, cjue cette idée de
per/ectinn ilv rapports'!): ^" (]ne ces idées ne
restent jK)int, cliez celui (jui les forme, de
pures idées, niais qu'elles \ délerrninenl
*!' Voici un»- |«a(îc ^iir IVi|»oMiiu)ri de lUijniel qui nous
^••mblf encon- un lH»n rumplc tl rmolion «•»thrli(|ui' . • (Ju'oii
t. \ sAii*' rommrnt !•• \K>tU' in<«truil el «loxrlopfx* touU*^ ce*
• s Mij't. rténcmenU, etc. , inv-nHiblfinent et sans
. qu'on ciamme atimlnrun-nl le prognS de
. rommcnt le plan df la pn-re se trare, s'ordonne
•iinlh'ment, cl «ans qu'il > parai*»«' que le
, cumment toutes les dinicullés n'.iplani^-
' 1 •in 1 tilt m»'» , comment le-» ili-m.iniies ri \v% repirnse-»
<1 A in.it cl d'tKmin, ou, |>our iiiieuv dire, Iih lumi<'rr?i
ri..,..iîr-^ à l'inielligence de la puSe, n.uiiM'nl du f«ind 4f
Il II— • omnient rr% deu\ ai i.'ur« narn*nt sann narrtrr,
e( lu-ii i4iM-nt %in^ qu'ils S4-rohlcnt «uuluir instruire : ou
tumbrra daccunl d»* la \i'rité d»* et que j»* dis, et plus on
.Mir« .1. iiipemenl, p'^. .i. - ri charme île l'art qui entre
•x-cnr . rpr. ciir par F. Dcllour, Its
I ■ I: jri'i.- /f. p 4lM'i
r>8 Bi i.piiKGnii
des senlim«înls. L\*motion eslhélirjiio est le
type de rémotion à base intellectuelle.
Convenons toutefois que l'émotion esthé-
tique à Vétat pur n'existe pas, et que le
plus fort sentiment de la valeur purement
artistique de Tristan, par exemple, ne sau-
rait laisser d'être altéré par 1«^ trouble qui
vient du spectacle des malheurs (rVseult ou
de l'audition «te la chromatique. Les émotions
basses sont seules capables de pureté.
IVous venons de voir, avec IVmotion de
sympathie, une émotion produite par la n u«*
de Tauvre d'art et qui n'a rien de commun
avec l'émotion esthétique. On peut en citer
• l'aulres : celle, par exemple, qu'on prend
par la vue d'un pei'sonnage aimable et
malheureux; celle qu'on prend en voyant la
tendresse de l'auteur pour son héros (de
r.hateaubriand, par exemple. |X)ur Chactas
ensevelissant Atala); celle qu'on prend en
évoquant l'existence d'un cerveau <pii cré.-
HKi.PîiKr.oh 50
. <-llc u HM.- «i .;ii, u uim voloiltr qui SC licnf
licrrièiv celte loi le cl « m ii mande Unis ces (ils
M *esl par l)esoin de celle ('mol ion -là qu'on
ut qu'Homère ail cxisK'; pour Témolion
Ihéliqu»'. les poènu's lnjmériqucs sans
auteur sunirii(»nl); «relie qui !>^sulle <lu lii*n
qu'on rlablit «»ntre r^'uvre qiu* l'on con-
rnple el ce qu'elle n présente dans In vie*
' son .nitcur: j'avou»* n'avoir jamais pu,
l»ar exemple, voir lomher le rideau sur
''.icte do l'aleliçr d«*s Mnttres Chauteun sans
npT fpril tombait <ur vin;;l annt^es de la
' el de la pensive du maître el sans en être
iiu; elc... Tout cela, encore une fois, n'a
en à voir avec rûmolioii esthétique.
ï.\i)l(li)it f)rr.<cnt^r lilme particulière.
Mais moiilmns ItMir application à ce que
irl. tiaitant de l'Ame humaine, leur pro-
ire de l'émoi el point d'état inlelloctuel.
60 H ELI' H EGO a
Et d'abord, Tart doit ne présenter (ju»'
des Ames parlictdicreSy non des types géné-
raux, qui font penser. Foin de nos classique^,
qui elTaccnt les désinences individuelles de
leurs personnages, ne nous montrent que
des espècesl Quand on pense que Molière
ne nous dit FniMne pas si Har{)agon est gen-
tilhomme ou bourgeois! si Arnolphe csi
provincial ou parisien! (iloire, en revanche,
aux maîtres d'outre-Manche qui nous appren-
nent le poids de leur héros, ce qu'il mange
à midi, dans quels draps ils se couche,
nous montrent enfin des êtres u vivants » î (1 >
(1) ICst-ce iHJur celte raison que la marquise du r>etr;in(l
(•crivait à un Anglais: # I)e|)uis no< romans, il m\>sl impo>
sihle d'en lirf aucun des nôtres - ? Nous crovons que c'est
plutôt pour les satisfactions dr sentimentalisme qu'elle y p\ii-
sait. — On s;iit (ju'un ardent rtquisitoire contre l'esprit g» n<-
ralisatcur de nos clas>i(jues >c liouve dans Taine {l'Ancien
Iic<jiine\ voir aussi son «'loge de Tarile, dans son Tile-Lnr,
rè^uisilitire grandement eontp-dit, d'ailleurs, dans sa Philo-
sophie ilr I (lit. 11 nous semble que le hulde 1 .Ineir» l{(*<ini}c,
c'est simplement de montrer «]ue ces mélliodesd'abslniclion,
transpoiltVs par le xviir siècle dans le domaine politicpu ,
n'y sauraient produire que des m« faits. Au reste, Taine parle
uilleur< de " nos classiques, purs esprits, q\i\ ont port«^ l'cxac
i;ELi'iiKGon Gl
N'allons pas confondre ce mouvement de
nos mo<^e^^e^ aver celui d'mi Sninl-Evre-
rnond, «leniandant .1 l'aiitt iir d»' MUhridfile
'l de /iajazet - |>lus de parlicularilé dans
Hcs p<*inlnre8 », ou d*nn Sej;rais pxall.iiil
G)rn«Mlle («rce (jup. cliez lui, •« le Homaiii
(>arle comme un Romain, le Grec comme un
Grec, rindien comme un Indien ». (Vt-lail là,
chez ces critiques, simple souci de vérité,
nullem«'nt dt'sir de jouir «lu concret |>ar
haine de l'idée {générale. Aussi bien, toute
la • iKirtictdarité • dans laquelle ils voulaient
fju'on [)ei^'nil un héros, c'était «!»• !»• montrer
• de son éjKXjue vA de sa contrée ». Voilà
qui laisse encore \<i< mal «lt» jeu aux géné-
-dités (i).
titudc «les science» dann la peinture du monde moral, r*!
gr^ ' irfuiion m Mit bon gn'- dVln* horonu-. »
K' ! il, inW'hV dan*» la pn-mi'Vp •■ditiun des
* ■ I m ^-r- et d'hitUurt.)
-tr les po^tM du ivii* siècle et la couleur locale,
» '1 volume. — L^ mondaine* du grand
•»• ^'11. -re plu^ r\nr les ntitrca (ait fi^li*
4
02 BKLPHKGOR
Il faut convenir que nos contemporains, en
leur exigence du particulier en ait, sont en
somme assez mal servis : l'art français de
notre temps, notamment le théiitre, malgré
ses prétentions, continue de peindre mal
l'individuel ; des personnages comme ceux
de la Marche nupiiak ou de Mamun Colibri,
pour prendre un de nos auteurs le plus sou-
vent salué comme créateur d'êtres «< vivants »,
nous semblent aussi peu particularisés, aussi
exclusivement traité6 en lanl que symboles,
que ceux de Molière ou même île Dumas Gis.
N'est pas barbare qui vtnil.
aux ouvrages de l'esprit en raison de runivcreel qu'il> >
pouvaient Irouver : les sermons de Bossucl, a\ci' leur moral«'
générale, se sont vu prolVrer, non seuleniml leuxde [iour-
«iaioue, pleins d'allusions « nù ne manquait que le nom »
(Sévif:né). mais eeux de primauds comme KronuMilières,
Lo 1U)U\. le {'.Séraphin, et pour les mêmes motifs; dire»*-
leurdeeonscienro.attaehéH di'^lin^U'T surtout des - esp^ees
psyehologiques •>, lk»ssu.t a élê inlinimenl moins goCité que
Fénclon. «-minemm(Mtl habile k découvrir ee qu'il y a d'indi-
\idu<| dans une àine. N'ouMions pns qu«' la Marianue de
Tristan rUern)ile,ori h puhlio Mldes allusions aux amours
de DuckiuyhametdAnned'Autriehc, obtint, ol apparemment
pour celte principale raison, un succès étral à ( clui <lu Citi
BEI. 1*11 KG on 03
On ne. inaiiqiif^ra p;is i\e nous objecter ici
!♦• goùl (]♦• iio*< conltMiiponiins |K)ur le théâtre
« symlK)liqii<* • (\o M. Maelorlinck. Est-ce
la peine de répondre (juc ce (|ifils rocher-
• hon! m cette (Piivre, c'est la sensation de
trouble, c'est Télat de rôve que donne la
\ ue de rinconditionn^ absolu? On soutiendra
difficilenient que le goût d<* spectacles comme
Oûiêdu bleu ou Pelléns ei Mfli.<nnde soit fait
lu désir de former des idfes à propos de*
l'Ame htmiaine. Voici, au surplus, l'état
d'Ame «pii préside au goût de ce théAtre :
« Il y a une Ile (juelque part «lans les
brouillards, et dans I Ile il y a un cbAteau,
• t dans le château il y a une grande salle
' lairéo d'uno |K,*lite lampe, et dans la
la grande salle il \ a dos gens qui attendent.
Ils attendent qu(M? Ils ne savent fias. Ils
attendent cpie Ton fnippc à la j>orle, ils
attendent que la lamptf s'éteigne, ils atten-
dent la IVur, ils attendent la .Mtirl. Ils
G 4 nKLlMIKGOIi
parlonl; oui, ils disent des mois (jiii trou-
blent un inslant le silence, puis ils écoutent
encore, laissant leurs |)hrases inachevées et
leurs gestes interrompus. Ils écoulent. iU
attendent. Elle ne viendra peut-être pas?
Oli! elle viendra. Elle vient toujours. Il t'<l
lard, elle ne viendra j»eul-élre (\uv demain.
l'H les gens assemblés dans la grande salle
sous la petite lampe se mettent à sourire et
ils vont espérer. <^n frappe. El e'<'st tout :
c'est toute une vie, c'est toute la vie. »>
(R. de Ciourmoul, le Livre (1rs masques :
Maurice Maeterlinck.)
Ou voit que la soil' des idées générales
entre j>our assez peu dans le goùl de cet
art « .symbolique >^.
BKI.PIIKGOa l'>5
/.art doit présenter l'dine hors de toute loi.
Haine de tout dèlerminùitne.
Hecherche de l émotion de surprùie.
Soif de la nouveauté.
[ i\ autre a^pc» l «If leur application a
prouver clo rémoi par la peinlun* de TAme
linmaino, c'est leur volonté que Tartistc pré-
'•nte les nîanifë>talion> de l'âme de son
héros hors de toute loi. que chacune d'elles
ipparais^ comme imprévisible juir rap|>ort
lUX prrc«-dentei. « I^s jjrands ohs^'naleurs
1»^ l'âme, j)rononcc un de nos esthètes, que
•• soit Stendhal, Tolaloi ou Mérédith, n'ont
jamais prétendu faire l'histoire naturelle
l'un terniH-rainent ou le traiter «onime une
i'fi-paration anatoniique. Pour [^oindre un
|H'rsonnagc, ils se liornent à le rejfarder
\ivre et à le dr*oonvrir à chaque instant.
».
ë6 BLKPHÉGOR
Quand Fabrice pénètre dans une église «l
prie Dieu de le seconder dans ses projets
de simonie, nous saisissons là un Irait nou-
veau qui complète ce que nous savions do
lui, mais qui ne se rattache pas mécanicjuc-
ment à ses actes antérieurs. Si familier qur
nous soyons avec les impulsions généreuses
de Pierre Besoukliof, nous éprouvons une
sorte d'étonnementen le voyant se préparer
avec une si charmante ingénuité à assassiner
Napoléon. » <ju'il y ait là un pur besoin
de surprise, étranger, d'ailleurs, à lout besoin
esthétique, c'est de quoi notre esthète liiit
i'andidement l'aveu : « Cet élément de >nr-
l'rise, ajoute-t-il, (juf la manie scii'ntitlquo
(hi dernier siècle avait chassé du roman y
reparait aujourd'hui. On le relmuve ave<-
joie dans désœuvrés f elles que le Jrnn-Chris-
lophe de M. Romain llolland. Peut-être le
roman cessera -t- il désormais d'être un thi^K)-
rèmc pédantesque poni- redevenir le miroir
BBLPIlKliOR 67
fi(l«'lc de lu vie. » (1) Celle « manie scicnli-
tique »,ce« goût du lliôorème pt^dautesque »,
t*st tout simplemonl le souci de faire de
Tari, non pas « le miroir fidèle de la vie »,
mais lin r>sai <l»i rorfiprêhcnsion de la vie.
Mais c'est [irécisément de quoi nos j^ens w^
veulent à aucun i>rix.
Il ne serai! pas honn»''t«' d'opposer ît un
mondain de notre temps le ju^»»menl du
\\\' siècle dans la j^rsonne d'un huma-
uistc comme lk)i^^•^I, «'l df rappeler ces
Ts r^lèbres :
un iioiixaii pci-sonitagc iinenlez-vous l'idée?
Mioii loul a\oc soi-même il »c munlrc d'acconl,
t qu'il <o\{ jusqu'au lx>ul U-l qu'on l'a vu d'alwnl.
'iq)Osons plulnt à noln* mondain un
1 I^ h-uii.. ri.i ^ loi'it 1911 : € Le lartaMent philo^o-
I I -». pnr M. Philipi»*- MiiNl l.'arliili-
e»t l fi'Xir r,'!;i- IÎh'»*' «mi \ *.*:>it >iir
le«)f I
norrpr. .. ...
I «-«iinà TC-icultlii|Uv, <iu iiiiiiiiA 4«titiliqit«< au\ tJiuM»!i
GS in:i,PHEGOR
homme de sa condition, lequel loue Horace
<■ d'avoir enseigné que si un auteur entre-
prend de faire une tragédie dont le sujet et
les acteurs soient entièrement inconnus, il
doit une attention particulière au c-iractère
({u'il aura donné à chacun d'eux. Il faut
(ju'il le soutienne depuis le commencement
jusqu'à la tin, sans se démentir en la
moindre chose. >> (Ch.de Sévigné, Dissertation
rriti(juc sur l'Art poétique d'Horace on l'on
donne une idée générale des pièces de (hédlre et
où l'on e.vmninr si loi poète doit préférer les
caractires connus aux caractères inventés,
tome XI des œuvres de .M"'" d»* Sévigné, éd.
Hachette.)
Marquons, d'ailleurs, leur haine contre
le déterminisnir psychologicpie et, plus
généralement, contre tout déterminisme. On
sait leur adoration pour cette philosophie
qui veut que \o phénomène psychologique ne
soit déterminé, ni ]k\v l'Inréditc ni par le
riiilieii, m jwir aïK tiii L'iémenl exlériciir a
lui, mais niiiqiieincnt par liii-m<^mo: (jiii
\«'ul. en {wirticulier, que r»i'iivro «l'art, on
inèriH' de penstMî spé<'ulalive, pour pfii
in'elle soit péninio «mais I.» romanlisnie
l'en considère pas d'autres), ne drpendo
iiirunement des conditions sociales ot poli-
'Mjuts f>arini K*s(jneile> elle naît, mais - uni-
jin*menl drs |X'r>(>nnaIit/'s qui surf^issonl à
nu mouïent donii»- ». cju'elle soil donc • ah-
olument impr^^'v! ihh'. » (I) Tout le monde
discerne ce f|u'il y a «le sensationnel et
«l'émouvant dans celte évocation du fait
p«vcliologique • commencement absolu »,
il riiùme temps que dans la croyance en la
I) U. BKncfto:^, Répon»/* à uno onquêU' mir « laliuérattirp
«\ant «'t •pr^'» ia purrrr », Citrn'%fMJtuinnl du 15 décem-
bre 191.**. Voir tian* r.irlu'lc du Temjt* preniû . « l\< nous
• î" r . I - d.litré*du o- ! ter-
' . d'un .lUlre h<'i' lido :
■ ' ulhul' r I'- l'-tcrmi-
p. £12 M ^ui\ Pour
'■• du drteninni^me
■ •■ . ,. ... . . -.. . ,. -•-.. .1 -»uiv.
T(» BELFIIEGOR
totale autonomie de noire jtersonnalilr par
rapi)Ort à l'ensemble du monde tant présent
que passé. Rappelons toutefois que il y a
trente ans, la do< trine du déterminisme
total (dt' Taine) avait aussi été Toccasion,
pour les âmes romantiques, d'éprouver de
;^'rands émois; . J'arceple mon détermi-
nisme » était un thème ehéri (voir les ])rv-
miers livres de M. lîarrès): on se pAmait alors
dans ridée de la fatalité du moi. Il n y a
puère que les vues modérées dont le roman-
tisme ne s'accommode point.
1! est à i^marquer que, dans la répudia-
lion du déterminisme de Taine, on a repoussf
la détermination du iiioi par le milù^t, mais
on a conservé la détermination par le paiisr
(« les morts nous gouvernent ï»),et aussi celle*
de la race. C'est que C(»lles-lj\ son! des thèmes
lyriques, des occasions d'émoi, ce que I.»
|)remière n'est j)oint.
Plnlin, c'est \c cosmos tout enti» r i\u\\>
DELPHK(.OU Tl
veulent voir exempt de lui. (le i^est pas un
«les articles les moins goûtés, rn cette phi-
losophie dont nos mondains font leur bré-
\iairp» que celui d'apns lequel r»*ss4'nce
intime du monde est de mùmo natun* que
notre conscience, en sorte (|ue chacun de
^ M ' nts est ■ imprévisible » par rao-
jMjii .1 «lUX qui le [•n'HM'denl. L'id«'*e d'un
monde orj»aniquemciil désordonné est une
^)urce d'émoi à laquelle il semble bien
m'aiictine société française n'avait encore
Constatons d'aillenf'*. dans tous les do-
mai ne:?, leur répugnance à admettre Fexis*
nce d'une loi, leur Unibeur à signaler
\ ejpcepiioh. Parlez-vous de l'esprit chevale-
rej^piodes roi?» de Framxî? ils vous opfiosent
î lUis \i; du caniclérc ortionné <le la litlé-
I atnro du xvi • siècle? ils vous citrnt Li Fon-
t.'une; de l.i tendance* rationaliste de la phi-
>*ophie fratiraiso? ils vnu> assènent Mnine
72 nKLPHi:(;ou
(Je Dii'an. Il c.>t évident (jiie Ficlée d'iinr
règle, «l'une conlinuilt'', les irrite; la tran-
quillité des idées générales, le calme qu»*
vous y goûtez les exaspère; ils éprouvent
là -devant
Le caprice inquiet el le déhir moqueur
De renverser soudain la paix de votre cœur
Connue un enfant renverse un verre.
Kt puis l'idée d'exception est productiicc
de sursaut, d'émotion. Spinoza était ivi»
d'éternité; les sécuIiiTS sont dans leur rùl'*
en étant ivres de contingence.
I.a recherche par nos contemporains do
la surprise dans l'art revêt une autre tbrmo
que nous ne relèverons pas, parce qu'elle
leur est si naturelle qu'ils n'en prennent
même plus conscience : c'est la volonté qu»
le sujet de l'dMivre d'art soit nouveau.
Disons seulement que cette volonté, quoi
qu'on prétende sonnent, n'a pas été inconnue
des Oges dits les plus sages. Sans doute, an
BELPiiKr.on 73
^\ir siècle, (les mon^lains comme Hussy,
comme Ch. de S4'*vigné (voir (oc. cit.) plaçaient
f'ranchemt'nt rinvenlioii au-dessous do la
composition; un aimable ecrl»'siasli(|ue (le
!'. Hapin) Privait en hnO : « Il faut moins
ir LTinie dans l'iMcKpionce |X)ur inventer les
choses cjue \nmr les arranger »; les drdains
de Boileau [>oiir Tinvention semblent avoir
roi'ueilli les sutTrages olliciels de son temps:
ra*»«al, Ixi Hrayt-n*, tiennent évidemment
pour peu de chose Toriginalité de la matière
(juand ils disent, le premier : " L? choix des
l^ensées est invention », et le second : < I.i
matière n'est pas nouvelle, mais la dis|K)si-
lion Test ». Toutefois, Corneille constate
dans une de ses dédicaces : « Vous connais-
M*z Ihumeur de nos Français, ils aiment la
nouveaulé, et je hasinle non tam meliora
ffftani nova sur Tespérance de les mieux
\rrlir . ; lui-mèm«' d«Vlarait, dans Vlixa-
meu du Menteur, c|u'il • donnerait les deux
74 15 KL p m': GO R
plus belles de ses pièces pour en avoir in-
venté le sujet »; La Fontaine dans la Préface
de ses Fabicx (rv\l (non sans cjuelque amer-
tume) : « Ce qu'on veut aujourd'imi? on
veut (le la nouveauté. » A la lin du siècle,
il n'y a i^uère que Fénelon qui persiste à
estimer peu la nouveauté. Pour Perrault,
une des preuves de la supériorité des
modernes sur les anciens, c'est qn « il y a
dix fois plus d'invention dans Cijrus que dans
r Iliade >. Bientôt La Motte se targuera d'avoir
dans ses fables le mérite de l'invention, (|ue
La Fontaine n'a pas. Enfin, selon La Har[>e,
la tragédie grecque comporte une véritable
tare esthétique en raison de son |)rologue, qui
supprime la surprise. Le fait de ne point
demander aux oMivros d'art le choc du
nouveau semble bien avoir él('' de tout tem|)s
le propre d'une inlimc minorité, ;ni tempé-
rament peu violent.
Ce n'est pas seulement le sujet dont on
BELIMIKI^OK 15
veut aujourd'hui (|iril soit nouveau, c'est
le st^'le (le l*auleur, cVvst son nioile de coni-
))Osition, sa conception du i^enre (]u'il traite,
sa manit'îre. L'engouement |>our l*«guy est
videnunent l'ait en grande partie de ce
ju'il tMTÏl « comme personne n'avait
jamais l'ait », et je sais une jeune revue qui
repi*ocliait na^^uère à M. Anatole France
d'avoir « chaussé les souliers des siècles »,
entendt'Z : de ne s'être pas fait une manière
c à lui *. (À3tte esthéti(|ue, elle aussi, date
déjà de loin <mi Frant-e : Vnjtaire louait
les auteurs du xvii' si«*cle de ce que presque
toutes h'urs productions auraient été « dans
un genre inconnu à Tantiquilé »; Marivaux
déclaniit, avant même d'avoir trouvé aucun
sujet, (pril était résolu à présenter une
forme nouvelle de la comé<lie, aimant mieux,
dis'iil-il, « être humhlement assis sur le
dernier liane dans la jx'tite tn)U|)e des
auteurs originaux qu'orgueilleusement placé
76 nELIMIKG(»K
à la première ligne dans le populeux bétail
des singes lilléraires. » (Ces « singes »
s'appellent parfois Molière ou Piacine.) Voilà
posée, en pleine conscience d'elle-même, la
romantique religion de l'originalité en art. —
Rappelons que nous eûmes naguère, avec
certains disciples de Moréas, la religion, non
moins vibrante, de la mm-orif/inalité (le poète
ne doit traiter (pie des lieux communs, etc..)
\'(>lohti'' que rarlisfc vive /V;/ioh"o/j (ju'il Iraitc,
.<a)is s\'lcrcr
(ni-dessna (Telle par renlendcment.
Mais le plus significaliC, daii^ leur dtsir
d'éprouverdo l'énioi et iiiii(pienient de l'émoi
par la peinture de l'Aiîie humaine, c'est leur
volonté (pic l'artiste « s'installe dans l'inté-
rieur » du sentiment (pi'il traite, qu'il en
« ('pouse le ]»rincipe d activité interne -,
qu'il <« devienne » ce sentiment, qu'il le
" viv»' r^: ci non na»^ (lu'il le vive afin d'en-
BKLPilKGOR 77
Miilo l«' mieux comprendre, mais ({u'il le
\ive et s'm licnue là, en dehors précisément
de toute intervention «le cette maudite intel-
ligence (jui « arrête le mouvement de la vie ».
On sait Irnr mépris — formulr- — pour le
ron»an <ranalyse,oii l'auteurdemeure « e\té-
rii'ur » au mouvem«'nt dVime iju'il [winl;
leur supivme estime, au eontniire, |K)ur ces
ouvrafjes où Tarliste iKirail se « fondre à la
passion de sou personnage », hors de toute
\« Il»'»it6 de jupemcnl. « l>? romancier, dit un
criticpie au <uj»t d'un illustre contempo-
rain cl p<Mir l'en exalter, le romancier a été
conf|uis |>ar son héroïne: il a é(K)usé sa
folie. (Ju'il s'agisse d'Alissa, de Michel ou de
(landaule, rjue d'ahonl il condannic ou
approuve ses créatures, dès (|u'il a com-
iiH^nrr de peindre, il a perdu le |K)uvoir de
-1 (I) Tel |X)ète de Jeanne d'Arc ou
1» Henri (•h<^>n, htr r,i
78 HELPHKCiOU
de la Vierj^e Marie est porté aux nues parce
que, paraît-il. il « épouse » le sentiment de
son luîruïne vn tant (pie *< pure action »,
« pure poussée du dedans », à Texclusion
de tout apport crarrangenient ou d'ordre
dans la pj^nture de ce sentiment. (x)nve-
nons que jamais la volonté d'émoi ne fut
plus inventive. Quoi, en elTet, de plus émou-
vant que de contempler l'crercicr même de la
passion humaine? VA quelle hardiesse, quelle
nouveauté, de demander un tel spectacle à
Vnrtl Voilà de quoi ni Alexandrie, ni Home
byzantine, ni Tvr. ni ('.arthaj:;e, ni aucune
société « romantique » ne s'était encore avisée.
Il y atout de même du nouveau sous le soleil.
'« J'entends, prononce un poète qu'Aris-
lophane veut ridiculiser, j'entends épouser
l'ùme de mes personnages. Si je peins des
fenimes. j'en dois contracter les mœurs.
l"]h oui! si je compose Phèdre, je dois me
mettre à faire l'amour. » Voila un auteur
riKLI'HKGOR 79
(]iii anrail la ilévolion de nos esthèlcs. A
Mhènes, il y a trois iiiillo ans, il faisait
|x)iiiïer de rire un public de matelots et de
IMirlefaix. On sent le pro^Tès.
(^tl«* volonté que l'artiste é|K>use Ui priii-
ipe d'activité de réinotion (|u'il traite n'a
nen à voir, bien entendu, avec celle d'un
>.uul-fivreniond exalUml CorneilU* d' « être
allé an fond do rame de ses persouna^^i^s
'lercfier U principe dr leurs actions », d*ètre
« descendu dans Ifiir o<i"ur jour y voir
former les pusstutui et y découvrir ce «juil y
a de plus aiclié dans leurs mouvements ».
Il s'a^'it, pour le criti<|ue du xvir siècle,
de ro^r le princifxî des actions, de découvrir
la formation d»is {tassions, non d'épouser ces
jXLSsions, non de les virre. bors tout juge-
ment sur elles.
I^ di^ir de nos ^jens cpi»- l'art soit IVmo-
lon elle-mèmt' et non une vue sur elle,
•vêt encore cette forme : l'art, disent-ilii,
80 bi:limié<.»>r
doit donner Témolion dans le « llol indivi-
sible » où elle s'apparaît à elle-même, non
dans le « morcellement », dans le « décou-
page » où rcntendement la voit de Texlé-
rieur. Encore une réalité inliniment émou-
vante, — dont le concept, au surplus, élail
assez diftlcile à former pour des personnes
du monde, — et (|u'aucune société, même
romantique, n'avait son;::é à demander à
Tari. Tout au plus, ra\ait-on demandée à
l'aclivilé mystique. Uoniarquous hien (pie,
dans ce « Ilot indivisil)le » (ju'est pour eux
l'émotion humaine, l'idée de /lot est une
source d'émoi et celle iVindivùiibiliti' en «si
une autre; nos esthètes savent se bai-ntM*
dans chacune d'elles séparément, conini»'
aussi dans leur confluence.
Cette volonté que l'art soit la vie elle-mênu*.
rt non unt; vue (pic rinlcIli^^ciuN' prend sur
la vie, se manifeste i>ar |>lusieurs sympl(^mes
qu'il est bon de nnonnallre :
HKr.lMIKGOK 81
(Vpsld'al>onl Tincrovalile |)roj)Orlion, dans
la lilltTalure conli'm|M»niiD(*, des romans
rits Jam le style direct, où le héros dit : Je,
raconta lui-nirme ses émotions et par là les
vit sous les yeux du lecteur. Ce j^enre, par
lequel i*auteur (à moins (pie d*artilice) s'in-
terdit ces rèpe.rions sur la passion^ (|ui avaient
fait riionnour d'une I^ Fayette on d'un
Stendhal, send)le être, selon notn* tom[)s, le
-••nn» du roman par excellence.
C'est aussi leur religion du thêdtre. en tant
(jue cette forme d'art nous pix*sente l'émo-
tion liumaine sous le modo direct^ semble
nous montrer la vie elle-même, nous permet,
mieux »pie tout autre, d'ouhlier l'entende-
uient au travers du(piel nous la voyons.
♦M)ser\onN bien, ii ce pro|>os, cpie ce cpii est
iionveau, dans l'actuelle so<iet«' française,
<c n'est |>oint sa furie du théâtre. Olte furie,
lie l'eut toujours, et |x»ut-ctre autrefois plus
<|u'aujourd'hui : [wis la moindre « collation »,
S.
81 BELIMIKGOR
an Win- sircle, sans comédie; la duchesse
(le lk)iiri:op:ne ne se déplaçait pas sans une
troupe de comédiens; la maréchale de lk;lle-
Isle s'était fait bàtii* un lintel avec une salle
de spectacle. Ce qni est particulier à notre
temps, c'est la relujion rsthclifiue pour le
théâtre, c'est la volonté dy voir une forme
d'art supérieure. Que la forme d'art de
Tabarin ou de (rijiiuM'v — du seul fait
qu'elle rsl du thcàlrc — soit su|>érieure au
récit ou au roman, voilà ce (pi'on n'eût
point l'ail articuler à nos ancêtres, même à
leurs femmes.
On ne diia jamais assez combien l'abou-
tissant logique de l'esthétique cx)nlempo-
raine, c'est l'apolo^ni» du théâtre. N'est-ce
pas lui qui, par excellence, paraît être « la vie
elle-même et non une idée sur la vie >>? <- la
réalité, et non une déformation (ju'en fait
rinlelligenc€ »? Au reste, c'est de quoi cer-
tains ont pris conscience : un de nos esthètes
BELPHKGOR 83
salue ce inouvomenl, qu'il croit constiter, par
lequel « le roman seniit en train d'adopter
les mœurs du théâtre. » (I) Toutefois, l'abou-
tissant plus nécessiiire encore de cette esthé-
tique de « la vie elle-même », c'est ra[K)lo^ie
«hi comttlien; a()olofi:ii* que, d'ailleurs, l»'s
< ommandements de celte esthétique enve-
lo[)|)ent jxirfois dans leur expriissioii mémo :
Il faut, dit un d»*s ins[>irat<'ur> des doc-
trines d'art contem|)oraines, il faut revivre
l'existence du |)ersonnage qui vous occupe...,
roincider avec elle; en être twn plus un
^pedairur, tiini^ uu acteur. • (i) Ailleurs on
ixalteuneconnaissancedela vie(« intuition »)
qui doit être « vécu*' plutAl que n-présentéc »,
! il. lt«rn«U'iQ A propotd'un ruman ili M lUml \ aimer
. du 15 mars 19iU 11 c«l vrai que • a
- i\n lh«''.'ilr«'. On lr<»u»c un »€iii > ic
hnmnM! dt thi'-éins. (Waguar, Ut^ria ê
(I) Ktani* iur Im domméti tntmeiitait* de la rvntciêncë.
84 bi:li'11i;(.oi;
« joure plutôt (\ur penst'C. » (1) ïoutelbis,
soit manque (Fuiie conscience nette de Irur
propre vouloir, soit toute autre raison, la
suprématie de Fart du comédien sur tous
les autres arts n'est ix)int formellement pro-
noncée par nos contemporains. L'esthéticpie
de la vie a là un progrès à faire (2).
Knlln une autre forme de leur vénération
j>our l'art cjui donne la rie vHc-nténic, c'est
leur enthousiasme pour certains produits de
l'esprit (pii ne sont, en elVet, qu'une pur»'
« poussée vitale -, I.kjucIIc suit ne se point
déranger de son étal de « |nne pous-
sée » pour se ju;^vr c>u se bien dire
chroniques, mémoires, souvenirs, lettns
\\) Hiolxtion cn'ahict'. p. 15S, p. llW.
(2) Kvidiinnu'nt Ir roiiu'dien scr.ul, pour eii\. rarli>te
siiprt^iin' dans la mcsuiT où il épouse lu passion qu'il repn-
srnlr, sans s\''le>er au-dessus d'elle |>our la coni|trendrr;
exaiiciTunl le contraire du fameux l'aratUue de Diderot.
Hien ne uidntre n)i»u\ que ee l'araJo.re combien lesth»-
lique du xviir sircle «si «neorc, quoi qu'en disent quclqui v
un>, luofondtiuiMil inttllcctualisle.
inlimes il). C'est, en particulier, hiw
leligioii jKjur Tœuvre d'un Sainl-Simon,
modt'le «le pure artitm passinnuelle, parfail»*-
nieiit exemple de tout souci de se relonrner
Mir elle-m» rne pour se conlrùler ou s'ordon-
nancer, qu'on adrnirc .71 tout que telle; dont
ri ne î>e contente pas de s'émouvoir, mais
a (juoi on confère une réelle valeur d'art,
que certains ni/me paraissent prendre pour
nimlt'le. i\e semblo-l-il [«.s, quand on lit
la délinition que l'auleur donne de >«a
manière : - lté|)èlition troj) prochaine des
mêmes mots, synonvmes trop ninllipliès,
bsrurité (pii naît souvent de la lonj^ueur des
phrases, ptMil-èlrc de «pielques n*pélilions •,
qu'un de nos • nouveaux maîtres », tomb»-
Il chanq» d'honneur en 101 1, se soit épuisé
1) • Pour telle de c*>s lellrvs (île combalUiiiU de l'Jlli.jf
'• ». r • - 1-4 plus l»^«u\ »en «lu plus beau de* pommes. •
I' {u-ttr%sui tir hi iit'Irt II es! vrti que l'auteur
f I ' ''«-Mf. '.SI. in de uicprit^T l'jrt.
86 BLLPHKGUR
à niéritor de signcM' ce prograQime? Aussi
bien, l'estime — littéraire — pour ces
Mémoires^ en raison de la |>ure passion en
laquelle ils consistent, ne date point de notre
âge échevelé : il y a soixante ans, un critique
bien rassis, — encore qu'il cherche, en géné-
ral, aux ouvrages de res[)rit l'humanité plus
(|ue l'ail, — comparant l'œuvre de Saint-
Simon à celle de Lu Bruyère, cachait ma!
sa plus haute considération pour l'écrivain
« vivant >», qui « rentrech.*z lui tout échau lié,
r*l là, plume en main, à bride abattue, sans
se reposer, sans se relire, couche tout vils
sur le papiiu-, etc.. ». (Sainte-Beuve, Can-
séries cht lundi, II, p. (»i. Ailleurs le même
critique {Portraits de fcnnnes^ p. 20), ose
mettre en mémo ligne le style de ces
Mémoires et celui d'un Bossuet ou d'une
Sévigné. Ici encore, il faut remonter aux
âges non démocralicpios |>our trouver des
personnes capables de discerner (|ue le pou-
nKi.i'MKr.OR 87
vciir émouvant (ruii ouvi-aj:»' n'a rien à voir
av(H: sa valeur d*arl; capables d'énoncer à
la fois que ces MniH^ires leur causent « des
plaisirs in«licibles • et qu'ils sont « mal
t'crits », qu'ils les • mettent hors dVlles-
mêmes » et que « le style en est abominable ».
(M""' (lu Deflanil.i l'onr une mondaine
d'aujounrimi, une œuvre qui la met • hors
(relle-même » est par cela seul de la plus
haute valeur (Pari: c'en est même le vi*ai
erilérium (I).
Hemarfjuons ce jugement d'une femme du
XVIII' siècle sur un style que nos contem-
|K)i*ains, on le sait, tiennent jx)ur un des
plus l)eau\ qui soient. Kien, an <ur))lus, ne
rarartérise mieux leur esthétique que cette
supn'iiie estime |>our un style fourmillant de
traits saisissants, émouvants comme autant
de coups d'é|»é<», mais dont la syntaxe pnxive
I Sur <*•' rr I It-r I iifn ^.kir 1.^ iki^l<> l« ■ 1^ l> il ilii %Allim^
88 ij KL Pin:'; or.
une l(.'li»' iiiipuissaiici' do l*.iut»Hir à i)rendre
quelque conscience du lien de ses idées
enlre elles (lu'il iiachèvo pas toujours ses
phrases. Saint-Simon, d'ailleurs, ne partage
point du tout celte estliétique du style :
« Je ne me pique pas, dit-il, de savoir
bien écrire. »
Signalons aussi le goût de nos contem-
porains pour rexhumation des brouillons,
des premières ébauches des œuvres, leur
vénération pour les ouvrages désordonnés,
non composés, où lautenr n'est point venu,
avec sa raison, < altérer le '\o[ de son émo-
tion • : jiar cxrinple, |M)ur les Sermons de
Bossucl paivi' i\u\\< ne sont que des
csquiss^'s; surtout pour les Pcn<rfs «le
Pascal, •' parce (pi'elles sont inachevées ».
Ici, ils exaltt'ut un écrivain (Téguy) parce
(pTau lieu de nous donner sa j>ensée loutr
laite, il nous fait assister à sestAlonnemenls:
au lieu de nous montrer la maison toute
BEI l' Il KG ou
conslriiile, il nous conduit « sur le chantier •
(h. I^t ils tanct'iit un («litciir (2) qui, pii-
hliant ra'uvred'un niaitre, noussu|»prime les
variantes (ju'il avoue poîjséiler. Leur dogme,
t-n tout ceci, c'est cju' • en ordonnant son
♦ motion, on la perd ». (.lomme si tout If
problème artislicpie n'élait jkis précisément
lie l'ordonner sans la perdre. <x>mme si Tauteur
des Confessions ou celui des souvenirs de
(lomboui-fi n'avaient \ms réussi à garder leur
•moi tout iMi V imitant de l'ordre. Comme
^i Fart ne consistait jkis à savoir reconnaître,
lans le tulmulle des passions qui se pressent
n nous sous une action donni'e, celle qui est
i leur centre, à discerner le lien qui lui unit les
mires, à les or^ainiser par rap|)orl à elle, bref
.1 n*ali>er le mot du puis>ant maître : « La
r-.i.'.' vient de l'ordre. • iT.«l!i«».) Mais,
I \oér Suuttilê m-ue framcaue^ nov. \W}.
1
90 BELPHÉGoK
apparemment, nos esthètes ne se doutent
même pas qu'il y a là un problème (l).
Comme toujours, à ces œuvres non com-
posées, mais pleines de choses, on a bien
soin d'opposer des ouvrages composés, mais
parfaitement vides. Au livre de Montaigne,
si peu arrangé que souvent le titre d'un
chapitre n'a rien à voir avec son contenu,
à ces (( champs désordonnées » mais si ^ fer-
tiles », on oppose « les beaux jardins symé-
triques où il n v (i rien. » (2) Kl les beaux
jardins symétriques où i7 // a quelque chose^?
Ceux de Buffon? de Spinoza? de Taine? On
a bien soin de n'en point parler.
Cette esthétique d<' la vie a nécessairement
créé, chez certains de nos auteurs, la pré^
tention d'ignorer tout ce (pii |>eut former
Técrivain proprement dit et d'être tout ua-
[\) Sur la religion desPenst'^s en raison de leurdésoitire,
voir la note il à la fin du volume.
fi) A. DE BKRSAKoinr, Hludfi et fechêrrhes, p. 403.
UELrflKGOR 91
lure. Semblable au luros wagnérien (\ni
prt' tondait savoir la musique du seul t'ait
d'avoir écoulé les oiseaux, une de nos plus
brillantes femmes de lellras répond, de son
manoir, à un journaliste : < J'ignore si le
latin aide, comme vous le dites, à la « for-
» mation d'un écrivain français ». Je ne sais
j)a5, moi. Je n'ai jamais son^é à cela. Il fait
chaud ici, je suis bien, etc. » (1) Autrefois,
les écrivains dénués de métier voulaient
f>a.sser |»our en avoir: aujourd'hui, ceux qui
en sont farcis veulent nous faire croire qu'ils
ne savent même pas ce cpie c'est. Tel est le
progrès.
Qtie le 0 pur ejrercicê » de Cémotion
eu est aufi!<i l'intellection.
(lhos4' curieus*' : co pur exercice — expres-
S4'ment ininteUrduel — de l'émittion hn-
I CoLtrrt WiLLT, Merrttrt de Fnmer, I" décembre IWI.
92 lîELI'UKt.OR
inaine, c^'^l lui qui en est rinlelleolion! On
sait que, selon nos esthètes, la « pure poussée
vitale », inconsciente par essenœ et exein|il('
d'entendement, devient — en se « dilatant »,
on se « distendant » — « consciente d'elle-
même et capable de rélléchir sur son oli-
jet. » (1) En d'autres termes, la passion de
Flirdre devient, en se distendant, raotivit»'
qui l'ait la tragédie de Hacine, et la poussée
des arbres relie qui compose les traités de
l)Oti»nique. Ici encore, la volonté de nos gens
n'est nouvelle (pie par le degré; de tout
1,1) Kvoliitùyn rnalrice, p. 1''.). Voir une paraphrase <l«-
rcllrtltKtrirjo par J. Florence dan< la /'/»a/«m/e, juillet lOli.
Pour -M. Claudel, sentir impliiiUf' connaître, san< ijuc le
sentir ait nicnio à se " dilater • . ('/est oe qtril exprime sous
la foiine d'un calembour : « Totite sensation csl une nais-
sance; toute naissance est co-naissance. •• ([Je ht co-nois
Sdiire tlii monde ri de )uu-tnrmr, art poétique, p. 1IS.^
Citons encore cette déclaration «le M. Suarès, qu'un <Ir
nos esUièles iM. l'r. Lefévn') prenait récemment pour épi-
^ir.'iphc d'une élude sur la Jninr Av'siV Fcr/nrr/i.v' Mouart.
191S : > Le |irofond amour a la vériUibie connaissance
L'n autre ficvne [n'nnuniiiuc, janv. 1914) se proslt rne sou^
cite parole de Niotisclic: « Kcris avec ton sang et tu verras
que le sang esl esprit. «
nr.i-piiKGOR 03
lt'in|»>, IfS siMilimenlaux voulurent «|ue le
• ni i nient fût en même temps la science du
• nlimenl, qu'il en fût même la seule
cience; Bl""" de Staël allirmait qu* « aimer
en aftprend pins sur les mystères de lihne
[lie la métaphysique la plu^ subtile », et
Michelel pro-lamait que c'est dans sa • sym-
pathie |)Our la vie humaine • que (ieoiïroy-
^aint-llilaire avait puisé les bonnes met hcnles
l'iologicpies (I). Au surplus, on conçoit qu'il
-oit doux de >e dire (jue, du fait (assez la-
' ile) (|ue Ton vit une jiassion, on en est par
• la S4*ul un profond scrutateur; il est évi-
demment agréable à Mimi Pinson de songer
c|ue, \)i\r les seuls battements de son petit
• eur, elle contient, en puissance, plus de
il I.*- patMg»' vaut qu'on le cite. Avant conté le dé%ou*>-
m- lit <lii .'rantl «avant, l<»r« tle« mas^arrri <!<• scplrmbr»-.
pif. •.«.!>. r de «auvrr «I»' rmlheur»u\ pnftr\«., .Mu h''lt*(
« A relui qui avait t >ur.igi*u<i<
;^>Mrh ^ r»- htjniaii.r. I um»' nroni;
• ; de U vir,<i ( 1) (onipremlf
r vil ne le fit jamais, Oi h
•lin •<> lui rcv;.U la nalurr; il y péucira par le vu u;
94 in:LPHÉ(iOU
pensée sur Tamour (jue Sloiullial et Spinoza.
Leur argument, en ce désir que la réelle
intelliirence d'un sentiment soit prolono:e-
ment du sentinicnl lui-même, c'est que —
historiquement — ceux rjui montrèrent, sur
tel sentiment humain, les vues les plus pro-
fondes sont des êtres qui ont éprouvé ce
sentiment, (pii l'ont réru. Admettons le fait.
Mais la vraie question, ici, est celle-ci : Tac-
tivilé par laquelle ils formèrent ces vues
profondes sur un étal du C(eur est- elle de
même nalme que celle })ar laquelle ils le
vécurent? Peut-on passer de l'une à l'autre
par a dilatation y, c'est-ii-dire par conti-
nuité? Ou bi(Mi y a-t-il cuti»» elles deux, et
malgré (pif la i)r«'mière recjuerre i>eut-ètrc
la seconde comme antécédent nécessaire, une
dualité (Torip^ine, un hiatus? C'est 1j\ de ces
questions qu'il sutlU qu'on pose pour qu*on
les résolve, .l'admets qu'une Lesjùnasse
trouve cette vu»; profonde sur un inouve-
BKLPIIÉGOH 95
iiHMit liuiiiaiii : • La ))lu{t;irl des feiurnes
n'ont pii^i bfsoin d'être aimées; elles veulent
seulement être préférées » parce qu'elle a
vécu le tourment d'aimer sans retour; je ne
erois |»ourlant pas rprelle la trouve |Kir un
pur prolongement de son action de souflVir,
mais bien en faisant ap|>el à une tnut autre
fonction, qui est une faculté singulièrement
aiguë de former des concepts et de les lier
entre eux; j'o«e croire (qu'on me pardonne
cette lése-démocratie) que la petite ouvrière
sans culture, cpii n'a \\o\\v elle que sa douleur,
pourra la « dilater ^jus^pi'à la lin de ses jours
sans trouver jamais rien de jïareil. J'accorde
encore qu'un du lUirtas ait fait son admi-
rable dt^Tiption du cheval |>arc<» (ju'il s'oc-
cupait charpie matin à se mettre à ({uatre
flattes, à ruer, à gîiml)ader» à hennir, à être
chevQi{\)\ j*ai id(*e toutefois que l'élaboration
Il Voir Saiotc-Deavc, Tableau tk ia poéêiê frai^çatm
• êiecle. p 100.
96 BKLiMii:r.OR
(le son tableau est d'un tout autre ordre
«l'activité que ses hennissements. Quant à
ce que vicre un sentiment soit une bonne
I»ré(>aration pour le comprendre, c'est ce
(|u«^ personne n'a jamais nié, encore qu'on
demeure troublé de voir (ju'un Froissart,
qui n'a jamais quitta' son fauteuil de cha-
noine, ail fait les meilleures des descriptions
de bataille, qu'un Balzac ait donné i\e<
souffrances d'une mère inquiète une pein-
ture dont je ne vois l'équivalent sous la
plume d'aucune femme (l), et qu'une des-
cription du cheval au moins aussi heureuse
que celle de du Bartas ait été faite par
Virgile {|ui, selon tonte vraisemblance, m
se mettait pas à quatre pattes.
D'autres fois on nous parle d'une jx)ussée
vitale qui, au lieu de * se dilater » pour
devt^nir inlellection, « se retourne sur ello-
(li Mémoires de drux jeunes mariées.
BF.I.I'HKùOR 97
même ». Nous demain Ions : Où «loue la
|)OU.ssc'o vitale prend -elle, en elle-même^ le
sim|»lc désir «l'un t«'l inouvemonl? (le seul
désir n'est- il jkis déjà une niphirc de celle
• pure |)0ussée » d'avec s» propre nature?
niH' importaliofi étranj^ère? proprement
une infection de l'esprit critique? Au n»sle,
la do<trine, par ailleurs, Ir proclame for-
mellement : - Ces choses (de la « vie pro-
fonde «Il rinstinct seul les trouverait: mais
i7 ne les cherchera pna. • Helenons, en tout
ceci cl une fois de plus, relte double volonté
de nos esthètes : se Ixii^ner au pur émotion-
nel et j^ardcr en même temps les avantages
r|u'ils continuent d'at(a< lier au renom de
rinti'lligcncc.
A tins volonlrs itnpiiquèes tlans celle
qu'au vient dr dire.
Au fouii (Itî celte volonté t\w larliste 5C
fonde û son héros, il y a encore d*autres
Cl
98 i;kij'Iik<;oii
désirs (rénioi que celui de toucher rémotion
m ario. II y a, d'abord, le désir dont nous
parlions plus haut, d'assister au spectacle
d'une abolition de (lislinclion, d'une ftisinn
(Ir (hii.r ohjels m un si^ul, S{)ectacle sinijulir-
renient troublant quand ces objets sont
(U'u.v (Unes. (Le f^oût de nos contemporain^
pour ces sortes de spectacles se voit encore
à leur engouement pour ces enseignements,
soi-disant catholiques (Kd. ]je Roy), où le
monde dérive de Dieu \):\v des « élans »
de ce dernier, (pii ne lais>ent place à aueiine
discontinuilé enlic l.i souree de vie et son
produit, et l'ont de ces systèmes, quoi (pi en
disent leurs adeptes li leurs heures d'em-
barras, une brillante modernisation de l'éma-
natisme alexandrin.) — Puis il y a le d6>ir
que l'artiste, ne demeurant point c^Uérirur à
TAme qu'il traite, ne lui demeure point
supérieur. Nous touchons là une volonté
très générale de ce temps, qu'on i^ouir.nt
lihLrilK».»"»; no
n|»|M'|»T la hainO \HM\r la trnns>ri,ii<!nrri\r l all-
lenr \ii\v rap|)orl ù son sujet: haiiift toujours
vive, <|u<'l(|ue sujet i|U(î Irait»' l'artiste, [»an'e
• jur» toute transcendance implique jugement
et lit>erté d'esprit, mais qui s'exaspère loul
l»iirticulièrement quand ce sujet est le e«rur
liiimain (I). C'est ce (|ui apparaît on toute
lumière dans leurs sorties contre l'analyse,
cprils n'aimefit déjà pière quand elle s'ap-
plique au mon<ie inanimé, mais qu'ils
poursuivent de leur furie quand elle s'atta-
«pie u l'àme humairn*. OiTon nous [)ermelte
1 I A i.iii.ii. <i'.itii..iir.i lui. ».tf>Modir(> i Paulear : « Vous
, \oir»' n'ile it.1 t*>rfDiaé;
( i-L 11 • vifit'mniont,
1 . ou rrfli*
Ji- il. r. (iif
I «nrore hirn-Mnit du 11 de
'1 -nn. r U v. rt • .lirr-. I.-, h
t.-. \n
Af.WT.
p«Hir
. r UDf
Uftraiil.- , ' luiiwii. iUnUtm, j». I.'jU,
iOO lii:i.Flf KGOR
de rapporlor ici un passage d'un de leurs
leaders, ailleurs cité par nous, qui exhale ;i
merveille leurs raiicoiurs : « Devant ce>
prétentions de l'intelligence (à assigner des
conditions uiatérielles à nos sentimenlsK
nous nous sentons heurtés, diminués dans
notre vie intime, l^t je ne dis rien de la
légitime impatience que provoque en nous
la disproportion quelijuo peu ridicule eidie
le pro.:^ramnie de ees auteurs (Spinoza et
Taine) et leur exécution. De telles conip:i-
raisonsit le vice et la vertu sont des produit-
comme le vitriol et le sucre »), froidement
instituées, sont à nos yeux des menaces
j>our ce (jue noire Aine a de plus précieux.
U semble qu'en expli(|oanl l'origine de no^
sentiment, (»n en déliiiis»' en même tenq»^
la valeur... » (William James, rExpêrieiirr-
rrligieusi\ )•. 8.) Qui ne sent, disions-nou**,
que, si les explications de « ces auteurs »
étaient meilleures, l'auteur de ce passage n'en
HRLI>UK(;n|( |0t
serait |>as plus content, et <|ue ce <|ui l'exa^-
|HTe contre Tanalyse, ce n'rst pas (|u'ell«*
expli()uc mal le sentiment, c'est (ju'elle
l^rétendc l'expliquer? — Enfin, «lans celte
\olonlé que Tartiste se fonde a son hérO''.
plus prici<<''ment (|u'il soit « concpiis » pur
lui, qu'il « iH.Tde tout |)OUVoir <le le juger »,
il V a le rlêsir de le voir, non seul<»ment n.;
|>oint « transcender » son sujrt, mais être
dominé, al»atlu, terrassé p;ii lui: s|»ectacl«5
évidemment fort pallnlique. Ici encore, 1»^
plus curieux, c'est qu'un tel désir soi!
devenu conscient, formel, orj^nisé. Ajoutons
qu'il est un des éléments ilu sucC4*»s dr 1 •
littérature des femmes, le^iquelltMi sont
d'ordinaire . dominées par leur sujet an
lieu de le dominer >, connue je l'ai entendu
dire un jour A nu critique, |M>nr les en
exalter
I(»2 BELlMIKi.OR
Ik'Uyion de I art siibjccli/.
Vouloir (jue Tartiste se l'onde à IVime qu'il
présente conduit naturellement à souhaiter
(ju'il présente sa propre (nue. A qui se fon-
drait-on mieux {\uii soi-même? C/est la
relij^ion de l'art subjedif, articulée déjà par
l'époque romantiqu(\ mais dont on |>cut dire
que c'est notre tenip> (pii en a pris la vraie
conscience. Non seulement on a jjresque posé
en précef)le (|ue l'artiste ne devait dire (pie
lui-même (1), non seulement la plupart des
auteurs révérés depuis vingt ans n'ont p:uèi'e
conté que leur âme (2), non seulement on a
(IW Je n-ois surtout, «Irrlarc M-' Aurel. dans l'avenir
(lu livre qtii trahira l'Iioniuic intérieur; on ne prnlra plus
SCS iiislaiits à ilt'p.i>ser l'd'uxre, rosl-à-dire à allrihuer se»
visions à tri ou tel i»orsonnage élran^rer. » {Mnnuc (h'
France^ 1" mai 191 1.«
^"î] Péguv, Claudel, Suarès, Komain Holland (selon qu'on
envisage .> 7i/j-r/j» »«/<*/)/<•• eonuiirun expost^de l'Ame de l'au-
teur ou ronime un nouveau voyage d'Anaehai-sis . Aussi
bien i herche-t on vainement, «lepuis MM. Franc e ou Her-
mant, l'écrivain un peu noloiio«iui s'oecu|>e n prin.i.. îpv
monirs?
BBLFHftGOU 403
v»'néré plus (|uo jamais ol syslémaliqueinent
ces œuvres « consubstautieilrs à leurs au Ituin»
•I h leur vie • (Pascal. .Nietzsche), mais on
-'«'st mis à dt^finir, dan?* rinlérieurdu moi,
nu moi pliis profomlhueul tnoi, plus unique,
pins individuel, plus incommunicable (c»Mui
lo notre pure srnsibilité, pur^é de toute
!'//•>, surluut do loule idée gMérale), et à vou-
loir que ce fût Harit ce mot-Ui (jue l'arlisle
\lnt s^. dire (c'est la violente préférence
ncordé*? à IJaudelairo sur les romantiques
■h 1830). Enlin, on a statué que Texpres.sion
le ce moi ne se pouvait pa.« faire |.uir un
|Mrnchement de Tintelligence de l'artiste au-
<l«»ssus de son proprr oiur, mais par une
• ommuninn mystupie de lui av<îc lui-même.
I>;ir une ^orte de self-étreinte aphasique et
inintellectuelle, dont l'évucation — jointe à
«ille du moi « incommunicalile > — fait
videmment (juel(|ui' «hose d'inllniment
trouhiant. On v(»il qn«- la volonté de la
104 DKLIMIKGOH
sociélO française de jouir du subjcclif a fail
quelfjucs pro^q^ès depuis le Lac et le Souve}iir.
L'estliéliciue du subjectif, elle encore, ost
lollement intégive à ràmc do nos conlem|>o-
rains qu'ils ne conroivent même pas qu'il
puisse y en avoir d'autre. Qu'un maître ait
pu un jour écrire les vers suivants, cola
provoquera san> doute chez nos jeunes ^cn-
une vraie stupeur, comme lorsqu'on nou<
apprend (jue des sociétés ont pu vivre >aiis
vénérer le courai^e ou l'iionneur :
...CVsl )à fiunn grand pciiiliv, avec picino l;Mp»<>o.
D'unr friondo idée étale la ricliessc,
Kaisaiil luillor partoul de la diversité,
l'I ne tonil)aiil jamais dan> un air répél»^ :
Mais un jtfintre comtnun trourc une jx'ine cslrémc
-1 sortir dans ses nirs de l'tiinour de soi-même:
De redites sans nontbrr il fatiijue 1rs yexLi,
Kt, plein de son inMgt% il sr peint en tous lieu.r{\).
11 est clair (pie les reproches d'ipséisnie.
(I Molière, la Gloire du Val-dc-dràrcOn tiouxm an»^
un»' a|)oloj;io do In « divrrsilo • d'un uiitcur rlio/ Siiini
llvn'inond, à |iropos df Prirono.
ÏJELPMKGUK l^♦^
«|iH* c<;> ver> font ;ï un fcriNaiii, passeraieiil
aiijouni'iini |Njiir autant de rianplinient^.
On remarquera : • niai< un |)einlre commun ».
F/allacliemenl à soi-même considéré comme
^'uc tie vul^'arité d*ûmcî Sic transit...
Mar({uon< encore, ici, U- goiU de nos
contemporains (assurément en l)«iss»^ depui>
la guerrei \>o\\v le culte du moi, j'entende
|>our eos auteurs (]ni >'altachenl à i*u\-
memes, non |)lus dans un emhrassenient
riiysli(|u«'et forrcné, maisdan< une manifest»'
prrtention d»* jouissance rélléehie et d'êle-
L'anl « dilettantisme ». 11 > a là, dans le tran-
quille plaisir (|u*une Ame prend à se humer
«îlle-mr-me, un s|)eclacle, sinon émouvant,
du moins capiteux à la faron d'un parfuni.
d^nion comprend Taltrait pour «erlaines
lisibilités avancées; l'auteur du Jardin dt*
Jif renier, ;iss<'Z peu savounîux |)0ur son
\ risme itléoloj^ique tant vanté, ne lais;»**
idemnnnl |»as «IVtre agréaMi' |»;ir Tarouift
106 iJKJ.i'UKC.ou
(le sa vanité. Nous touchons là, d'ailleurs,
un Irait remarquable à bien d'autres points
de vue : qu'une société française, que les
héritiers de ceux (jui disaient, non seule-
ment : (« le moi est haïssable », mais : - il
est ridicule de parler toujours de soi, lul-ci;
à soi-même » (Saint-Évremond), goûtent des
auteurs dont les phrases comencent pai* :
« J'aime que... », « Jl me plaît (|ue... •,
'< J'éprouve (|ue... >>, c'est là une chose qui
ne mampiera pas de surprendre C43lui (pii
fera l'histoire de l'éducation dans ce pays.
Au surplus, la prétention qu'altiche un écri-
vain de bafouer l(*s con\"enances du lecteur
rst visiblement une recommanilation pour
le public moderne (c'est évidenmient un des
éléments du succtîs de Péguy ou de M. (^lau-
i\o\) : outi'e que rarl)itr:nrc est toujours un
spectacle émouvant. <>n sait (pic certains
délicats j^^oiUent une volupté à se sentir
méprisés. (Voir les annales de rérotisrae.)
UKf.l'MKilOR 10"
Volonté (jw Inrl pntpie i'dme élémentaire.
Knfii. m.n<ni<»ii^ «licuiv, dans leur furie
«. «prouver de IVmoi |Kir la peinture do
Tàme humaine, ce raHinement dont aucun
de leurs devanciers ne s'élait avis<^. :
j'entends leur volonté que Tari peigne Pâme
dans celle n'*gion inrmimenl troublante où
elle e»l « pur instinct », « [»nr désir »,
« pur ajfir ». On connaît leur véritable culte
pour cet art (Maeterlinck, certains Russes)
qui peint exclusivement les sculimonls les
plus élémentaires, — la surprise, la colère,
la |)eur, surtout l'instinct sexuel, — et qui
so i»lalt à les peindre dans leur entière
pureté d'instinct, cVst-à-<iire sans les alté-
rer, non seulement par aucun sentimeot
moral, moins cncor<» par aucune idée^ mais
ir aucune nrganiMtion^ par aucune «MiVr
lo8 nr.Li'iirr, oi;
«lans le .-.'nlir. par aucune lixité do diivr-
tion (toutes choses ■■ intellectuelles » ); qui
s'eiïorce (]•' 1rs montrer clans Jeui- parfaili*
« inouvan'X' -, dans leur pure qualité (r.Olals
naissants • , d' -' inquiétude d'àine ». Il est
riair que, pour nos esthètes, la capacité de
peindre ces énjou vantes régions est le cri lé -
rium même de l'ait. J'ai sous les veux de>
lignes ou un rriti(pie mondain (I) signait*
la science d'nn de nos auteurs à peindre
r.iiur féiuininc <lan> sa plu> pure mobilité;
tié> évidemment aux veux de ce ei'iti(|ue,
la réussite d'une telle peinture signifie Ir
sommet de l'art bien autrement (jue d'avoir
su peindre .lulicn ^nrel ou le baron llulot.
lîien mieux! ^elon l'esthétique moderne, le
pur instinctif est, au fond, et sans qu'il soil
même besoin de le dire, la matière artis-
tique pr/r r.rrrlleiirc, la vraie matière : t J-^uire
(I) M. Manrirc Donnay. à propos do l'Fntmi'e^r' M^'^'o
leU*" Willv MoHn (lu ii oolobn^ 1013 .
HKI.niKGOIl 109
loules les héruincK de mon Ih^llre. dit un
de nos dramaturges les plus «'couU'S, il en
est trois |>our leN(juelles je ne puis me
défendre d'une certaine prédilection : Jean-
nine de l Enchaitlement , maman Colibri et
l'héroine de lu Mairh' wiptùde. Jeannine
peut être avant loules les autres, parce
quelU est Cinstiu' l pur et sans mélange. •
L'auteur n'ajoul»* pas une «xplicalion, tant
il lui [jai^it inipossilile qu'une telle raison
ne snflisc pas à ses contemporains pour jus-
tifier sa pn'férence (I).
tl> Celli» religion |K>iir la |»<»inturi- du pur instinct quf
n'encombre aucuiu- organisation a imnluit chvt nos cun-
l**iD|»oniin9 un cuilc »[»érial. parmi If théâtre rl■<«^iqal^
pour Hoj'izft. { 9 PerMinnagi";» de «'i>ur, mais de cour
d'assises *, dit M. Albert (iuiooa, ap{>arrmmenti'i: maniiTc
df louangr. (U^roim* n rbt'miat* qui ppin<>nrc .
Je |>«rdr:tts lua \'Mi.*"-i:i<*c rn U rcn-Unl si ptoini
n« 1 preuvf d'un»' (ta^i^iDri |irribb-m'>nt «rj*' rvi'
par r de voir clair «ii rll< -mi'mr. (Ihov: cunouw :
dcj.i II 1"-*', il y avait lu u dcdff» ndrc Ra« • «"Ui
qui aimaifut i voir dans Kotanc un>- pun- Kl
qui pnn.iit r. II.* d«'fcn«'' 1^* • mmantiqu*- Mu^-telî
(iirli^tqr, ,lr I iWi uliirt ft dt mlttfiii^^ Itrphar de DajaiH.}
7
110 l5ELPHKf.0R
On sait qu'une «les raisons du culte
spécial que nos contemporains vouent à la
musique entre tous les arts, cVst précisément
le monopole qu'elle a de pouvoir dire ces états
d'ànie élémentaires. Aussi bien veulent-ils
maintenant ({u'elle n'en dise point d'autres :
l'Ame d'Yseult est beaucoup trop ^ organi-
sée »! Kt qu'est-ce que la musique a à faire
d'un Hans Sachs, « herr jjrofessor >»! d'un
NVotan, « bavard sociologue >• î (^Ite esthé-
tique de l'àme élémentaire conduit naturel-
lement à peindre |)resque exclusivement la
femme et les enfants: c'est ce qui se voit
en elTel dans l'art aufjiiel nous faisons
allusion.
Qu'on nous entende en tout ceci. 11 ne
s'ai;it pas de eontester que le « pur instinc-
tif» ait droit de cité parmi les matières d'art.
Nous pensons môme que c'est une des gloires
de ce tem|>s de l'y avoir fait entrer. 11
s'agit de dénoncer cette volonté moderne
BEI.PIlKGOn ili
(prit soit snil inatière (l*art, qu*il le soil du
moins par e.rreiienre. Vurce que, diles-voQS,
il est seul réalité'! (k)ininc si rinl(>lli;.'ence
ne Tétait |»as autant! Comme si Tàme d'un
(Id'tlio riait moins réelle que celle de Méli-
sandeî Parce qu'il est la « racine de Tôtre »?
Mais où avez-vous pris (jue Tari doit [HMndre
exclusivement celte ré^rion ? Diles donc la
vraie raison : parce <ju'il est le plus émouvant.
Souvent la volonté do dire exclusivement
les états de l'ùme élémentaire se combine,
chez nos auteurs, avec celle de se dire
soi -môme. On se dit alors soi-même et
dans ses étals d*ûme élémentaires, genre où
exrellent les femmes, et dont voici un
assez bon exemple : « J'étais là, mais indo-
cile, désaccordée et silencieuse, à cause d*un
lézard appuiru et dis|taru magiquement,
à cause d'une ai^'ntte dv lavande balancée
sous un frelon fourré de brun el d'orangé,
iï cause d'un cri dr l»ercer invisibl,.. di-
112 1;KI.IM1HG0K
Tombre grillaiJjée el claire, qui LK)ugeait
SOU.S un olivier. » (1) On sait, non seule-
ment le goût, mais l'estime littéraire toute
spéciale, — l'admiration, — dont ce genre
est Tobjet.
Nous venons de montrer encore un genre
que réclame le désir général et où excellent
les femmes. On remarquera que tous les
attributs littéraires (|u'exalte Testhéticiue
contemporaine sont de ceux que les femmes
possèdent au plus haut jX)int et qui forment
comme un monopole de leur sexe : absence
d'idées générales, religion du concret, du
circonstancié, perception rapide et toute in-
tuitive, ouviTture sur le seul sentiment,
intérêt |X)rté à -oi-mémc au plus profon<l
(I) Coletlo NVillv (le Malin. 16 mai 1912 . On trouve un
mouvement du même ordre dans un poi-me de MM. (iondi-
ncl el VU. Gille :
l'onnjuoi «uis-j»» altrisl«'"0 «ii cliinl «l'un»» colombe,
Pour une lU'ur fance, une fouille qui loml<?...
{Lakmé, Kit l.)
BKLPIlKf.OR 113
de 9oi-m»'Mne, an plus intiiin', au plus in-
roinmunicalile, elc... Toute l'est fn^tirptr ma-
derne e^it faite /Mur les femmes. Ixîs liommes
lultcnt. l5»*ancoup essayent d'imiter la litté-
rature de leurs rivales. Ih'lasî il faut qu*ilssc
rési;^'nent : il y a un degré d*inintellec-
tualité ♦•? rinipn«l»Mir «jn'ils n'atteindront
jamais.
Nous ne disons rim ile celte volonté dtî
nos contemporains, — qu'ils n'expriment
même pas, tant elle leur «^l'inble nalurelle,
— que la peinture du c«rur humain soit
uniquement celle de l'amour. CVst là une
chose qui date de trois cents ans <lans la
société française. Itap|>elons toutefois qu'au
xvir siècle quelques-uns protestaient; et non
seulement des artistes comme Corneille, |»eu
habiles à j»eindre ce sentiment; non seule-
ment des hommes d'Kglise, comme Hapin
ou Ik)uhours; mais des |)ersonnesdu monde :
Ihi-isy, r.iblw de Villani, Subligny, Saint-
114 HILI'IIKGOH
Kvremond, Al°' de Sévigné. Voil-on uno do
nos mondaines s'élevanl contre le Ihéùtre de
M. de Porto- liiche parce (ju'il li-aile trop
exclnsivement de l'amour?
Leur volonté (pie Tari peigne Tàme élé-
mentaire n'est, au surplus, qu'un épisode
de celle qu'ils ont (jue l'art soit nécessaire-
ment profond, qu'il peigne exclusivement les
régions profondes, les replis profonds de
TAme hmnaine. Comme si de grands artistes
tels (pic lîoiisard ou La Toutaine étaient
profonds !
Ici encore, l'esthétique de nos contemjx)-
rains, en tant (prellf viMK're la représentii-
tion de œs régions où le disa)urs se tait
pour taire place au <- pur sentir •>, au « pui*
agir », tend directement à I;i religion du
comédien. Au reste, la religion du comédien
en tant (pie pur gesticnlateur est assez net-
tement constituée aujourd'hui : j'ai là sous
les yeux une pa^e où un homme du monde
exalte un com»'Hlion pour le « dos » qu'il fait
dans telle scène (I). Remarquons aussi
comme Tauleur dramatique associe de plu<
en plus délilW'rément le comédien à son
action sur le j»ublic, et Tv associe en tant
que pur jzesticulaleur {i). Un homme s'esl
rencontré, d'une puissance de m«''pris
incroyable, mauvais i^crivain autant qu'ha-
bile dramatuprr»*: il n'a jamais conçu uno
phrase siuis l*asso<ier «lans son esprit au
comédien «pii la jouerait; il a r»MUplacé la
conduite des |>assions par les ))assions elles-
m»**mes. il a substitué le geste au discour-^
et le horion à la réplique. Non seulement le
|»arlerre l'a acclamé, mais les salons dits
les plus lins. Et ses détracteurs l'ont copié.
\j^ mile de iîon ri)iitemporain< \tcn\r la
(DTempt, 5 iiot.1907.
<li Oo obtcrtern, à c« propos, l'aboodioce et 1« dt^il
des il;' ^ de» Joux d« toéac d«M le tbéèlra
r.i> no.
lie i;KiJ'Hi(,on
vie ('lômentain', leur niéj)ris pour la vie
rvoluée, ne paraît pas seulement à leureslhé-
lifjue. Dans leurs vues sur le monde vivant,
dans leur « |)hilosophie biologique ->, la
seule vie qui les intéresse est manifestement
la vie élémentaire, la vie protiste; c'est à elle
seule, sans même qu'ils croient devoir nous en
prévenir, que s'appliquent toutes leurs défini-
tions de la vie (« incessant changement de di-
rection », « incommensurabilité avec Tidée »,
etc.): la vie qui tache à dépasser ce moment,
à stabiliser le changement, à conquérir la
consistance (par exemple, reflbrt île l'animal
à se faire une vertèbre), cette vie- là ne les
touche pas: elle est, pour eux, au fond, une
défection à la vie, un retour a la matière
inerte (1). Aussi bien les seuls faits de
lit Rien do |)lns suggestif, h cr point de vue, que de
comparer la philo^-ophir binloni(|iii' vu Noiiwe aujourd'hui
avec celle tde H. Spon» en où se plaisaient nos père^^ : YKvo-
liilion crralrire met rn relirf dans le plunom^ne Nilal, et
presque exclusivement, l'attrilml de nicbiliU'-. les l'riiici}>es
de Hùilrufic, celui iVorgnnisatioii.
Bi.iJ'in <;ou 1 1 :
conscience qui, selon eux, cxi^'ent «lu psy-
chologue uno attention de dioir^ une méthode
d'exception nin « renversement de la con-
naissance oniinaire », une «» catastrophe
de la pensée »), ce sont les faits de la
conscience ^^Uiurntaire et ittorganisée. Les faits
de r<\me »'îvolué<\ fonctionnant par concepts,
— Tactivité dVime d un Doscarles. fKir
exemple, formant l'idre de subslancr. —
ces fait5-|j, les phis l>anales m«*tho<les suf-
fisent, f>arait-il, |)Our les comprendre. Mai-
le plus significatif, c'»>l, tians l«ur vie
courante, «lans leur> juj^'ements mondains,
leur supn^me religion |)our les p4?rsonnes mo-
biles, prime -sautirn-, • vivantes *, leur
mépris pour les grns réflt*<:hi3 (je dis meprU;
on ne les trouve |)as ennuyeux, on les trouve
i»/Vn>ii7*si. Je sai> une jeune comtes>e, orne-
ment de nos salons, dont toute la |>enséc
n*esl qu'une orgie de sursauts discontinus,
le rais4jnnement un cyclone d'impressions.
H 8 BKI.l'lI IHiOU
le jn^cnieiil un cli(|ii('ti^ d'iinaj^es; elle a
doiint'î la mesure de sa puissance intelle<*-
tiK lie quand elle a couiparé le profd d'une
illustre feninit; de poète à celui d'un couteau
à j)oissou et l'un de nos hirsutes d'institul
a un écureuil (mi chaussons de lisière. Le
monde ne se contente pas de l'aimer et de
lui Taire fête comme on doit aux enfants;
il la trouve un exemplaire humain supérieur
à Newton.
dette jeune comtesse fait parfois songer à
ce passage de Proudhon : « .l'ai une petite
fille (jui, à trois ans, cherchant des mois
pour les choses qu'elle voit, appelle un tire-
bouchon chf (le la bouteiUe: un abat-jour,
(lui peau (le la lampe; l'éléphant du Jardin des
plantes, pied de nez: un glaçon, pierre de
glaee; les dents de >oi\ jK'i^Mie, doigts de
peigne, etc. Cette enfant a loulc la j)hilosophie
qu'ellt' aura jamais et (ju'uuc femme, par sa
I>ropre force, j"'ul ac(juérii- : des à peu près,
II
liKLPHÉGOR 119
des analogies, di.»s fausses ressemblants,
des drôleries; rien de défini, ni analyse, ni
synthèse, pas une idée adéquate, \ms onil>n'
d'une cona'ption. »
L't'stiiualion syslénialiiiui' dei^ |)ersonne>
en raison <lr leur vivacité d'esprit, et non
de leur jugement, semble une chose assez
récente dans la société française. Elle parait
avoir été inconnue avant le xix' siècle.
Retz déclare n'avoir vu que M"" de Che-
vreuse • en cpii la vivacité supplé;\t au jui:e-
menl •, et il ne se montre point ulti*a-friand
de ce genre de mérite. Tout le monde sait
que les |K)rtraits de M"' de Scudéry exaltent
infiniment plus la justesse de l'esprit que
sa fantaisie; qu'elle |)ense faire l'éloge d'une
temme en disant, par exemple, que, « (|uel-
que prompte que fût son imaj:i nation, elle
ne devançait jamai> son juf;ement. • d)
( 1 ) Portnil de la roaitewe de Maure, dann U Grand r^rm
120 BF.I.PHKGOU
Médiloiis encore; l'évaluation (jui |iriiaît
clans CCS lignes : « Son esprit (à la duchesse
(lu Maine) n'emploie ni tour ni figure,
ni rien de ce (lui s'appelle invention.
Fra[)pé vivement des objets, il les rend
comme la glace d'un miroir les réfléchit,
sans ajouter, sans omettre, sans rien changer.
J'avais donc beaucoup de })laisir à l'en-
tendre. » (M"" de Slaal-Deiannav.) Cet éloge
de l'esprit objectif cluz une mondaine et
par une mondaine, est-il rien (pii sépare
autant l'ancienne société française de la
iiolre?
VOI.OMTK yi E I \\\\ -"li KX.M.TK.
PKHFEC.TIO.N.NKMKM l>l MATliRlKL LVHIQL'K.
l'ii autre aspci I de la volonté cpTonl nos
contemporains (ré|)rouver de rcniui par les
produits de l'esprit est le goût extraordinaire,
BELPUÉGOR 121
presqiio exclusif, qu'il? nianiro>lent pour la
lilléralure earalUe ou «In moius pathi'ti<iue.
On |Kiul dire qua très peu d exceptions
prôs (|>ar exemple, M. Anatole France, dont
aussi bien la fortune <mi a jùti), tous les
auteurs inouïes du puhli»* depuis vingt ans,
— MM. Ikirns, Maeterlinck, Homain Kol-
land. Suants, Claudel, Péguy, Adam,
L. IJerlrand, — sont des auteurs vibrants^
la plupart an ton extrêineraenl mont»'*,
constamment sous pression. II semble que
l'écriture temjHlTéo et raisonnal>le ait (ktiIu
toute esptVce de valeur estbétique [HDur la
société française, chose tout de même sin-
j^ulière chez les descendants de ceux qui
avaient fait l'accueil (pi'on sait aux écrits
de La Bruyère et donné dix-huit éditions
en deux mois au livre de Montesquieu. On
ne demande où est aujourd'hui la mondaine
qui croirait niliaisser un auteur en disiint
que « sa clarté est celle de Téclair et sa cha-
12-2 in-LPHÉGOR
leur celle de la lirviv. .. (1)... Toutefois le
plus intére.ssanl, c'est la véritable science
qu'a nionlrée la i)résenle société, par l'entre-
mise de ses écrivains, à perfectionner l'ar-
senal de Texallation littéraire, à décupler le
rendement de celte source d'émoi.
On a d'abord furieusement intensifié les
sources naturelles ilu lyrisme, celles où il
puise depuis (pi'il existe, <'l (|u'un roman-
tique (i.) énumérait un jour avec toute la
candeur souhaitable : ramoni-. la religicui,
le i)atriolism(*, la mélancolie. Pour ce (pii
es! du lyrismede l'amour, ilsullitde nommer
telle de nos « dionysiennes » pour dire si
on a su le corser depuis le jour où U'> ber-
qniii.ub's d'iiiu» |)(V<bord<'s-Valmor(* sem-
'1)M""du D.lT.-md sur .l.-.l. UotKsoaii .29juinel I776i. —
Le Mercure frattrais du 27 juillet !"•.»;{ |)arle aussi, pour 1«-
tlt'ploiTr, du ton .onlinuelloment oxaltr delà lilttTature
d'aloi-s.
('h De Blossevillc. ^Voir Des firango* '- P'»"^" i<<i. ■,■.,:,„
soxtn ta Hestaurotion, p. "230.^
l(RI.I'liK«.OK 123
bluient ie dernier mol «ie réréthis^ine. En
fait lie lyrisme* reli^'ieux, convenons que les
extases d'un I^mîirtine sont des oraisons de
|)etite-lille auprès des • anéantissements au
divin " où nos p;ns se plonjçenl avec un
Vrrlainr ou des foudres ji'hoNique? qu'ils
brandissent journ»*llement avi^: un Claudtl.
Les chants de j^ueri-c d'un Ikirbier, d'un
Delavigne, voire d'un Déroulèdo? bruits de
trompette d'enfant «^ côté de celte fanfare de
gaUicité, de celte curée de l'étranger, qu'on
sonne, au coin du feu, avec M. Hostand. Au
reslft, la puissiujce émotive du lyrisme ^«trio-
tique a été |)ortée au centuple [>ar la suivante
combinaison <|u*on en a faite de nos jours
avec des lyrismestjuine lui sont pas nécessai-
rement liés : lvri>ine de la raa», de 1' • obé-
dience à DOS morts », du « déterminisme
national », avec le romantisme historique.
Quant au lyrisme de la mélancolie, on peut
alFirmer que, en lanl que vniiment dis-
124 HFMMIKGOR
pensateur de volu[)tiieiise dissolution, il est
une invention de ce temps. Qu'est-ce rjue
les désenchantements — tout oratoires —
d'un Olympio, qu'est-ce que les tristesses
toutes plastiques d'un Chateaubriand, au-
près de ces états d'ûme proprement épan-
dus, de ces lassitudes vraiment mortes à
toute armature, à toute arête vive, où no.-^
conteniporains seront venus s'évanouir avec
M. Barrés? Qu'est-ce que le culte de la
mort, tout liin'aire, tout conceptuel, chez
un Léopardi, chez un Leçon te de Lisle, en
regard de ce capiteux évanouissement de
l'être, pur sentiment exempt d'idée, qu'ils
viennent goûter dans la Mort de ]'enise, et
({u'un moraliste, il y a cincjuante ans, sem-
blait pressentir dans ces mots : -. Écoutez-
là (la mort pleureuse), h précJieuse é(|ui-
v()(jue, vague et mollf, nageant au Hot des
rêveries, mêlant à la doulcurje ne sais quoi
qu'on aime, le- douces et saintes larmes,
liKLi'iii «.«m 125
de deuil? âe plaisir? on ne sait... > (1) La
littérature morticole aura été un don fait U
la France par nos contemporains d).
Aussi bi«*n a-l-on vivement inlcnsifir une
autre source traiiitiunneile cJe pathétique :
le lyiisme du th y stère. On |)eut même dire
qu*on Ta proprement créé. Qui comjxirera,
en effet, ce qu'est ce 1 vrisme chez nos maîtres
de 1830, [)our f|ui les choses sont •' mys-
térieuses » entre cent autres «pithètes du
bric-à-brac romanli(jiie et quasi automati-
quement, comme chez Homère l'aurore est
« aux doigts de rose • ou les conseils de
Z«»us - incorruf»tibles -, avec la sombre a|H
1) Mirhelet, la Bible de rhumanilè, Ylll.
i On n'a peut-être pas asMi remarqué que Chateaubriind
* tn rvfvrrr, bien aur. - — ^ oir,
!iv. lit, rh. II : • Du i>ai-
•' '- ••— -M :
.{ui
irti
lu-
d..r r>
'
'
1','
9lori-> 'Il
n
■ r.tii;
• J'ai eu un
rru a
n'cttau f
. .1
pria ou
rheftM Uc
.
MtitaH, p.
%k
.)
126 BKLPHKGOK
plicalion que mettent nos bardes à prendre
de cet aspect des choses une conscience toute
spéciale, au point qu'ils lui consacrent par-
fois (Maeterlinck) des ouvra^^e^ tout entiers?
Ajoutez la volonté qu'ils ont, aux grands
applaudissements de leur public, de ne j)lus
faire état dans la nature que de ce qui leur
paraît mystérieux, de rejeter comme indigne
d'intérêt loni ce (pii leur semble intelligible.
« Je délaisse un livre, prononce un de leurs
porte-voix les plus lidèles, dès qu'il a perdu
son mystère. » (1) Jls diraient volontiers, au
rebours d'un mot célèbre : « La seule chose
dont on se lasse tout de suite, c'est de com-
prendre. » Notons encore l'extraordinaire
extension (pi'a reçue le champ de ce lyrisme;
comme on ;i su, aux mystères dont se con-
tentaient nos |»ères (mystère île l'amour, de
la femnfe, de l'enfant), en njouler d'autres
il) Le Voyai/p de Spfirte, p.O.
LKI.rilIJiOR 127
et non moins ôniouvants : mystère de la race,
des foules, «le l'animal, etc... (11. Toutefois
le plus remarf]ual>le ici, c'est la nette volonl»*
qu'ils ont, non plus (jue Tart leur fasse sim-
plement former l'u/fV de mystèn% mais qu'il
les lrans|)ortc en cet état où, à l'évanouis-
sement de toute idéi», ils pourront, les
yeux mi-clos et les l/ivresenlr'ouvertes, jouir
de l'éternelle a^noscihilité des choses. Avec
Victor llupo ils voulaient pa/7f»rdu mystère;
avec M. M;eterlinck, ils vcident s'y évanouir.
On sent le progrès.
Mais le plus significatif en cette alTaire,
c'est la création d'une source lyri«pie entière-
ment nouvelle et merveilleusement féconde :
nout voulons dire le lyrisme monil ou plutôt
moraluite. Par un vrai coup de génie, on a
compris quelle admirable occiision de juithé-
ti N'oablioQs pat l'exploiljition de plus rn plu» inlonw,
p»r U lill'-rature, «lu niv»ir>n> chrétien. Vuir la note I à la
tin du Tolume.i
128 HELPIIÉGOn
tique c'était que de s'exalter pour tel mode
nioi'ûi, ou politique, ou esthétique, et Ton a
ouvert à l'exploitation du lyrisme ridée de
r(deur ou du primat de telle ou telle manière
d'être ou de sentir. On s'est mis alors à vibrer:
avec Nietzsche pour le primat de la morale
guerrière, avec M. Barrrs pour le primat
de la volonté, avec M. Bourget pour celui de
la tradition, avec M. Maurras pour celui de
la culture, de la discipline intellectuelle,
de la raison, avec M. Uomain Rolland pour
celui de l'inculture et de la spontanéité, etc.
En même temps, par un autre coup de
maître, on dérrétait que la supériorité d'un
mode moral ou esthétique n'est pas une
chose que l'on démontre, mais seulement
(jue Ton sent, que l'on aime; que, par
suite, rapnirc d'une vah-ui- n'est teini à
aucune preuve, à aucune logique, à aucune
cohérence. On a ainsi ouvert la porte à
un prophétisme échevelé (dont Péguy et
BELIMIKGOII 129
M. <llaudcl sont d*as>ez bons exemples), aux
afllrnialions d'autant \A\i< jHToinpIoires
qu'elles sont plus j:çratuitrs, d'autant plus
stridentes qu'elles sojit plus cunlradictoires;
v»*Tilable catapulte verbale, dont les >ociétés
les plus avides d'émoi r.e s'étaient f)oint
encore avisées.
On s'est mis, disons-nous, à vibrer jk^ut
le primat de la raison. On ne voit pas, en
effet, pounpioi l'amour de la raison ne serait
pas un thème lyrique tout comme un ;jutre.
Il est clair qu'on jKîut fort bien |M)rler la
main à la ^rarde de son épéc et prendre
des attitudes castdlanes en prononçant : « Je
suis classicjue, moil » : comme ce héros d'un
roman contemporain (pii brandit une chaise
sur le crâne de son intiTlo«uleur en
s'écriant : « Khi moi, monsieur, je suis un
républicain modéré! • I>; romantisme de la
raison était tout indiqué. Encore fallait-il y
jïcnser. (Voir la not^ J à la fin du volume.)
130 BELPHKf.OR
Marquons, d'ailleurs, chez nos mondains,
en dehors de ce goût du lyrisfiie moraliste,
un réel moralisme, une réelle absor[)tion par
les passions morales. Tout le monde peut
conslater que le ramage des boudoirs s*ali-
menle infiniment plus de discussions morales
ou politiques (ju'intellectuelles ou littéraires..
Marquons-y surtout une volonté de pesanteur,
de dogmatisme dans le traitement des ques-
tions, un total refus de légèreté (au meilleur
sens du mot). Nous avons fait allusion ailleurs
(1) à cet auteur, éminemment capable du
trait, comme l'ont montré les écrits (\o sa
jeunesse, et qui, depuis vingt ans, s'interdit
tout sourire et ne quitte plus le solennel, par
obédience au beau monde, (hi n'a f)eut-étre
piis assez remarqué que, bien avant 1914 et
alors qu'elle n'avait aucun sens de la gravité
(I) /.es Scntimenh île Ciitias. p. ISi.
BELPHÉGOR 131
lU» riifun*, la société française ne connais-
sait plu> limnie.
Fin fin un autre trait de génie, dans la
?riéme direction, a été d'ouvrir au lyrisme
rex|iloilalion do certaines théories scien-
lili<|ues cl pbiloso|)lii«|ue>i c;i|»al>Ies de lyri-
*atii)n, — en les simplifiant, hien entendu»
^t les déformant an pn*alalile, comme il
ronvienl |M)ur ce «;enre de traitement. C'est
ainsi qu'on a livré a l'exaltation littérain'
la théorie du déterminisme de Taine, plus
piirliculièrement du déterminisme de la
race (lyri?»ée par M. Harrés), la théorie de
la conservation de l'énergie (lyrisée sous le
nom de UelnurHeinel par Nietzsche et M . Mae-
(«rlinckl. la th»*<)ri«' de la constance biolu-
«jiqne (théorie de Quinton) lyrisée par M.
liourgel, la théorie de l'inconscient (lyrisée
l>ar M. Mailerlinck). Au surplus, ce lyrisme
scienti-f>hilo>ophi(iue est aussi un effet de
la prétention (pi'a toujours eue le romantisme
i:{2 i;i:Li'iii';GOK
d'être familier avec la liant»' pensée abstraite
(non sans la protéger). On sait (jue, tout en
serrant dans leurs bras Sienne et Grenade,
nos bardes citent volontiers Kant etSchleier-
niacher, satisfaisant ainsi ces deux besoins
dont la synthèse caractérise une sociét»^
démocratique : soif d'émotion et scolarité.
Un des effets de cette esthétique a été que
maint antenr contemporain s'est condamné
an lyrisme, alors (pie sa nature était rien
moins ({u'échevelée. « Ils portent tous le
thyrse, dit Platon, mais peu sont |K)ssédés
par le dieu. »> On a vu naître alors un lyrisme
châtré, une sorte de saturnales d'instituteurs,
dont M. Jiomain Holland oIVre un assez bon
exemple. C'est Hollin à Caprée. Au reste,
chez tels de nos Pindares et malgré leurs
eiïorts, l'esprit critique est toujours là,
(Jiii r;ini|H' dans sa fang:e et s'y croit ii:ri<iré.
BELl'IlKGOn 1 t3
M. Paul Souday n*a-l-il |)ii-s signalé (1), chez
Tun de nos pins ItMrihlos |)onrron<ieurs de
ct'l esprit, certains morceaux (et peut-être
de ses nicilleurs) qui sont de la pure rri-
ticpie? Oliî riinpilovab!»' Mnalvste.
VOI.0MK Q\V: LV CRlTlCtCE, I. ni>TOinK« LA SCIK.NCE,
L\ rmi,(»>OI'HIK SOIENT KMOt VANTES.
I.E PAM.YHISMF.
Kniin, et c'est évideniment la I«iir pins
l>eau coup d*audace, on s*est mis à demander
«le Ténioi, el nni(juement de l'émoi, à la
rilitjue, à l'histoire, à la science, à la i»hi-
losophie.
On a voulu que laoliMlc du critique rnn-
«^islAl, l'Ile aussi, à « symjiiithiser » avec son
|H*rsonnage, à * coïncider »> avec le « dyna-
misme » de son être, hors de toute fonction
I Tempe, 31 jan\ier 1912.
\'M BELPHEGOK
inlellecluelle el proprement jugeante. De
pures unions mystiques avec !'« âme » de
Villon, de Pascal, de Beethoven, de Tolstoï,
de Dostoïevsky, de saint Aupistin, simples
états du c«pur, simples actes damour, ont
été, pour cette raison, saluées de vraie cri-
tique, de seule critique. Le subjectivismc,
le lyrisme, ont été formellement présentés
comme des valeurs en celte matière. Celui-ci
reproche à un censeur d'avoir mal jugé un
ouvra.i^^e à prêtent ion nettement criti(iue (Les
Jeunes Gens cV aujourd'hui par Airathon) [xirce
(ju'il en a méconnu !»• » lyrisme, latlitude
sentimentale qui en lait tout l'intérêt » (l);cet
autre, attaqué sur rinsuffisance documen-
taire d'une de ses œuvres qui vise manifes-
tement à l'exéjxèse La Colline inspirée), croit
se justilier en se plaignant (ju'on ne le prenne
(\) J. Florence contre M. Paul S.>u<l.i\ 'l.esLc tis ftançuis,
janvier 1914)
UELniK(.OR 135
|>afl « dans son (loi, dans son abondance, dans
sa direction »; nii troisit'me, tiarcclé [tour
rinanité critique d'une étude sur Saint-
Augustin, aux allures nettement dogmatiques,
|H;ns4î dt'sarmer son adversiiire en déolaran!
qu*il a voulu « communier av«M' Vàme » de
ce K^and homme. Notons bien qu'il ne s'agit
point ici, chez nos esthètes, de rendre à la
sensibilité personnelle du critique la |»^irt
qu'elle doit avoir dans l'effort pour com-
prendre les mouvtMiients humains, et (junnc
certaine école, dite scientifique, — « tout
par les fiches , — avait méconnue (I):
il s*agit de lui taire louU la ptace^ à l'exclu-
sion de toute autre activité. Le subjectivisme
par un |- .ml
d'unf h^ >es
le
.>n
«le . .1:1 ;l r... •. l-ul .« fjil
uni, ' III au m< niaiimondr
«ubjriut iita " , | :■ uiii. un IcrOie *i'- • ii.i'|iir, rUe »*CH'CU|K'
d«' Irur rornIaln«n. •
13(j B ELI' Il KG OR
doit rtre la ruéthode critique ( 1). Aussi bien,
le ton monté, Vos warjua soualurmu. dont nous
parlons plus haut, a été (Hondu à la cri-
ti(|uo. <Mi a inau.uuré. \ IsihK'nn'iit pour la
grande joie de tout un public, une sorte
de critique patiiéliipie, inconnue jusqu'ici
I>arnni les genres, et dont voici (jueKjues
exemples : « Ce regard, css inflexions, celte
volonté (d'un héros de Ch.-L. Philippe), ah!
ce n'es} pas seulement un personnage de
roman (prils nous font reconnaître, mais
une plus réelle ligure, etc. t> Ou encore :
« Mots! je ne vous laisserai pas, même mois,
et je ne vous liendrai |»as (ppttes, tant que
(1) On trouvera ocllc » onceplion. r\ primé»' :\\'oc toule la
mndeur souhaitable, dans rinlrodu. tiou mie M~* dr Caja-
rtoilo a jnisc en Irte de sa liùtt/rnjtliie de Sophie Koini-
letrshij. • Ce n'est pas la vérité objective, s'écrie cette
femme du monde, que je ehcrehe dans l'Iiisloire de Sophie.
«Jue si^Miifh' d'ailleurs la vérité objeeiivc lorsqu'il s'agit
d'expliquer une Ame? » I/auteur aflirme alors si résolution
de dé» rire Viimv en question ' avec son point de vue parti-
eulier >«»ir «die », et, très évidemment, elle ne conçoit pas
qu'on pui'^sc faire de la critiqu»- dans un autre esprit.
1. 1. 1. r II I '. I • i(
137
VOUS aurez encore quelque chose à dire.
Nous ne vous laisserons. Seigneur, que vous
ne nous ayez bt^nis. » (I) Kn inùmc temps,
on a voulu que la critique n«* traitât que
(le rindividu, qu'elle proscrivit toute notion
de classe d esprit, tout (jtnre, tout rapport,
li>u».e loi (c'est le culte de Sainle-lk'uve, du
moins de celui des Lundis, qu'on v»ut voir,
d'ailleurs, \An^ individualiste encore qu'il
n'est); et aussi (|u'elle ne consistât qu'en
impressions^ en « intuitions », (ju'elle répu-
ditll tout essai de vue d'ensemble, toute
systématisation, bref tout ce qui jwurrait, par
malheur, donner lieu à penser. Ou se sou-
vient avec (juelle f«*rvcur, dans la célèbre
joute d'Anatole France el de Hrunetiêre sur
la nature de la critique, ils ont erabrass*';
la doctrine du premier, résolus d'ignorer que
les éblouissanti-*^ volutes d'Ariel laissent
It S'iHirfUe ftrvMe (mn^tite, pa<i*iiii.
i38 BELPHÉGOR
inlarte celle fois la position de Caliban, el
qu'on peut concevoir une critique littéraire,
parfaitement «ligne de ce nom, qui soit
pourtant autre chose qu'un délicieux bruisse-
rnrnt d'impressions en vol libre (1).
Marquons aussi leur désir, — impliqué
encore dans leur culte de Sainte-Beuve, —
que la critique leur fasse considérer des étals
psychologiques plutôt fjue des • i)hénomèues
littéraires », des âmes plutôt que des a'f/rnvs.
On sait, — et c'est certainement un des
grands éléments de sou succès, — combien
d'études l'illustre critique consacre à des
auteurs dont rim})ortance littéraire est quasi
nulle (femmes, magistrats, «ourtisaus, mili-
taires), mais dont les écrits lui sont une
;1) Kst-il Iteâoin de dire que la critique de M. Anatole
France est bien aulr»'th<isoqi»'im|)rossioiini5te. mais pleine
de ces vues d'riKscmbh'.dc c«*s «oordi nations, dont l'auleur
veut si vivement paraitre ind«miie? Hi«n de pins signili-
catif du gi*ùt public i|ue l'acharni inent de tant de maitres
modcrnrs, — Henan, France, Lriuailre, — • """«^ •'"■"
croire rpi'ils n'ont point d'idée-^ organiwîcri.
BKLIMiKGOR l'^O
occasion de poriraicturer une Ame; corniuL'ii
volontiers, jM»nr les maîtres, il s'altiulie à
leurs pnxJuclions secondaires, notes, brouil-
lons, lettres intimer, plutôt qu'A leurs
grandes œuvres, souvent beaucoup moins
expressives, en elTet, de leur psychologie.
Ce culte de nos contemj)orains pour Sainte-
Beuve se compltlc ici par leiir haine de
Taine en tant que lui, au contraire, utili>e
la psychologie de récrivain jKiur expliquer
son œuvre, * replace au premier rang de
féludecritique les M'uvres litténiires, courues,
ainsi qu'il faut, comme des œuvres d art,
qui doivent rexi>tence à leurs autours, mais
qui, enlin, se sont dèhuhées de leurs auteun^ et,
sinon vivent, «In moins existent |Kir elles-
mêmes, dans h'ur imité, identité person-
nelles. • (1)
• I Un*on. Ilniime» H /icra, avant- ftropo», el « l'Hiftloirc
littéraire et U Sorioiogîe • ^It^t-ue tie meêaph§9yf*iê et
140 ni-LPIIKGOR
On ne saurail trop dénoncer celle volonlé
(le nos conlem[)orains de considérer les
(Buvres l'ar rapport à hi personne de lenra
(luteurs, jamais en elles-mêmes. Cest une
des meilleures preuves de leur application
à éprouver de rémoi par les produits de
l'esprit, à éviter tout état inlcllecluel. Hen-
conlrent-iis, par exemiile, c«'tle pensée :
« Une femme ouMie d'un homme qu'elle
n'aime plus jusqu'aux faveurs qu'il a reçues
d'elle »? Croyez-vous ([u'ils vont s'appliquer
à goûter la valeur de la remarque, à en
discuter la portée, à adminM' le bonheur de
de momie, juillet lîHVt.i On Irouxora une crilicjm» de la
inéthodo do Sainte-lU»uve, faite du in«"n)c point de \tie, chez
Othenin d'H;iMS>"n ville iHpinedes heii.v Momies, févr. 187r>i :
M 11 V a inn' hcaulé lilttrair»', imp» rsonnello en qurl(]ue
sorte, pnrfaitonient distincte de lauLur lui-même et de son
organisation, beauté qui a sa raison d"»'lre et ses lois, dont
la critique est tenue de ivndre compte, lit si la critique
considère cette lAche comme au-«lessous d'elle, >i c'est
affaire à la rliétoricjuc et à ce que Saintc-Heuve ap|tclle
dédaigneusement les (Juintilicn, ahira la rli«'lorique a du
bon et les Quintilicn nr sont pas à d<'daigner. »
i; h I r II I i.u i; 1 » 1
roxprc^sion? Pas du tout; ils rhercheront
quelles circonstances de la vie de La Bru-
Y<^re ont pu lui sujrgfrer ce mot, s^l a aim*^,
s'il a été (juilté, s*il a soulTert... Mais où
celle volonté est le plus significatif, c'est
i|uand il s'agit «l'ouvrages nettement porteurs
d'idées, et qui vivent en tant rpie tris, de
ceux d'un Moutesipiien. «riiii (îui/.ot, (ruu
Auguste ()omte. N'allez j>as leur |»arl»*r de
ces idées p(»ur elles-mêmes, de leur action
dans le monde en tant cpi'idées et détachées
de leur auteur. leur montrer j».ir (pielles
transformations c'est encore ell»*s rpii nous
ni)urris«nt aujourd'hui. Tout cria leur
semble oiseux. Mais contez-leur que Rous-
seau découvrit sa doctrine de la lK)nté
naturelle di; l'homme <uv la route de Vin-
cennes, en allant voir Diderot, et dans une
telle agiL'ition qu'il n'en pouvait plus respi-
rer, ou que tellr vue d'Auguste ('A)mle qui
a bouleversé la philosophie est due ii ses
442 BFLPHÉGOR
rapports avec Clolilde de Vaux; voilà pour
eux la vraie critique, et qu'ils accla-
ment.
Ne se plaît-olle pas, elle aussi, aux per-
sonnes philcM qu'aux idées, cette critique
qui s'emploie à montrer qurdle fût exacte-
ment la pensée de tel philosophe, dans son
esprit à lui, et |>orte peu d'intérêt à la
déformation sous ln(iuelle cette pensée s'est
répandue dans le» monde? Sans doute, la
piété veut qu'on lave les grands hommes
des excès que la passion populaire leur fait
tenir. Mais n'est-ce j)as leur pensée aittsi
Irahic par In passiim populaire, qui constitue
proprement l'histoire des idées parmi les
hommes? Hrunetière ne fait- il pas preuve
d'une profonde sensibilité à l'histoire sociale
des idées (piand il dit que <* s'il est intéres-
sant de savoir ce (pie Descaries a pensé, il
l'est hien plus encore de savoir ce que ses
contem[>orains ont cru «ju'il avait pensé »?
itELniK'.OR i4:{
Ksl-ce bien im|K>rtant de savoir que Jésus a
condamné la pi-opriété, qu«* Spinoz^i admet
le gouvernement autoritaire, (|ue Newton n'a
pas cru à la réalil»» concrète de Tallraction
universelle, que Darwin n'a jamais lait pro-
fession d'athéisme, alors que c'est dans la
mesure où on leur fait dire le contrait e
que les philosof»hies de ces }^ninds hommes
sont devenues des id«es embras^t-es par
l'humanité? Au rvîste, le véritable goût des
idées est si rare, même chez rintellectuel
|)rofessionnel, qu'une histoire des idées.
proprement considérées en elles-mêmes et
abstraction faite systématiquement de la
[lersonne de h'ur> auteurs, n'a [)0ur ainsi
dire |x>iiit été tentée. La Philosopfuf des Cir-ets
d'blouard Zeller reste une œuvi-e à peu près
unique en CAi qu'on en a pu dire (non, d'ail-
leurs, sans quehjuv' nuance de blâme) que
« les idées y sont |)rése niées dé|»oui liées de
tout élément humain, de tout ce c|ui peut
m HELPIlKdOU
rattacher une idée à une âme individuelle,
à une sensibilité, à une conscience. » (I)
Voilà qui suffirait à assurer au critique
allemand une vigoureuse impopularité près
de nos esthètes. Par contre, quelle pitié
(jue le pati'iotismc leur défende d'embrasser
li.-S. Chamberlain, pour cpii la critique
philosophique doit être uniquement biofjrii-
phiquel (Voir son étude sur Kant.)
Pareillement, ils ont voulu que l'histoire,
elle aussi, consistrit principalement à vivre
les battements de cœur du passé. On a clame
avec le maître allemand : « Toute Thistoire
comme vécue et sou/ferle {lersonnellement :
ainsi seulement elle sera vraie... Pas de des-
criptions; tous les problèmes traduits en
sentiments, jusqu'à la passion. » (;1) On a
I Ai.niKO CiioisKT, |>rêfa(i' à la Iraduclion française ilcs
l'inseurs de la (hère de (ioinpcrz.
'2iCilé avec tnUiousiasmo dans un article inlitnl»- .^ Pas-
cal il Nietzsche ». [lievue yermauuiite, janvier 1914.
I
BKLPflKGOK 145
voulu ilVjiuy cl se.> adeptes) que Its vrais
hisloriciis fussent les chroniqueurs, qui river,(
leur époque sans vouloir la comprendre. On
a fait iiijule à riiistoricn de s*elTorcer d*èlre
im|Kirtial, de s'appli picr, selon le précepl»»
antique, à n'être pas citoyen »; on a sou-
haité, avoc un aulrc Allemand (Treilschke),
qu'il répudiât cette < ohjectivilé anémique,
rigoureusement contraire au vrai sens histo-
rique », qu'il écrivit ■ avec colère, avec indi-
};nation •. On a voidu trouver dans l'icuvre
historique PAnic de l'auteur autant que celle
de ses personnaj^es. Ici aussi, la subjectivité,
qu'on avait jusqu'alors déplorée comme un
mal inévitable et qu'on IJchait do n'duire,
a été honorée, recherchée, cultivée Pour un
peu on fi»raità Joinviilc un mérite historique
de ce qu'on est h douter s'il n'a i>as plus
écrit sa propre vie que celle do son héros,
s'y étant, selon la rhirmanlc expression d'un
contemporain, • deilrement enrliAssi'' crimme
146 BELPHEGOn
fit le sculpteur IMiidias daus les plis de la
robe de Minerve ». On a méprisé l'érudition,
non pas à la manière de Huet, de La Bruyère
ou de Montesquieu, parce qu'elle exclurait
les idées générales, mais parce qu'elle
(• arrête le mouvement p, empoche qu'on
« saisisse la vie ». Knfm, ici encore, on a
repoussé toute vue d'ensemble, toute coordi-
nation des faits, toute « systémati(|ue % tout
ce qui pourrait ollVir à penser. Nos esthètes
donneraient toutes les vues générales sur la
politique carolingienne ou sur le sens du
régime féodal pour savoir que « Jean-saus-
ïerrea passé par là > . Voilà ce que demandent
à l'histoire ceux dont les ancêtres délaissaient
La Barre et Massuct pour leur « manque
d'esprit philosophique •> iM""*^ du Chàtelet),
donnaient vingt éditions en quelques an-
nées à V lîssQi sur les vueurs, tançaient un
mémorialiste |)arce «ju'il rap|X)rtait des
« bagatelles iimlilc- t^ ri un historien parce
I. i. 1. 1' ;: r
(|iril affirmait des faits sans références (1).
Ici encore, Sainte- I^uvo est un {mlron
(un peu nirconnn toultTois) rie nos eslln'les.
,f fl....v K.iin.. «4.. lA -«o-M IA7I
i V' . J.. V...,^,.r,
M"
z^»-
/'♦"
•rre
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à gagner uu>
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à là niar>;e l'auteur <|ui a «-t ni > et'
len-z un j-iir ]•• fruit .|.- m. > (.♦
dr>
Kl »ur-
lOIll.
il lasul-
tan>' lit- '>OII ( tUit-trl 11- i
1 ;•- a leuf't {immIs •, ceUt*
mnarquc : ' Il Tnl' t;?
m>'nf : Mah'»m«-l tua la
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Cwrcf d« M. liOMoi
1/|8 BKLPHKJ.OIl
11 proclame formelleniont, à propos de Sainl-
Simon, celle supériorilé de Tliisloire vrcue
sur celle aulre histoire « qui se fonde sur
les pièces mômes cl les inslrumenls d'Etal,
les papiers diidomatiques, les correspon-
dances des andjassadeurs, les documents
originaux de toute espèce »; il lance la pré-
tention d»; celle seconde hisloire ù recons-
lituei' le passé avec se.** «< pièces dites posi-
tives > . Ou reconnaîl une fois de plus, dans
ce dernier mot, la mauvaise humeur de
cet impressionniste contre toute lentative de
science ou de philosophie en matière, du
moins, de faits psychologiques. Sainte-Heuve
est rincarnation de celte tenue inlellec-
tuelle, — profonde signature de reslliéliijue
modern<\ — «jui donnerait Kanl avec Spi-
noza poni* posséder les mémoires d'Aspasie.
On a \oulu (pie la science, elle aussi,
n'offrit (pic r«''niouvaiit spectacle de vues
soudaines et rapides, « d'intuitions « ; et
BKLIMIKt.OU 1 i9
non pas quVlle les oiTrlt à simple litre d'in-
vestigations provisoires, comn>e l'ont voulu
tous les savants depuis Descartes jusqu^à
Duheni, mais qu'elle consistât lonl entière
en ces mouvements, qu'elle ignorAl l'idée
organisée, comme aussi le raisonnement et
la pensée discursive. C'est leur célèbre hor-
reur, — |»articulièrement curieuse en fait
de science, — f>our l'esprit géomélricjue ou
« de système », leur religion |K)ur le seul
< esprit de finesst». » (I) On a refnjussé, plus
ou moins franc4iemenl, toute méthode dans
la recherriit», toute conception a ptiori qui
donne une direction à l'expérience. On a
adoré le lûtonnement ••n tant qu'il sert,
selon la profonde rue de Dacon, à étonner
1 N
*ii4 a%on« i:
m Ui Senttinenli tir Critiat,
'il' »mIi;p piTUTal^iiuiit n*! ^
'• i
•• a
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•Ile
' 3.lt,
il • n • finii>i'i i;^ M'- < •iM^iMirml
n« qu'ra tr* tchtct it l'rspnt dp
150 15 KL P H KG OU
les hommes i»lii< (jifà les éclairer. Un a
voulu que le savant, lui aussi, « fondit son
Ame » à celle de son sujet, <]u'il pensAt
" biologi(iuement le fait biologique », « reli-
gieusement le fait religieux ». En môme temps,
on découvrait soudain que la science no
donne que des vues sur les choses, des con-
ceptions rï/'/vZ/rr/j/rs qu'en forme l'intelligence,
qulelle substitue i\Q:^ si/mbitles h la réalité,
(ju'elle })roc^Hle f»ar concepts, (ju'elle « lige »
le réel! On voulait rjue, désormais, elle don-
nAt les choses cUcs-fnêmes, dans leur réalité,
dans leur « tluidilt' »'. I']t pu voulait (juo la
science, du moins celle de la vie (c'e.<l d'ail-
leurs la st'ule (|u'()n honore), considérât les
phénomènes, non dans leurs ressemblances,
mais dans leurs disparités, dans leur non-
ré[)étition, en tant fju'ils disent avec le poète :
Nous naurons plus jamais nolro âme de ce soir.
Vm un mot, on a voulu celte chose exlraor-
BKLI'ilKGon 151
dinain*, mais évideriiiiiciit émoiivanle : une
scieiico sans abslntclioti^ une science tle C indi-
vidu^ que dis-je! de la mmute de Tiodividu.
Notez qu'en tout ceci l'un n'a pas dit : « .\(»us
ne voulons que sentir, nous nous mo<|uons
de la science ». On a dit : * Nous sommes
la vraie science. • <1 »
Kntin, on a voulu que 1<' piiiloâopiic, lui
aussi, fût une chose r*muc et émouvante,
non |)ensante. On a salué, comme les vraies
forni«"S de la philoso|»|iie, des rliqnetis
d' • intuitions », jetées s<ins ordre, sans cohé-
sion, sans critique (Nietzsche, Péguy, Sorel),
espèces d*actions verb(des, parfois fort entraî-
nantes,
Vivca coium** un «'•clair qui «iurcrnil toujour .
attachées d'ailleurs, de leur propn* aw ti, à
I N'out tvoot doaaé <SuriêSumê du H^rgmmiamtê^ p. S15^
'•: de c«Uc prél»'nlion qu'oui no« «on-
rtnl au pur %<»ntir, de fair« o-u^re
152 in:i,i'iiK(;OH
ado[)ler le-s pr(»a*dés de l'aclion el non ceux
de ia pensée (mépris de la logique, accep-
tation du contradictoire, etc.). On a décidé
(ju'une œuvre philosophique valait par Vint
qu'elle manifeste (Boutroux)(l), parle talent
(ju'elle in^^pirc (Kenan), par c les résultats
qu'elle provoque indirecleincnt » (IV^uv,
Sorel), par sa puissance combative (Péguv),
jamais par son contenu intellectuel (2). On
a statué que la rigueur (\u raisonnement
n'a rien à voir en celle matière (3), que le
style artistique seul lui convient (4), bien
(1) Voir noire Smccs du Jterrjsonisme^ p. 1'»^ el sui\.
(2) Cr«5 volontés sonl c\|>rimées avec toute la netletf dési-
rable par IVf?uy .'.Vo/e sur M. lîeryson el la philosiyjthif ber-
gsonicnne . On y lit que les philosophies sont grandes dans
la mesure où " elles produisent un ébranlement », ou
« elleu se sonl bien battues, i que celui qui eberebe si elle*;
onl tort ou i-ai^cui prouve par r»'la seul qu' « il ne sait pa-»
de quoi il parb' >•. Nous avons eu sous les yeux de nom-
breuses lettres de seciiliers, notammenl une de M. Homain
Rolland, qui ffliiitent bautement Péguy potircette concep-
tion de la pliilosopbi.'. -Voir la noie K à la lin du volume.
(3) J. Florence, voir«»4/>ra.
ik) Rageot, voir srtpra.
BELPHKGOR 193
mieux! k* style mélaplioriquc (1). On a
exigé que la philosophie présentât, elle auâ^ii,
Témouvant spectacle d'uuf aclivilé toute
subjective, lyrique (nous sommes à Tâge
du ixiulyrismc)y (|ue le penseur qui traite
de la vio dciml la vie, que sa méthode con-
sistât en une mystique union de lui-même
avec son « principe évoluant >. Enfm, de
même (|ue |>onr l'Iiisloire et la critique, on
a voulu (pie la philosophie ifçnorât les
vues d*ensemble, ne sût que l'individuel;
et aussi qu'elle donnai, non plus une vue
que l'esprit prend sur les choses, mais les
choses mêmes, non plus une vue sur
l'amour, mais l'amour m»*-me, non plus
une vue sur le courage, mais le courag»*.
Ce dernier trait, cette haine de la philo-
sophie en tant qu'elle ne donne que des
vues sur nos chères passions, n'est pas
1 E. GiLMn. HfriM de metaphjfêMfiM •< de Moralt, 1916.
9.
45 i MKi.i'iiKGOi;
nouvel lo on nos salons. Déjà, il y a trois
siècles, un invité de Mnon traitait Fauteur
d'un essai d'analyse psychologique à croire
que l'on entend nos bergsoniennes elles-
mêmes : « Connnenl! est-ce là tout ce (|ue
l'on peut dire dos passions, de tous ces mou-
vements qui vous agitent dans la vie! Voilà
une grande mer renfermée dans un espace
bien étroit. Il n'y a rien de si beau ni de si
plein que l'amour, et cependant ce livre nous
en fait un scpieletle tout sec, sansemb(»npoint
et sans coui^'ur. t> (I) Toutefois les hôtes
de Ninon, tout «mi réclamant l'étreinte des
choses elles-mêmes, ne semblent pas avoir
pensé que cette étreinte constituait la phi-
losophie. Li conception formelle d'une phi-
losophie palhé»i(pie est bien une conquête
de ce temps.
•,1) La Cotiuelle reii'jrdy aUribuée à Ninon de Lenclo5.
HH.l'HF'.nR 155
II
Celte frénésie de la présente scxii^té fran-
(.•aise à faire des ouvrages de Tesprit une
occasion d*émoi, à (juoi tient-elle?
r^erlaines personnes en ont pro^josé une
explication qui, selon elles, dispense de toute
autre : la présence des Juifs. C*est là une
thèse assurément séduisante. Si, par un
nuancement qu'on ne [>eut sans «loute at-
tendre d'hommes qui jKirlent aux foules,
on distingue doux sortes de Juifs : les Juifs
s«*vères et moralistes et \cs Jnil's avidrs de
sensation, — disons, à siniple titn' de sym-
boles, les Hébreux et les Ciirtliaginois, Jahveh
loC HKLIMIÉGOR
et Belpht'gor, Spinoza cl Bergson, — on ne
saurait nier remjK)rtement des Carthaginois
|)Our la littérature créatrice d'émolion, leur
culte (lu thé.Ure, du comédien, leur soif
(alexandrine) de l'indistinct, du non défini,
du mystérieux, de la confusion du sujet ol
de Tobjet, ni donc se défendre de voir un
lien entre l'esthétique de la présente société
française telle que nous venons de la mon-
trer et l'inimense place qu'ils y tiennent
depuis un temps. Certaines races semblent
apporter en naissant cette furie de sensa-
tion que d'autres ne prennent qu'à la longue,
comme certaines espèces d'animaux possèdent
de nature un ^irus (|ue d'autres doivent
ac<juérir. Toutefois cette explication nous
paijiîl loil iiisutrisante. I)'alx)rd, parce qu'on
ne voit pa> assez (pie ceux des mondains qui
sont indemnes de la fréquentation des Juifs
soient moins atteints pour cela de l'esthé-
ti(pie spa^iiHHJKpic (lonl nous j)arlons; qu'on
iiKi.fMirr, nr 157
ne voit pas assez, ju . \. inju. . U's salons
« anlis»'Mniti(|ues •• nu interne « aséniiliqufS »
élre moins épris (jue les anlre^s de myslèn*
ou d^infinitude, faire moins cas du tlu'vAlre
ou des comédiens, Jii lliéAlrc d amour nu
des Mélisanties. Mais surtout |)arcc que
cette explication, comme toutes celles qui
prétendent expliquer le mal (i'un organisme
j»ar la simple pn'-sence d'un corps externe,
omet le prinrijwd : la réceplintê de cet orga-
nisme, l'état de déchéance préalable nù il
fallait qu'il se trouvât déjà par lui-même.
|K)ur que l'action du corf)s externe lïlt |K)3-
sible. Je veux bien que rartuelle société
fnini;aise ait été précipiti'cen alexandrinisme
|>ar {'«iction juive, comme le furent les con-
tenj{)orains «le IMiilétas de Cos et ceux de
JuTénal. Mais ccst que cette société était déjà
elle-même alexnndrine. Le même agent n'y eût
point pnxiuit le mémo elTet deux siècles
plus tôt. Un cristal extérieur m» préripilc
ioS BEI.PIIÉr, OU
une masse liquide que si elle est de juèîue na-
ture (juc lui. L'action des Juifs sur la société
du xx** siècle ne fait que reculer la question.
Pourquoi cette société était-elle capable de
subir cette action? Pourquoi était-elle
alexandrine?
On peul se demander tout d'abord si
l'alexandrinisme de cette société ne serait
pas simplement un effet de son âge; si toute
société, après trois ou quatre siècles d'exis-
tence, ne devient pas alexandrine par le seul
fait de sa durée, sans qu'il soit besoin d'au-
cune autre explication ; si la recherche de
plus en plus exchisive et intense de ce que
les produits de l'esprit peuvent olîrir de
sensationnel n'est point, pour ces compa-
gnies, la façon nalui'elle de vieillir, comme
pour les cheveux de blanchir ou pour les
artères de sMndurer. 11 est assurément frap-
pant de voir que, dans tous les pays où il y
eût propn'ment des « sociétés «, en (irèce,
BRLI'IIRGOR 459
à Rome, itii Italie, en France, c'est sous c^itte
forme qu'elles ont manifesl»'» leur vieillisse-
ment, et r|iie les nations où le temps n*a
jx)int aussi nettement produit cet eiïet. TAI-
lemagne, rAn^lelern», sont celles où il n'y
eut point proprement de sociétés.
Il semble même qu'on puisse démontrer
!♦' fait a priori. Qu'est-ce, en eiïet, qu'une
« société » (une « lx)nnc société »)?
</est un ensemble de |>ersonne8 privi-
légiées chez lesquelles une vie oisive
♦ l raflînéo a créé un particulier besoin de
•nlir. Que viennent-elles chercher aux
ouvi-îîges de l'esjirit? Une occasion de plus
de contenter ce l)est)in. Kn d'autres termes,
l'alexandrinisme a**l impli(|ué dans la défi-
nilioi) ni«'-me «ruiir lM)nn<' société et de son
^piralion esthétique, comm<' la décomposi-
tion est impliquée dans la définition de la
combinaison chimique, l'autoritarisme dans
•11 «lu gouvi'rnemeut el l'inloleranc»» dans
IGO B ELI' H KG OR
celle (le la fui. Teiiii en respect peiiclaiit le
bel ûge, ou ôcje classique, par les puissances
de sévérité et de fermeté, dont la pr( poii-
dérancc constitue précisément la jeunesse,
le mal s'épanouit (piand, avec la sénes-
cence de Torganismc, ces musculatures se
relilchent ri (jue la société, comme lont ce
qui vieillit, s'aflirme sans résistance dans
sa propre nature. Mais ne prenons pas
trop au sérieux ces assimilisations du déve-
loppement des sociétés à celui des individus.
Autrement important puur expliquer
l'esthétique de nos mondains nous parait
être rabdisscweni de leur culture; juirticu-
lièremenl la disparili(>n, dans l'atmosphère
où ils ^randi-sont. do rcducatiun théolo-
gicjuc et du culte de> lottroti antiques. Nous
parions d'atmosjjhère, ne nous ligurant
point (pie tous les mondains d'autrefois
étaient j)roprement appliqués à la théoloj^ne
comme un Tréville ou instruits d'humani-
HELPIlKGOn Ifil
lés comme une Sévipné, mais que ces
disciplines composairiil en (juel(|ue sorte
Tair i]in les envelop^>ait, les impréfrnnient
comme un climat (ainsi qu'il apparaît an\
écrits (leîi moindres d'entre eux), el consta-
tant ladis|>arition, di'plus en plus complète,
d'un tri i'tat de choses (2). Quant au rap-
port entre l'abandim de ces disciplines
(notamment du lalini «l Irvanouissement do
la tenue inlellertuelle, du sens du distinct,
du ^oût des arôt^s vives, de la sensibilité
2
ilr.-
de.
n.lr^
la !
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l.-fc-
^ né-
ration^ A
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Krni en 1W0. Vae dirtil 1 aoicar tajonr-
d h>:
iC,2 I{KIJ>iii':gou
« plasticienne », c'est ce que ceux mêmes
qui les méprisent accorderont.
L'abaissement de la culture dans la société
fran«;aise, ^ C(Mé des nombreuses causes
qu'on en a dénoncées (développement du
sport, lecture presque exclusive de jour-
naux, etc.), nous semble admettre encore
celle-ci : l'accession aux rangs de cette
société de personnes d'une autre classe,
et dont l'esprit est iM-opreniful à l'clîit de
nature (pai'ven us du commerce, de Tindus-
Irie, de la finance, etc.) (II. Il nous semble
que, d'une manière générale, on nr tient
pas assez com[)le, pour exj)liquer b's déca-
dences do goût des sociétés, de ces change
ments sociaux: qu'on ne remarque pas
assez qu'il ne s'atcil [>as s-^ulemenl, en cas
décadences, d'une classe qui transforme
ses valeurs, mais d'un uouvrati pcrannuel
il' Combien plus vi«i (Inpiiin la gucrip, av«T It^s « nou-
veaux ririir.H » I
BKLPiIK<;OR 1G3
(de gens inculte«<i ()iii. n la faveur de trans-
fonuations |K>Iiliqiies, vient remplir en par-
tie les rangs de cette classe, et ap|X)rtc ses
valeurs pro|»res; que ravùnoment du goût
romantir|tio dans la société franraisCf ftar
exofiif)lc, ce n*est [)as scuh-mciit \e< descen-
dants des Cavlus ou dos Habutin ((ui se
mettent à ihanger de sensiliilitc, c'est tout
un inonde de bourgeois fjarvenus qui
entrent dans les ninps de la « bonne coni-
IKiiniie » et y ap|)ortent leur esthétique. I)e
même qu'on a |>n dire que le triomphe du
christianisme, «'est la morale des serfs se
substituant à celle des maîtres, on |)ourrait
dire que le tri()mf)he du romantisme, c'est
Testliétiquc des hommes naturels rempla-
çant, dans h l>'»nne société, celle des
civilisés.
Quant à ce (|ue l'esthétique de l'homme
à l'état de natun^soit le romantisme, il sutlit,
|)Our 8*en convaincre, de considérer les gortts
104 IJKLPIIKGOR
littéraires de nos bonnes et de nosconcier>;es.
On sait que certains de nos compatriotes pro-
testent en ce (|ui concerne la race française:
le Français, lui, serait classique à l'état
naturel, ami de l'ordre en art, de la raison,
de la mesure; il ne se serait jamais départi de
ces vertus sans les influences étrangères.
Kappellerons-nous ce qu'était le Français
avant que le souille des lettres antiques Fcût
visité, ses informes poèmes de douze mille
vers, son goût des truculences et des thau-
maturgies? Mais respectons la passion
patrioli(|ue sous toutes ses formes.
Une condition (jui ni^us paraît encore ex-
î)li(ïuer reslhéti(|ue de nos mondains, par-
ticulièrement leur religion de la vie et leur
haine du jugement (aussi leur )nor(iI{swc)^
c'est (pi'ils sont, inliniment plus que leurs
devanciers, pris par la vie elle-même. D'abord,
la plupart d'entre eux travaillent. Nombre
(le personnes dites de cpialité n'arrivent
I
HKLPIIKt.On iG5
plus aujourd'hui (et combien r\»>l plus vrai
depuis la^uiTre!)à soutenir leur train qu'au
prix, sinon précisément du travail, du moins
de mille combinaisons, de mille intrigues,
de mi Ni; démarches, de mille soucis, bref
de toute leur ap[)Iicalion. Cela rend assez
naturel leur dédain pour l'activité désinté-
ressée. On voit poindre le jour où, aux yeux
de la « l>onne société », celui qui met tout
son effort « à bien définir et à bien peindre »
semblera un enfant, dont on ne peut que
sourire. Ajoutez la constante inquiétude que
crée l'insécurité de la fortune, du ranj^
social, de tout ce qui est situation; le per-
pétuel état de tension ({ui résulte de Ta^-
^ravation de la concurrence dans tous len
domaines, du surplus de difficultés qu'il y a
à obtenir les places, les honneurs, à raser ses
• nfants. à « arriver », à étonner, à éblouir.
Remarrpiez aussi eonïbien nos gi*ns sorit plus
que jnmaÏH pris par l'amour, en raison du
160 IÎKL1'1IK(;0R
surcroît di' iLMilations, de facilités, iiu'ofTre
maintenant le divorce, de la disparilioa du
sentiment religieux, du recul de 1 ïige requis
pour l'amour (des sexagénaijres, aujour-
d'Imi, y commencent oourammenl des car-
rières). Notez enfin qu'ils vont maintenant
à la guerre, et à (juolle guerre! et vous ne
pou nez nier un j prodigieux accroissement,
dans les classes élégantes, de rexercice de
la vie et des passions. Cela n'explique-t-il
pas leur (lélestation pour celui qui jwje ces
passions? N'est-ce j^as exaspérant, quand on
vibre, quand on souffre, quand on pjeui-e.
quand on aime, de voir des gens qui, pai-
siblement, classent vos émois et les caracté-
risent, semblables à ces monstres dont parle
l\enan (pii, au milieu d'un déchirement
dii notre plant-l^* où j>érirait l'humanité,
s'occuperaient uniquement à réformer leurs
conceptions cosmologiques? J'ai idée que
lors(|uc les soldats (.le Bonaparte, dévorés
KRLPMRGOR 167
par la soif dans les déserts d'Kgyple et
croyant tenir enfin le terme de leurs souf-
frances, ne trouvaient à Tendroit où ils
ivaient cru voir mw, nappe d'eau cju'une
horrible lande sablonneuse, ils devaient
-eiilir ipielcpie colère contre le |>enseur qui,
tran«iuillenient, à lours côtés, s'occupait
d'édilier la théorie du mirage.
Celte intensification de l'exercice du la m»*
<e voit éf^alenient au monde «les lettres et y
produit les plus ^Taves elTets. Outre que les
prens do lettres, <ux aussi, vont à la guerre
ou du moins y sont af»peles, ils descendent
chaque jour davantage, et |)0ur des raisons
qui lussent leur volonté, do l'étal de clercs
i celui de laïcs. « Li pln[>art d'enlre nous
•nt un métier », nous apprend un corres-
{>ondant d^^^athon. I>e plus en plus ils
connaissent les soucis du ménage, et du
louble ménage, et du père de famille, et
les pm>ccu fêtions d'arpent, en vue du
108 BLI.l'IIKGOK
n(?cf«saire, ou même du superflu, dout leur
état de laïcs leur donne uu ^Grandissant be-
soin. Cette croissante laïcisation de riioninie
de lettres nous semble expliijuer pour une
bonne part le caractère de la liltéralure
contemporain!^ : de pins en plus exempte du
souci des belles formes et de la haute tenue,
do plus en plus liuniaine, « vivante », mora-
liste. Le fait [)Our les littérateurs de n'être
f»Ius pensionnés n*a pas seulement d'effet
sur le teui[>s et le soin (ju'ils donnent à
leurs ouvrages, il en a sur la conception de
la vie qulls y expriment. Le rapport que
signalait le penseur allemand, entre le
caractère d'une littérature et la condition
économi(|ue de ceux (pii la font, semble bien
n'être pas un vain mot. — Le plus L'ravc
toutefois, c'est que cette intensilicition do la
vie s'est étendue aux philoso[>lies. Kux aussi,
aujourd'hui, sont mariés, ont des enfant-^,
sont « dans la vit» ». Lnc fois encore, le verbe
B Kl. PII KG on 1G9
:**est fait chair. Nous avons <Iil ailleurs (I)
les méfaits de celte sécularisation des philo-
sophes : la chute de la philosophie dans la
morale, sa désertion de Télude de la nature
et des grandes spéculations désintéressées.
La philosophie, elle au>si, pour être bien
-«îivie, veut lo célil>at de ses prélre*?.
Une autre cause encore de l'esthétique do
nos mondains, particulièrement de hur
volonté d'éprouver do la sensation |)ar les
produits de l'esprit, c'est l'imvieitëe dévc-
loppemenl moderne du hurr, plus exactement
rimmcnse dévelop|)emenl de a? qui, dans
lambiance des gens fortunés, est caresse-
mcnt des sens et chatouillement. Notons,
du reste, que c'est surtout sous cft aspect de
'(ireAsement qu'on peut dire que le luxe des
laulrs classes a ^'randi depuis trois siècles.
' ji tant que magnificencf^ il a plutôt rétro-
( I Sur te Sueemya Dttymniimet p. SOT.
10
170 l'.ELPHF.GOK
gradé. Au iHjiiil do vue de la .splendeur do
riiabilat, du nombre des servitours, du
luxe de la lablo, do rimporlance du Iraiu,
qu'est-ce qu'un a iritind y d'aujourd'hui au-
près d'uiï Mcizarin, d'un Fouquet, d'un Sei-
gnelay? La encore, on |.)OUi'rail dire que le
luxo do l'ancienne société était surtout plus-
ticien^ tandis ({ue celui de nos contemporains
est de [)lus en plus musical. C'est de quoi la
nature de leur esthétique nous semble uno
eonséquence directtî. Un jour, ayant été
mandé par nno do nos élégantes «jui avait
quelque onlro a luo donner, j'attondais dans
son salon. Parcourant des yeux celte pièce,
j'admirais comme toute chose, — uiatière et
couleurs dos tentures, des tapis, des coussins,
bibelots d'étagoro, forme (h^s meubles, réglage
de la lumière, — y avait été précisément dis-
posé en vue de flatter les sens, de leur o|>ar-
gner toulo inq>rossion sévère. Ayant ou
ridée alors de regarder la bibliothèque, j'eus
ItKLlMlÉGOU l'I
le senlirneiil net que les oinni^»-.-* (jii<- j y
voyais, — ronwns • de rohipt»* », fHK-mes
troubles, vajKireusi» philosophie, — étaient
Texacl prolongement, clans ToixJre lillémire,
l<^ Télément de caresse que je voyais au
mur et sur les divanji. Il était êviiienunent
imiKwsihIe que, dans cette cliaf>ellc du fondu^
«n ainiAt à se mettre sous la dent une rocaille
le La bruyère.
Eulia une des raisons cruciales, selon
nous, jïour quoi iVstliétique de la présente
<oci6té franvaise e.st ce que nous la voyons,
c'est qn*''^/e est tout nitièi'c failr par les
fewtnes. Maint auteur vous dini qu'il ne
travaille que pour les femmes, qu'il n'y a
plus qu'elles qui lisent. Tout le monde i>eut
faire l'crpt^rie^icL» suivante : dans un salon,
iprès diner, discute-l-on art, doctrines
liltt-raires, estbéli(|ue? si vous exceple2 de
très jeune.-) gens el les professionnels, pas
un homme ne prend part à la conversation.
172 HF.LPHKGOH
L'homme du monde grand amateur et
quasi-directeur de belles-lettres, comme
furent Luynes, Liancourt, Saint-Évremond,
Bussy, Lamoignon, Ilénault, est proprement
une espèce perdue. On peut dire qu'aujour-
d'hui, vu raison de transformations écono-
miques (jui font que l'homme du monde se
tue au travail et n'a de temps ni d'ilme pour
aucune activité de luxe, la direction des choses
de resprit, dans la bonne société, appartient
tout entière aux femmes. Toutefois, au de«;ré
près, cette dictature féminine exista toujours
en France dans ce milieu, et ne sulfirait
donc f>as à expliquer le phénomène qui nous
occu|)e. Au xvn*^ siècle aussi, Testhétique du
beau monde était fiiite, en somme, par les
femmes, et pourtant rllc (Mail t()nl auli'<' i I ).
(1» « Il n'y a que les femmes qui lisent, il n\v a qu'elles qui
louent, il n'y a (ju'elles (jui aolutenl», disait le I'. .M.-imbrun
en 1G52 cit«' par F. Hrunol, Histoire de la Uin'jiw française,
IV, p.') . De m«^nie Voltaire, cent ans plus tard l'f^faie
]kvir Serhti'iiis : «t Aujourd'hui, qui fréquente nos sper-
H Kl. m KGOR 1 ..i
CVsl que les femmes d'alors avaient te rvf-
pect de la forme d dme masculine^ s'évaluaient
dans la mesure où elles y tendaient: tandis
que celles d'aujounl*hui (c'est là un tour-
nant de l'histoire des UKrurs) ont décrété le
iiépris pour la stru'^ture nientide de l'honiine,
et se sont violemment installées dans la vé-
n«^ration de l'Ame féminine. Les premières
xaltaient leur ^exe parce qu'il est, disaient-
Iles, tout autant cpie l'autre, capahle df rai-
ni\ les secondes l'exaltent parce (jit'tl en fst
ndevme, parce qu*il est « toute passion, tout
instinct, toute intuition ». On conçoit que
les elTets de leur action diffèrent (1).
On Voudra bien remanpier que ces condi-
tions de la présente société française, où
nous croyons saisir la cause de Festhètique
ju'clle manifeste, sont d'un ordre profond
tjcles? Va cerUin nombre <ie Jeunes grnt et d« jeunes
ffmm«r«. »
• li Voir h note L .1 la un du volume.
10.
\1\ r.ELPHKGOR
et ont peu de chance de disparaîlre. Per-
sonne ne se figure, pensons- nous, surtout
avec cette guerre, (jue la société va devenir
plus cultivée, moins |>rise par la vie, que les
homnnes vont se mettre à avoir des loisirs,
les femmes cesser de pouvoir y faire régner
leurs goûts. C*est dire que cette esthétique,
a notre avis, et contrairement à ce que
croient quelques-uns, n'est point du tout
nn<^ mode, mais bien au contraire destinée à
durer, voire à s'intensifier. Ola dit sans nier
la prohabilité de quelque choc en retour de
violent « classicisme », qui. lui, sera une
mode et. au surplus, une forme particulière,
nous 'avons vu, du besoin de l'excessif.
nKM'MKGoll !*:5
m
De ces dis^iositioiis fSthéliqiies, — «?t qui
nous semblent donr clm*ahle«, — •!•• Ii
IxHine sociét»' fniiiraiîie, que peul-on con-
clure quant à ravenir de l'arl? Que le di-
vorce n'ira que se creusant de plus en plus
entre cette compagnie v[ Tarti^ile intellec-
tualiste, soit que nous l'apiMilions de ce nom
fiarce qu'il présente des idées comme un
Montesquieu, un Taine ou un Henan, soit
jicirce que rintellifrence et le jugement pré-
sidt'iil plus r|ue le s^rntiinent à la com|>osi-
lion de son œuvre, comme chez un lîacine
ou une Ijî Favelle. Divorce oui. encore une
176 BELPMKGOR
fois, ne sera nouveau que par le degré, les
succès temporels <le ces sortes de maîtres
ayant toujours, en somme, laissé d'être
violents (1). Qu'on nous entende : nous ne
voulons pas dire que cet artiste manquera
de lecteurs; nous croyons qu'au contraire,
avec Taccroissement de la diffusion du livre,
avec la communication de plus en plus in-
tense des citoyens entre eux, il en aura, il
en a déjà, un bien plus grand nombre qu'au-
trefois; nrais il les aura [)armi les intellec-
tuels professionnels, parmi des solitaires
curieux des choses de l'esprit, point parmi
les gens du monde. Et peut-être est-il per-
mis {le craindre que le renoncement défi-
nitif à l'attention de cette cinsse ne tarisse
peu a peu en lui le souci de l'aimable el des
formes légères qui, dans la matière de l'idée
apparemment pins qu'on toute autre, est
'1,1 Sauf pour Tainr toutefois, mais pour «les raisons
politiques.
r
1
BELiMi^r. ou 1T7
une condition de l'art. Au n'slf, n»'vant
l'avenir promis à la vie sociale et a la
culture, on peut se demander si l'apparition
même de ce cerveau, à la fois artiste et
intellectuel, est chose encore possible: si
nous ne verrons pas désormais, éternelle-
ment distincts et « se jetmt rmi a l'autre
un rejjanl irrité », d'une part, !e savant,
totalement étranger au «< siècle », d'autre
|>art, le séculier, rij^oureusement fermé à
toute discipline de l'intoHij^ence: si la syn-
thèse en une même tète de Tesprit scii-nti-
lique de la Henaissance italienne et de l'es-
prit artistique de la (irèce, si ditte merveil"
leuse coml>inaison (jui s'alluma au wii* siècle
••n notre pays, n'y est pas un foyer à tout
jamais éteint, dont Taine, Renan et France,
luront été les derniers rayons;
' ♦ <oIni|§ (fcsrrndu'î «lorritTC l'horiion
V'iant a la société en <*lle-mèmf, • ri
178 lîKLPMÉC.ôn
p^'ut prévoir que ce soin (juVlle met à éprou-
ver cJl' Témoi par l'art, dovenanl cause à son
tour, y rendra la soif d».' ce [>laisir de plus
en plus intense, l'application à la satisfaire
de plus en plus jalouse et plus perfectionnée.
Un entrevoit le jour où l;i bonne société
française rcjuidiera oncorf Ir peu qu'elle
supporte aujourd'lmi d'idées et d'organrsa-
tion dans l'art, et ne se pa-^sionnera pins
que pour des ijestes de comédiens, pour
des impressions de femmes ou (Tenfants,
jtour des rugissements de lyricpies, pour des
extases de fanatiques. Toutes choses peu
inquiétantes poui* l'État, quoi qu'en disent
quelques grondeurs, si Von songe combien
celte anesthésie intellectuelle a peu empêché
cette société (l'y i\ piut-élre aidée) de
remplir son devoir civifjuc dans les cir-
constances (|ne \\)u sail, (ju'une nation
— contrairement aux clichés — peut fort
l)ien prospi'rer en forci^ el en richesse
RELPIléGOn 170
(témoin rKmjMn' romain) avec une classe
dirigeante de plus en plus privée de toute
tenue de Tesprit, ({iTan surplus enfin, ladite
société dépose de jour en jour davantage le
pouvoir dirigeant au profit d'autres classes,
non moins iniiiteiloctuelles d'ailleurs, encon'
que <!«' toute autre façon.
NOTtS
NoTL A ( page î)
ht pièce la plus applaudie du siècle « de la raison »
/*M/Tiinocrale...
On sait (\\ic le Timocrate de Thomas Corneillf
présente un >ujpt extrêmement touchant. Timo-
ralo, épris dune princesse étrangère dont il e>t
•nu. |H»ur d»> raisons [K»litiqiios, d'assic^er la
;''sidencc, s'applique (ululant la nuit \ délruirr
h^ travaux de guerre que son armée a faits pen-
lant le jour. 1^ pièce fut jouée quatre-vingts fois
•le suite. Àudromaque, le plus «^i-and >uccr^ d«'
llacuit». ne le fui que vingt-sept fois.
Il faut absolument déraciner celte croyance,
ju un certain parli |xilili<piea intérêt à«*ntn'l«*nir.
1 après laqurli»' !<»5Srvi','né, les Li Fayette, h's L»
Itocliefoiicauld, les Bussy «(crnionl n>prés<uitatifH
11
182 UELPHKCOR
do l'oslliclique des jj^oii^ du monde sous raïuifii
ré{;inii'. Bien ne semble |diis faux. Ces personnes
de {^oùt furent une exception. î^ plupart des chetV-
d'o'iivre de nos classiques onl été accueillis par
le t^raiid publie avec nnr rt'elK' indi(Térene<' :
Ho.^suj'l n"a vu qu«* lri»i>> éditions d«' son />/.svours
sur nilstoire iifiicfrspHi'. Le lliéàlre de Itacine ne
sevendail pa>: <»n r('im[)iimail le feuillet liminaih^
pour faire croire que les éditions s'épuisaieid :
encore en 1750, parlant d'une reprise de /?é/7v//Vr.
la ^;izi't!e des mon(lain> (Ir .Morcuvp^ disait que
<« le lalt'Dl des aelcurs avait i-( lidu la pièce plus
mtrvtssunte. tjn'rlh' n'rsl m c/lii » (la menu-
année, rr/z/V. pièce larmoyant!' de .M""'de (iralïi^ny.
était l'objet d'un inmiense sncc{»s et d'une sui»n*Tn»'
adujii rations IVndant plus de cent ans, /'.1/7
poétvfue n'eut pa-* Ic»^ honneurs d'une édition
s<!»p:u'é(' : il tiiiurait à son ninij dans la suile d»'^
(puvresd»' lloilcau. ^an^quil tVil juj;é digne d'j^tn»
impvimé' pi»r,r lui-même. Le- pnmién's édili<»n^
des b'Ilresde M"" de S'vigné Jaillirent ruiner leur
èiliteur, etc. (liions encore ceci : « (»n se inoijuail à
ia C(nn- de ces sociétés de gens oisifs, uniquement
occufiés à di'velopper un sentiment rt ;\ juirer \\\\
ouvra:;e de l'esprit. >^ iM"' d»- (laylus. i
N'allons snrlnul pas prétendre qu'A celte épo<]ur
HKLPHKGOH 183
('\ue, les ^'iis incultes fux-mr*nie4 avaient bon
gortl. 11 rst peul«t*tre vrai «It» «lin», avec P. -L. Cou-
rier, qu'au tiuiip-^ fie Louii \\\ une feinm»? de
i-li.ijQhre «Il ««avail plus sur i'arl (J'écnn* qu'une
acatiéniif nio<lemc. (^la tenait aux mn'un ver-
l»aU»»*. Mai'. snvDUs sûrs qu«» m's ti>ctnn}s n'r^laient
|>a«* /'■^ l^rnvuinales ou /" /'>•••"''• ''•• / /.. >
NoTh B ipa^e ii»
Çutf l'fTfn'fnsion atiistù/iiâ doit èlrf un proionge-
menl wUui'pI dr l'emnlion de i'artistr.
CeUe tlir>e a un brillant aJcpti*. sinon tout k
fait conscient, tlans l'auteur «h* V Origine de la Tm-
gtdw, |H)ur li'qut'l il «ionil»!»' bien qui* la ixnii-suile
(lu liicu bacirhus so traii.>l'onn»>. par voiedecmUi
uuilf. en unclniMinrKscbylr. kJlecst clièreà Ums
le* inyHtiqui>>. « Je coiin<uH une personne, dit
-ainU- iht'r^-^e, quj m* sait point fair»» «!»• vers, et
qui en acninpOMé sur Ju-t'lKuiip, n'uiplistli' S4'nli-
inenl» IW« vifs et livs prononcô;*».. Ce n'était pas
piivre de Hm e«prit. c'était une finanatinii de
^••n ooMir. * On ne {>out •♦«• défendra' de MMim-r
.tusAi A c(*A diNJteun iFaurtel. Ampère. Miclu'let.
184 hKLPMKC.OR
Paulin PàriM ijui veulent (jue les grandes ôpo|)éos.
V Iliade, la Chamon de Itoland, soient îles « explo-
sions du senlinient nalional el collectir )^. \v(\u<'\
;ie serait donc mis un l)eau jour à s'expiinnM-
sp(tiilan«''nienl en alexandrins ou en décasyllabes.
Miclielet estparticuliôrrMnont lK)uillanl : « Homèn*.
s'éche-l-il (Discours sur Vico';, doit périr eoinnie
homme... : disons mieux, il va ^Tandir, il va deve-
nir nn (Hre colli'ctif. une école de poètes, de
rhapsodes, d'homéride^: (|ue dis-je, une école.*
un {)euple. le peuple urec, dont les rhapsodes n'onl
lait (pie de lépt'ler, moduler les traditions poé-
tiques. » VA plus loin : On peut insister: en sup-
posantfpi'un peu|)leentier ait été iK>ète, comment
put-il inventer ces artifices de style, ces épisodes,
ces tours heureux, ce nombre poétique?... Kt com-
ment eùt-il ])U ne pas les distinguer et écart»'r les
elK^ses qui ne vont pas au bu! ! Huant au nombre
musical et poétique, il est naturel à l'homme; irs
bvgnes s'e-'isaifnt n parler en chantant; dans la pas-
sion, la voix s'altère et s'approche du chant... »
Toutefois C(Hte doctrine est moins, chez .Miche
let, religion du sentiment que de la démocratie,
et volonté i(M>nnnune à 1(»U5 l»»s honunesde iSiS :
l'roudhon, V. Hugo, Kd. (Juincti d'expliquer les
grandes œuvres de Thistoire par des mouvements
ItKLIHKGOR 185
collectifs et hors des individus. « Voir, par exemple.
-1 voK.nt^ «lue la joiirn(S' du 10 août IT*»2, cvIIp**
!t; juillet Ix'în rr;n«'r>t j>:'* •'•(•• iMMvn* d'un
llMHlUK*.
NoTB i\ ! page .'ii
Sur la confusion de* f^enres.
Nous ne signalerons |M>iiit. parmi lc< goilts de
n<is conlem(>orains pour lindistinrt, leur gonl
\Mn\ï la confusion de»» p»:iires, non p.isqtio rc puilt
lour manque, mais pan.e qu'ils n'ont mCme plus
l'itléi' que les pennes pourraient n'être point con-
fondus. Parmi les explications (|u'on fieutdoniuT
• Ir cepoùt, »Mi vniri une«pii nous parait faire hon-
iit'ur îi l'ingéniosité de S4in auteur autant qu'à »4jn
sentiment ix^cial :
ht notre tempâun pen>e que Icj> genres en se déinê-
laiit se sont apftaiivris (1), que l«\«i tons en >e soutf-
naiil M.' s4>i)l afr.iiMis. On vrMit. |mr rxfnipie. qu'en
1) Écrit en 1^33. — Ou Irouvrra un dètMit du temp« tur
T^siion de» f(enr<Mi dan<i la préfirc de» O^les H litilhutn
186 BEL PII KG OR
liémêlunl l«^s siffles, la France se soit privée pejidant
près de <leuv siècles «le la .sagacité, de la naïvclê et de
l'énergie de Monldij,Mie. Ne pcul-on répond le que les
qualités do Muntai,i,'nc. en se distribuant entre La
Bruyère. La Fontaine, Montesquieu et d'autres, ont
acquis chacune un développement qu'elles n'auraient
pas eu on lui...
Je n'ai pas la présomption et la témérité de m'éle-
ver ici contre le retour de la littérature vers le mélange
de genres, de tons et de style que l'on a regardé, dn
temps des précieuses (1) et depuis, comme de la l>ar
barie.
Aujourd'hui la sé|)aration des genresdans les écrits
littéraires est devenue à peu près impossible; elle ne
peut plus éti-e une règle de l'art d'écrii-e, au moins une
règle aussi sévère qu'axant la Itévolution. La raison
de cette dilTérence est que la littérature d'une nation
est l'expjession de ses mœurs.
Ponniuoi les j;eni'es se déméièrcnt-ils à la nais-
sance de noti'c littératiu'csous LouisXlll et Louis XIV.'
Pourquoi se remélent-ils aujourd'hui?
C'est que sous les deux rois que je viens de nommer,
la France était gouvernée par des habitudes de res-
pect, qui sont anjoui'dlnii p< nlues sans retour...
Les gradations i\c.i^ i-angs qui ]»rocédaienl du mo-
narque, avaient produit celles du respect dans le
langage des hautes classes, en avaient nécessité
(i) Les protiousfts marquent, pour l'auteur, la perfeclinn
de la sorièlé française. Un des bul* principaux de «on ou
vrage est de les désolidariser d'avcr les précieuses ridicuh-i
BF.LI'II^IGOR 187
rélutic, en uvniriitiinienéle diir/Tfiement «^t le l.irt. cl
«\iiiciit fait lie cr t\\sr.rrncn)fu\ un ftoinl d*honn€«ir cl
lie bien ««^niir"...
Laiil<'iir molli ir la «li-iianliuii jin^gressivî- du
IfSlHcl , • I c. .iirlilt
|,r rc'j «•< i>iii iiiinii-«ii.i!i> UM- iii'iMir». !•• n*'»t»'»|»r<'uvi'
iinr i|tti>M(i> qui ic piVle ù tous ic8 Iun8« A loub les
laii- ' u : Mniionr ptiur i*rrir à i'histatre éf
lu » I (incr. p. W) et v.iiiN.»
CitùDs, J'aulri' |iiirt, cclU* inlêreAsante proletiU-
lion HUitre l'art sans divi<ioii< » :
Uans lu iiiiliin>. loiil rsl rfnns font; tout 5'#mtiT-
rniis»*, toiiti:>lalliTnali\r »l iiiélaiiiiir|ihos4^ iin'«"vsanl^.
Mais, auptnul de mr Ue CMile thitmie infinte, h lutUire
ett un ipei tarie cnmenable ê^'ulenitnt pnur un esprit m/ini.
pour «|in' »liv> esprit-* finis piis^rnl m jomr. il fjillaii
Inir donner la faculté «1 imp'»«»rfi In nnture de» limites
qui n'y tumt jn»%nt, iV\ inlrttflttire dn diHsion» ri dc(;ou-
vcrnrr k'ur ntlcntion «lelon leur Ihmi |ilai>*ir.
(!rlto fanillê. nous r«x«ivoi)H à Imus 1rs niomenU
i\r la Ml*; fiina elle 1/ n'y iiHrml pus p>tiir noui de vte
p(tsuhte; nous teriuna iunfSiuTmeid la proie de l'impret-
non présente: nom rf*rrri»)fi,i •■• - '♦ *'ns$af'nir que
nous révornt.
188 BELPIIÉGOR
l/i propre de l'art est de nom aider à introduire cette
division dans le doinainr du beau, et à fîjrer notice atton-
ti'ji). I/iirl isole en fait tout ce que uoti-e esprit isole
ou désire j)ouvoir isoler dans la iiatun\ (ju'il s*a;risse
(l'un seul objet ou d'un assemblage d'objets divers;
il maintient sous notre regaixl cet objet on cet assem-
blable d'objets, en éclaii'ant et en conrentrant les objets
autant que le veut le sentiment qu'ils doivent pro-
duire.
Quand nous sommes tf'moinsd'unrvcnementimpoi--
tant et touchant et qu'un autre événement sans inlé-
l'ét se met en tiavcrs, nous cherchons à échapper le
plus possibleauxdistractionsdonl nous sommes mena-
cés par ce d(M'nier. Nous ru faison*^ ab'^tniction. Si
donc nous retrouvons dans l'art ce que nous désirions
retrancher de la nature, nous ne jvouvons manquer
d'en être rebutés. (Lessinc, Dramaturgie de lîam-
l)vur(j, 44* legon. — Suit une saj;e exception en
t'avciii'd'unecertaini^ fusion du lr;igi(iuect du comique.)
On voit que nos actuelles théories sur l'ail
qui (l(»it donner la réalité dans sa «< totalité indivi-
sible . ne sont pas neuves. N'est-ce pas cruel de
voir le bon sens se (lress(«r contre »dles, de toute sa
baul«'ar. (l.'in> la pers(»iin(' d'un AHcniand.*
BBLHIlKGOn 180
.NuTK 1) ( page î t
... ht sensation causer par la inusit/ue pst une sen-
sation iliffuse et épanduo.
On |Mturra riman|ii»T à re i»ro|Hjs (jue la
musique, ^i unaiiiineinriU saluéo comme produc-
trio' d'impnssions (i'aiiioiir, ik* prnvo<|ue i>oint
lérélhisnie sexuel, la tenswu amoureuse, mais un
élal vague et a^rêaldemeiil diiïus, un élal de
volupté et non de désir mous parlons de la mu-
*«i<iue pure, noiulu lh^^^e inlelirrtuel «pie Tima;.'!
iialioii linnle il pn>pns jr.'lir .
.Note K tp.»!"- \1
Antres raisons pour l^Mfueitvs tes sensations de la
rue sont infini minl moins tntiib/antts querelles df
l'unie, lie l'iultintt rf tlu l'i.ûf.
1' l>» »«Misalinns de la vue snnt nalurellement
in*é|>arables de l'iV/^rdr l'otijetipii le«j cause; elles
-i»iil d«' la «ensatioii mcl"- dClat iiitellertuel *cp\iu
11.
i90 UKLl'llÉGOR
ci prenaiil niciiut à jku près toute la placei; on
pourrait les appeler de la sensiltilité c/a/re (1); les
sensations de rouïe. etc., oubliant très facilement
l'objet «jui les suscite, constituent de la sensalioti
pure, exemple, autant (pic y>eul l'être un éUii de
conscient»', d'éli'ment intellectuel ci); elles sont «le
la sensibilité troublf :
2° Les sensations dt- la vue imposiiit au sujet
l'idée dune chose extérieure n lui (jupemenl
d'extériorité»: elles lui disent la iimifatioiu l'état
fini de son être: les sensations de l'ouïe, olc...
lui semblent \<n\\r de iiulcrirur: elles lui semblent
un accroi^ssement d<' son être par ses propres
moyens: elles lui disent comnn' l'inlinilude dr-iou
moi.
On jteut dire encore, dans le même ordre, que
les sensations de la vue imposent au sujet l'idée
de distinction entre lui et la chose senti»» .état
iutvlln-tuct, prineiptî de s«''véritéK au lieu (pie les
(1) «r La vue csl rinincmmonl associée à la conscicno-
claire ■ iRavaisson, «/<• rilabitmtc, p. 211, .'fô'»
(2) Fénolon semltle nvoir bien «ompris que lamusitjiip
est dissolvante dans la mesure précise où elle manque di»
rnncomitant intclhctiirl : • L'harmonie qui nr va qu'à flat-
ter l'on-ille n'eBt «lu'un amusement de f^ens faiblosetoisifs... ;
clic n'est bonne iju'unlnnl qiw les sons y coinieunetit au sm^
(les iHir<*lrs. » (Lettre à T Vende!' mie. i
BF.LPIlCGOa 191
iîcQt&lioDfld'<>u»e,etc..., iiuplii{iieiilce sentiment,
ti cher A nos estlirtes, diim- cou/'utûm enirv l.
sujet et I ohjei :
3* (et Hurtouti * b^ sousAtioiiHde l'oule, — plun
enoi»re celles rie l'odorat et du iioùi — étirmnieul
UD apfjareil ih.tv<mix lu* à uiie vi« •*• hieii
auireiiieut profonde- (|u«* ue tmu il .oui» de
la vue. (Hï sait que certains fion&. cejiaÎDs parfums,
fieuveiit |irudiiircde profondes inoditicatkkns bui-
l)airo«. cirnilatinres. rc qu»* n*a jamais suscité
aucun iiltjtt visuel, du ntoin> conjuio ^n$^lion ol
iKirsde rintenn(^'<liain' de l'idée ti i.
itien eiilcndu. lout<*s ces raisoiDi ite sont s4^|K1-
n'*es l'une dv l'autre que dans iM^r»* analyî»e. vi
a;;isi«cnl conjointement dans la n*alilc.
I ne autn* cause eiia»n' |ioiirqiioi la nuiMque
est un ait si èmouvaot, c'p^l qu>lle r«t profire-
nunt une aetiom hwmaine. I ne cathédrale, uti
tabl«*au, une statue, an livre, ont été de Tactioii
huuiaiue: un ooiioert tJU une telle action: il \ -^
là dev.nnt nou^ de la vie qnt > ' • train do «m*
,»
102 BELIMIKGOIl
(léjKMiser, (le se consumer ic'est pourquoi le
^raphophone, qui vous supprime celle action,
est peu rmouvant). l>e ce point de vue, l'amour
(le la musique est parent de rainour du théâtre.
Au-^i bien, la musique esl-elK* daulanl plus
émouvante qu'elle implitjueunv' dépense plus pro-
fonde de Tèlre immain, la forme la plus troublante
étant !e ciiant, qui est l'ébraidemenl humain lui-
même, l'instrument à vent venant ensuite ijui est
encore le souille humain, et seulement après eux
l'inslrument [\ cordes. C't^st assurément un sijrne
de leurrafliiiement (lan^ la recherche de rémoliun
q.ue cette application de nos contemporains ù
réclamer de plus en plus, dans les orchestres, la
l>rép(»ndérance des bois sur les cordes. (V(»ir, par
e.venqile, les écrits de M. Laloy. i
Celte plusf;rand(^ puissance émouvantede l'in^-
trume'it à vent avait déjà été remarquée par
Aristote, qiii avait aussi déjà compris qu'elle lient
à la présence du souffle humain : « Pourquoi, dit-
il, lechantest-il plu^aj;réable lorsipi'il est accom-
jiapiéde la fliitecpiede la lyreMl'est que léchant
el la lîîile se mèlenl naturellement, tous detw
venant du son/Ile, tandis (pie le s(^n de la \yr*\ qui
ne vifut pas du soufjlc eut moins sensible... * {Sur In
Musique, chap. Xi.lII.) Toutefois le penseur grec
nFLPIlKCiOK 19.J
n'en conclut pas à une supcriorité esihéliquo du
chant auirdiqui* • t <.
Voici une page qui exprini<% vu un l»eau
mouvement. ci*tto volonté que la musique vaille
dans la me^uro où «'Ile approche du souille
humain
Là* plu> ati< Mil, n |uii* >i.ii il »«: |i4U> i««i iM^iiiit-
ilr la musique, l'organn auquri noire niusiqut* duit
son existence, «^t la vju- liumiiint': <lf> la iaron la plus
nalurellc. elle fui iinitéo par \'tiistrumei:t ù vrmt
qu'imita t son tour l'instrument à cvrtUt; le son col-
leiMif liannonieux d'un oirliesliT irinslrumenls à
vent et à conlcs a été à son lour imile fiar lorgur.
mais lorjiue mavsif fui enfin n'niplae»- i>ar le piano
moins encombrant. Nou> ubsenons là lonl «l'abonl
que l'organe primitif de la musique, en |>a&sant de la
voi\ humaine au piano, en aiTiva à un manque
d'expnvvion dr pl»is«n plus j;rand. Si les insliuuients
de Torches li"e. qui a\ai«*nl d-jà jieniii !«• limhre de la
voix paritt*, |»<ju\aicnt en< on" imiter le >ou •!•• la >oix
humaine d'une manièn^ très sutlisanle, dans sa faculté
(I) Ariitote M.mble ntoimi ati^Kt quH pontoir émouTant
U musiqae d.m a . >n : • Pourquoi les
rjrUimestrt Icsrh.-inf odémcnt, étant de«
M>n<i viNaui.ont i\- •-. uiunlf. t.iDdi« qu'il en
c^l autrcmeol d«". «fnt l#» w«iùt, U \ue ou
ro^loral " ' V ' rvihtHt
%tutt fiiiMi /n . : morale
•■l produit la iix-r il!».- , ju ti.mr.iir' , •• 'pn anf< t»' Ir f(OÙt
ft U vue ne proiintt pas le roéroo effet. •/</.. rhap. XX1\.>
194 BI.LPHKGOR
d'expression variée ù l'inlini, et \ive ilaiis «es inani-
fe>Uilioiis; si les luvaiix de lorgne pouvaient conser-
ver à ce son sa durée seule, mais non plus son
♦'xi)ressi(»n changeante: le piano, finalenionl. ne lil
plus qu'indiquer ce son même en laissant à linrai^i-
nalion de l'oreille à jicnser son véritable corps. C'e^l
ainsi que nous avons dans le piano un inslrumeul qui
décrit seulcmenl la musique. (H. Wagner, ()j>rrti ri
(hanir, p. 203.)
Que 1<' pouvoir ('mouvant de Tor^^ie soit <li1 51
ce (jti'il évoque l'idée du soufïlo humain et du
cIkuiI eolleclif. c'est ce que seud)Io avoir entrevu
Inuleur des li^Mies suivanles. enctire qu'il y
veuille évideniinenl e\prini(M' l»ieu d'auliv^
choses :
Il me seiuhle ipie les orgues, dans leur aii*an-
gemenl. rcprésenlenl l'harmonie réglée el ordonnée
du ciel. La multiiilicilé des lujyaux re|)ré.senle la
multiplicité des saints, qui chantent les louanges
di\ines selon leur rang. Kt celte harmonie se fait par
le moven du vent, qui exprinu* le Saint-Ksj>rit. qui
remplit chaque saint selon sa capacité, et qui le fait
ainsi résonner à |»roportion de sa portée, el leur Dieu
.selon la mesure de sa grandeur et de sa gnicc. Le
vent esl porté par le secours d'un homme qui le
pfiusse. (pii signifie .lésus-Christ. lequel, comme ser-
viteur de ri!gli>e v[ des saints, leur suscite le Saint-
Esprit, el leur distribue par lui squ grAces el ses
hénédictions. Car, soit en la terre soit nu ciel, c'^^sl
UKLPIIKiiOH 19r>
Jésufr-Cbrinl en nuu> (|iii [mu^sc les m»uIT1«'« île 1 fclspril.
Celui qui joiie rc|irèM)nle le l'i'i-o, qui ne nttunie iumi
que fonforniénient À l'idtt* (|u'il a com.-ue en mui
Kspril, ri (|ui. api-^ avoir jnV-pai-i* el forK»' lui-mAuir
\e^ iniilrumeuU «!•• sa louiuigc ol «le sa trloii-e -^elun
son Inm plaiiiir, s'en s*»ii «près .vion ce qu'il lui ploll.
IMuir a)ui|io.^r celte divine musique et cette admirable
harmonie de iCK louanges.
rins loin. lauleur vent nicore qur le jeu do
l'or^aio JÙgiiirie le rliaiil ec»ll«Tlif, du moins daii*
le cH :
... Kl jMiul-clre Cîil-ce îuis>i |)our o* >ujel (p«)ur
associer les Angi's à nos louan;?eHi qu*»\ la Sainte-Mess*^
on jotr. " I
n rn ji'
etl le (/mlique des Ailles, en la Kociulè desquels nou»*
entrons pn*nant |uirt à leur<< louan^'cs; mais le Crfiiu
étant une profession de foi ipii ne se fait que sur la
lerr»', ' in-nt VU lu ciel y
sont III li. hlins ». \«riV,
i67î.)
Ntrrr 1*' jMji.' 61
/>» AT/f* êiècle et la couleur lotuite.
Lâ's |MM-U.> du x\ir ttii'cle. qiHki qu'un eu ait
dit, n*pirdaieiil fomiellempiit la couleur lucale
cuiiiine une valeui d ail, — en tant qu'élément
de vérilé, bien entendu, non on tant que source
d'émotion, — et tous ils y pivlendaient. a J'aurais
fait un crime de théâtre, dit Corneille dans
lexamcn (VHorace, si j'avais Iwdtillé un Homain
à la française. »> liacine, dans toutes ses préfaces,
s'attache à se justifier comme historien véridique.
(\oir aussi A/7 poètit/ut\ III : « Des siècles, des
pays étudiez les mœurs... i Comment Taine
a-t-il pu dire que c'est par mé|^ar<Ie > qu'ils
' laissèi*ent tomber parfois de la couleur dans le
contour idéal et nu </t(f' seul ils voulait^nt tracer » 1
— Chose curieuse : chez qui Irouve-t-on, par
contre, un ardent réquisitoire contre la couleur
locide? chez le < r<»rnanli(pi»' >• Chateaubriand :
11 y a dans riiommo deux hoinnus : riionnne de
•son siècle, rhomme de tous les siècles; le grand
peintre doit surtout s'attacher à la i*essemhlanre de
ce dernier. l*cut-ètre aujounlhui inol-on tmp d«'
prix h. la resseinhlaïuc. et, j^ui' ainsi dii'e, à la
calque de la physionomie de chaque époque. Il est
|>ossible que, dans Ihisldirc eonun»* dans les arl>,
nous représentions mieux qu'on lu; faisait jadis les
costumes, les iulrrinirs (c'est t'uutmr qui soiiliffne)^
loul le matériel de la soeiété; mais une litjure de
Haphael, avec des fonds né^lii^'és et de tlagraïUs ana-
chmnisines, neffaco-l-ellc pas ces i)orfeclions ilu
second ordre'.* Ijor'>quon jouait les pei->nnj»agC5 de
Iturinc avec le» |»frruqucs à la I<^iii« \IV, i^s spec>
tatcurs nV-Uieiit ni moinii ravis ni moins tou* hé».
Pourquoi? parrr qu'on voyait l'homme au li<'U des
hommes. {Kludf^ ln^t'nquft. pK'facr. — Voir aiiî»>i :
Mlsset, Samouiui, l.wiv.
NoTF. (i (paj;c 87»
Qu'une œture^ selon eiix^ ext b^He dans la mesure
OH fUe est èmouixinte.
C'est là, chrz nos conl<^iiip<^>rain9. un crilrriuin
confiant. C'est émouvant, disent-ils, donc c't.'st
Juau. • ïjt Vieil Homme, dit une do nos Pythies
iM*' N'verine», est tout de niênie un chef-d'œuvre.
car en If lisant notre cœvr bnt plus vih-. A vrai dire,
cette mesun; du beau n'est point chez eux l'effet
d'un système; ils ne con(:oivent ps (pi'il puisse
y en avoir une autre et ou les plonge dans une
réelle slu|)<Mir. comme f»ar l'aunonce d'une chose
h quoi ils n'avaient jamais songé, quand on leur
dit qu'il existe des chefsHl'o'uvre ttelle ftigue de
lUch, tel conte «1*^ V..it iJr. >u}i n.- r.,i,i i^.ini
hatlre le rceur 1 1
1 Oa reacontre anjouru ... -^ „■ ..iÈ ^ -^w. ........ . .., .
«1*>4 penonnet d** la pla« luulr culture : un prince «les
198 HF.I.IMIKGOR
\<)ici qiK'hiues liirncs d iin»^ inoiidaiiK* <lu
wii* siècle (iiii iiioiilivronl comliifii les séculins
«le ce. toinps (liir«''iait.'nl des ikMii's sur ce p(MUl :
.le rcNif'iis donc à m«»s lerliiirs : c'est sans préju-
dice de ClpojMitrr que j*ui juré d'aches-er... Je song«
quelquefois d'où vient la folie que j'ai pour ces sol-
lisos-Ià; j'ai peine à la comprcndiv... Le style de La
(Jalprenède esl niaudil en uiillc cnilroits: de grande>
jx'riodes de romans, do inéciianls uints, je sens loul
cela. J'écrivis l'aulre jour à mon lils une lettre de
ce style, qui était fort plaisante. Je trouve donc que
celui de La ('.alprenide est détestable, et cependant je
ne laisse pas de m'} prendre conmir à de la ^\\i : Ja
beault' des sentiments, la violefice des passions, la
4;randeur des événements, et le succès miraculeux
de leui'S i-edoulaldes «-pées. tout cela m'entraine
comme une petite lille: j'entre dans leurs deseins: et.
si je n'avais M. de La nociiefoucauld et M. d'IIacqu*'-
villc pour me con<oier. j<' me pendrais de trouNer
encore en moi cette faiblesse. (M"* de Sévigné à
M°""de «iiignun, LJ juillet iC7I.)
On vnit (juc, pour celtu njondainc, lonioi que
lui apporte un ouvrai:»'. — et (ju'tdle se plaît .\
leUies M. André Gid») trouv»' (pic M. Anatule France
n'est décid(^ment pas des phis grands parco qu'il ne lui c«u^<-
jins le tiTinlilement >; M. Anatole France Ini-mémc
déclare qu" « une chose surtout dtuuie de l'attrait à I.»
pensé»' dw hommes : «•'est l'inquiétude. » Lihidn ttrtUientli.
Hr.i.riu «.Dn l'.'î»
épniuver, — n'eu iiieAiirt* aucuiiPinrul la
valeur d»; qu'elle |ier>isli' à |N>ii»er. maigre ta
joie lit ion Cfur, que la valeur «l'une «euvre #e
nieiture à l'art qu'elle ix>uliefil; qu'autrenteiit dil,
eu ce«4 rna!i«res, c*e>l l'espril ?a»ul qui juot 2».
On vuit eucun* que ci'tte mnndaine irien ne U
fait tant dnlertK/* rcprociie l'énuii qu'elle éprtiuve,
en a |)n>pnMnenl hcmle. dniapne-l-on cela chez
(llaufie Ferval?» Marqurm-^ aussi l'étrançc |iou-
voir qu'elle a. au uniieu <ie >f»n |ilaisir. de |tarltT
sans re$«|»ect de l'olijel qui le cau^e. Se fieut-il
qu'uni' ffinuie ml si |»eu de n-h'jKin pour ce qui
fait tuUre son ru*nr? Au surf»lifs. celte faron de
jouir «l'un ol»jet et d'en nn-me lenq»s le m«^pri-
m^r est «•'*8enli»llenienl d une chrétienne.
.Non. Il j»age ÎKh
.1 prt/p<t8 fie* I*eD5«''es r/e Ponçai.
Xjù li\Te d«»s Pensées e«*l, au preîni«T chef, un de
adaùfv hautenMil BounUloo* éont
ri. . qu'il ae « l'émeut pan ■. «Lettre
du .
Umûmiu* ... . tfue « «-e a'ert pa» «eulement «In r<rnr
qu't-lle juge de la l>ont/ d'un oovrmfe ».
200 IJKLIMILOOR
ceux qui, par les jugements successifs dont ils ont
été l'objet au cours du lem|»<. |^>einiellent de
suivre révo!uti<»n du goût public. « Ce serait un
ouvrage bien intéressaiil, dit Irè- justement
M.Anatole France il), que Ihi^toiie des varia-
lions de la critujue sur une des auvre< dont l'huma-
nilé s'est le plusoccuptv, Hamiet, la Divine Comé-
die ou lUiade. • Ajoutons les Pem*^s.
Il semble bien(|ue. ptiidanl tout le wnrsii-cle,
on goùtii rinlclligent ellort quavaieiil fait lestnli-
leurs de Port-Hoyal, et à leur suite Talibé Bos-
sut ilTTO». pour introiluii-e quehjue ordre dans
ces débris, poureji rectifier les inc(»rrections. liien
loin qu'on se réjouît de létal informe où l'auteur
avait laissé <on n-uvre. on le l'egrettait. et Vol-
taire scmbi»' avoir ex|>riiii<' le sentiment de ses
conlenijKuaiiis quand il déplorait le * galimatias v
de tant de ces pensées, ou leur parfaite inintelli-
gibilité. .Vu début du \i\' siècle, l'ouvrage
(1 Ijo Vie UUTaire. IV, ix. — D'Alembcrt dit de m«^inr
dans une parole que M. Albert Chorel a pris* p<.>ur épigraphe
d'un savant ouvrage sur la renominée de Feiidon au wui*
siècle : • On a fait un Iinh? ; I*f> diffeitnlfs rrvoiuUoiude Ut
fortune d Aristote: on pourrait» n laire un «second, tn-s inté-
ressant et très phiIo5ophi«]ue, des \arialionsde la renommée
des souverains cl des auteur-. * On -ait nue I'. StapiVr l'a
tenté pour quelques auteur*.
RELPIIKGOR Si'l
«tuninenCT «l'rlr»* .nJinir»* |K>iir «^nn incohéivnc*».
L'fpiivreun |kmi or«loiii>t'*eqiio Icsédileursessayeiil
do lui snlisliUitT e^t roin|»an'f à une * inisi*nibliî
liiitUî ijUf I Ar.ilH* liu fl<^M^ii a Ultie au pie<l des
ruiiio'4 (\o l'aiinyre ». Eiic«»re sonibl«*-l-il (|ue le
mobile d«* (*h:il»»aubn;unl. on colli» s«>rtie. soit
d'oniro iliri'lion plus r|u*»»^llu''liquo i l'édition à
laquelle il s'en pr»^nail «'tait de (londorcel). Au
milieu du siècle, C^msiu (Mjusse son cri de guerre
contre les Irahison-» do iotlition «le Port-Uoyal;
Inutefois et' «ju'il veut i-xalter dans U^ Prns^rs^
«Hî qu'il roprochi- i Nicole et à Hoannez de \u^w<
avoir caclii-. c'est la |Kirfaite « liaison > des prlies
entre elles, c'en est I»» caraclèrc " ï>n)fondéu)ent
travaillé ». Au reste, le mouvement de Cousin
<4*Mnl>le loin d'avoir été unanimement suivi :
M. de Saci déclare -^'on tenir à l'é^lilion de lilTO:
(^h. .Nodi«T un mniantique! • jionse que le^ chan-
gements api)orlés par Porl-Royal auraient reçu
rappnihnlinn de Pascal, cl n»- >'oxUisiepasdu tout
devant la nature d' « ébauche » du livre; l'abb*'*
Maynard. lidèle à l'esthétique qui fit toujours
l'honneur de sa robe, considère comme imc tra-
hison à l'esprit d»- Pa-oal de \\o pas fain* de choix
dans ce« matériaux. Kntin. à la lin du siècle et de
jour on jour davantage, de Sainte-Beuve A M. Sua-
20-2 I;K LIMIKCOR
lès en passant par IWnnelièro. une des princi-
pales beajitt'S (k's l^rnsées cfsl «pielles S4)nt ina-
clKîvées... Voilà un bon syinplùinc du pmg:ivs
qu'a fait, dopuis (1»mi\ cenls ans, notre sentiment
eslliétiqu»'.
Pascal seinljjr avoir eu personnelN-nicnt ]>eu di'
re-'pect pr)ur le inoile ionianti(|ue que ciMtains
de nos contenjporains viennent vénérer en lui.
I)ans son Entretien avec M. de Saci, il parle sans
déférence d»* celte vertu « «pi'on peint avec une
mine sévère, un lefrard fai'ouclu', des cheveux
hérissés, le fn^nl lidé et en sueur, dans uih' po:*-
lure pénible et tendue, h^in des lionnnes. dans
un morne silence et seule sur la pointe d'un
rocher... » On croit reeoimaîlic» ti'l de ses plus
ardents zélateurs, (pii devait lui faire un jour une
ilhislre « visite », et on se demande, non sans
anii<jisse, coniuionl il laurait reçu.
... l'<\rp{oit(i(i(>n Hlffrain' du nn/stcif chrétu'i}.
11 ^einblj' que no> chrc'lieus actuels et leur»
fnu?*nisHeurs lilléraires pr(»ct"Mleiit plus (pie jamai^
Kl 11' Il M. oi; 20.1
h uue défonnalioii ((iirl«|u<' |ieii hi'TCticpie du
<oiiH du iiiol iiiy>ti'M*. Selon l'orlIiiHloxw, le
tiiynUrr |mn»il l»i»ii rln* iinr vrrilr iiM:nimais<i]»l«»
;i <it'li«>rs lit* la rrvéiatioii l>i*'n [iliiliM (Iii'uik'
|«n»j»o>ilinn iiicniiijinlifiiiiibU' |Kir fHst'mv. S;inH
dfiiili* le iiiy>lèrc a ({iirl(|ii(> clins<> (riiiiiili'lligili|(\
mais Cl' nti^l |hhiiI sur cvi attribut qur la tlu''<>lo|^«\
«lu moins fraiiraist*. |iort*^ lacceiit. bi* niaitri's
rlu wir sièclo S4»nl particulirniiii'iit formels sur
rr |K»in!. • CoM un my^lèn*, clirrliiMi'i, (UVIarr
UounlaloUL' parlant di' la Ucsurrcction de Jrsiu^-
« lirist, mai A ce tit^xt point un mijAifi'f oLvuv ni
ilifjirih» a /M'iiéirer ». • Ni»Uî» iw MHUJiies plus au
Uiups t|u*il failli" cacluT Its inysti>i\»s: cou\ (de*
\é^'ti^) t|ui se S4)ut rrudus oliàcur*^ ont eu de
iMinm*^ rai-'OMs \hhïi' clLi. » i.Maijivm.. i*rfffii/ur
ffu'ilf pour rirrer I ùmea la coiitnn plat ton , p. 3l»i.»
* itons eucort' ceci : • El ne cn>yez pa.^, je vuil»
l»rie. que le trésor de la piété chrt'tienne suit uiu*
rlir>s».' si aichéc et si iucouuui* cfunine voil< iiw
le maiidi-z. ('/est mw luiiii«*n' qui t^l txiMiiW'e |>ar
^auit l'aul à touâ les clnélieiiH, el par Notre-Sci-
' ;\ t«>u- <i*s dist'ipleH. «'I à lou> 0'u\ qui, s#»
...«■ntautdc rKvanfide, ur veuleul nrn di» leur
iropre invention dan<* li's voi«»s clnvtienn«»s. »
M. Oi.iFn, LtUrrn $jHs'itiiHh.n, C\\\ll. i \ oilà l»ien
i04 BELPIIECOR
une dôclaratioiule la ii(Mi-a<;i»oscil)iIitê du dognir
chrétion. Il serait inlcnssanl de rt^cherchcr si co
nesl j»as surloiil les lK\'<oins des s<)ciélés mon-
daines et avidrs de trouble f|ui ont rendu le
iijy^lère chrétien inyslérieiw.
Note J *page 129)
/.'' )'oinontisme de la raison.
Si \\m v«-ul constater ce que l'apologie de la
raison a de romantique chez certains de nos
docteurs, dont h'S noms sont sur toutes les livres,
on n'a iiu'à confronter leur ton avec celui de tel
écrivain du \vn* siècle traitant du même sujet.
Qur l'on compare. |)ar ex«'mple, la proscription
*\e l'ahus <lu savoir, la condamnation de la libido
sciendi, chez l'auteur de VAveiiir de l' Intel lir/etice
et chez Malehranche [De la curiosité ou de l'inch-
nalion ]X)ur les rhoxes nouvelles ou extraordinaires:
Jhi désir de la science (\)] ou encore chez Nicole
^ De la manière d'étudier chrétiennement y XlIIi.
(l'est proprement la «lifTérence du même th^nie
moral traité par Kzc'cliiel ou |>ar Xénophon.
(I) He>'henhe de la vérité, IV. m cl vu.
D ELI* Il KG OR S(05
L'rlogf «luoii (ltk;erne journellement au grarnl-
pr«'-lre <lo V Action française d't être rereiiu aux
riiu'iirs (lu slylo rlassiqu»^ » fait cncoro s<»urin*
<|uaiid nii coiisulen.' «^uii eiilhnusiasiiie |K)ur •*<-^
pnipres doctriiips, s<»ii achamemcut à |)ersuailer,
-Jirloul sou ton violent et méprisant à IV'ganl dr
i adviTsain* irien, en vérité, de crliii do Bosquet
|M»ur Oomueil (»u JurifU, ni mémo de Château
l»riand |x»ur Voltaire). Happelons, sur cis sujeU.
i|uel(pi(> d«n:laralioiis «I»' l'f'spril classique :
c'est iV-llisson sélevanl contre « ceux qui sou-
ticmient la vérilé à contretemps et avec trop di*
chaleur, sans complaisance et saru discrétion » ;
c'est llulTon voulant Discours sur le style, (|ue la
« [R'rsuasioii nitéricure ne se marque |>as par
im enthousiasme trop fort et qu'il y ait |>artout
plus de candeur «pu* de couliaiice. plu-^ de raison
'pif de chaleur ■: c'est surtout .Nicole ensei^nant
l)rs moyens de conserver la jMiix entre les hommes.
I. ix) que, dans la controverse, n ce ne sont |t;is
!anl no*i s«iilim«iils rpii cliM^pient les autres que
!.i manière li«re, presomptueusi', iklssiouiuV,
■ Méprisante, insultante avec laquelle uou» les
pro|K/sons f, qu'- il faudrait donc apprendre \
•'»ntn*«lire civilement •, et encore que t c'est hien
:\^<ri, que l'ofi {H-rsuade à Ceux que l'on conlre<lil
1î
206 BKLIMIKGOR
qu'ils oui lorl t'I (jiiils se (rompent sans leur faiiv
encore sentir, par des lennes durs et lunnilianls,
qu'on ne leur trouve |»as la uiiùndie (Hineelle de
raison ». Voilà des d<K'lnnes cla^isiiiues dont on
conviendra iju»* .M. Ch. Maurras les a un peu
oubliées. Quant à <e qu'une action sur les niasses
soit inip(>ssii»le avec ces préceptes, nous sommes
tout prêts à l'accorder. I.'apo«^lolat ne s;un~.iil êlre
classique.
Aftl/iiiica. l'Arruii'ilr /7n/^///V/r//(r, c'est la mou r
de l'esprit chissique pris pour matièn' d'exalta-
tion romantique; de même que, symélriciuement.
l'ouvrage de M"* de Staël sur IWIIema^rne, c'est
l'élofre de Tàme romantique traité par un lenqié-
ramrnl classiqu<\ .Mais voilà une anlilhès<^ l»ien
romanli(pie.
•Non: K p.iiic 152)
A jtrojios ({'un cahier ilf^ l*''!f"l/ intitulr : N(»l«' sur
M. r.rru^oii cl l;i pliilttsophic lu-rirsoniciuif.
Ce cahitM" ayant etc. de la (>art d'une revue
italienne, rol»j»*l d'un article élopieux où dous
étions pris à partit-, !<• hvteur nous |HTnirttra
de mi.'ttre sous s<'s yeux la réponse que nous fimes
• Ctt7io6/jt»j, juin iOliJ). à l'auteur de cet article,
BKLPIIKGOR S07
réponse qui souligne certains traits de Tesilié-
lique contem|K»rain«' :
... J'aNonc ne pa> tns hifn •oiiiprcndre. Monsieur,
ladislinclionque vous laites, avet- r6<nJ>. entre la rai-
son raitlê et la raùon suuple ni la ni-cessité d'adapter
la seconde aux [tht^nomtncji de la vie fi cau$f df leur
sompiear. Mon avis osl que tous Ic« pliénonunes —
et non paiiirulitrrmeiit reux do la vie — étant
soupirs (je veux dii*e roniplcxrs et nuances i, la seule
raiaon valable en toutes cirronstances est uniquement
la miâon mtuple. Kn d'auti'es termes, la rai&on. 8«^lon
moi« est souple ou elle n csl |ioinl; rc que \ous ap|ir-
lei rnxstm rauie, je rap|»#'ller.iis volunliei-s. et avec
vous sans duulc. beolisme. ou fiirore scolarili^...
Mais ccUe raiaun muplr^ laquelle m'appamtt don<-
commc l'intelli^cnre m<^me. n'a rien à \oir av«»c l'a* -
tiviti' (|ui ronsisie h se mettre ^ dans l'inlcneur » du
ph^^nom^nc de la vie, à « \ivre la p<>us5ie \iljle «a
1 exclusion de toute raison, arti\ile qui constitue,
n'en déplaise à Péguy, l'iotuition Ijerpsonienne...
Je ne «aurais acquiescer non plus. Monsieur, à la
synonymir que aous établisse/ enli-e . al)sir;uUon •
et • raideur ». Il me semble qu«' lab-lrait peut rire
fort nuane^ : sans parler de 1 exemple qui* m'en donne
la matbématique su|K*rieure. mais en restant dans le
domaine de la pbilosopbie. • ux ftour pn'uve
que rertaïue /{/•/>/nv mu ilf l)e>rarlcs ou
encore, |>ouren revenir aux pbenom«-nes d** la \ie, les
y.nMnt% de d^fimttoH dr In t ,.- <!#• ÎÎim I^-r» ^|ii>nccr dans
ses hnitripe» de Bioiugi
208 BKMMIEGOR
J'ai dit plus haut qw. par souj)lesse tie la pensée,
jenlendais sa coiuplexiU', son nnanceincnl. Si c'est
cette s()U|tless('-l;i que goûtent nos contem|K)rains, je
pense comme vous, Monsieur, qu'il n'y a rien là que
de très louable. Mais je crois (|ue la souplesse qu'ils
},'oùtent, ce n'est jias la com|ilexilé de la |)ensée,
laciucllc roiisisic on somme dans une gamme de con-
(•e|>ls extrêmement divisés, c'est Vahsonce df mnrepU,
c'est la pensée dans sa pure ^< Huidilc » de smtimen!
des choses, dans son relus de « se liger », comme ils
disent, en la moindre allirmation de l'intellect. « Ave<-
des arrêts (des concepts), dit Hcrgson, si divisés soient-
ils. Vous no ferez jamais «lu mouvement. •> C'est ce
iuoui'»'mcnl , ce qu'ils veulent, pmisémenl dans sa
pntscriplion de .tous conrrpts^ quels qu'ils soient.
J'avouo que le goût de celte souplesse-là me semble
un goût de jture sen.salion, assez peu res|>ectable.
Tour en finir avec la raison raide et la raison
souple, je songe qiio peul-t'tro vous entendez par là,
MonsitMir, la célèbre distinction de Piiscal entre
l'esprit géomélricpio et l'esprit île finesse. Kn ce cas.
poimettcz-moi de din^ que : !•» je n'ai point laissé de
roconnaitro la suprême valctn- de l'esprit «le finesse
(que j'appelle Viiitrllif/enre inluilirc par opposé à
Vinlelligniœ disctirsirv) et de marquer (Sur le suro's
(lu Hriffsonisinr, p. lOS et suiv.) qu'il est à la base <le
presijuc toutes les découvertes scionlifiques. encore
(|ue cet esprit de llnesso ne m'apparaisso pas, ainsi
qu'on \out nous le faire croire, comme plus parlicu
liéronienl nécessaire aux découvertes biologiques ou
psychologi(jues, et que, de plus, eu aucun cag, il ne me
llKI.I'MFGoa L»0'»
écmbic devoir m sudin; à iui-mrnin ni ptiuvoir le
pjLHser. |Kiur fain* «l'uvrc «le sci»Mn i^. il«« lesprit içéoiné-
Iriquo ou rén»rlu : qiio : t* rojiril ilc nn€*J»s* — ou
intelli)(pnco vi\e. soinlainc, divinatrice, mni% inteUi-
ijence — n'a rien à voir, lui non|»lu.«*, avc«- l'intuition
bergsonitfnnc ou alxlicxition de toule tg/tfct d'întet-
ligencr au profil dr la pure jtouœe vttaU'. C'»»st
toujours relie m«inr rqui\«>que. ronlro «pioi je ne
redite de m'élever : le l>erKsonisnie est coniitaniineiit
pris pour une rxaltnlion des formes /i;!*** de l'inleili-
^ence. ce qui nalurclli-inenl lui roncilie 1rs esprits
déliraU. alors qu'en vrrilé il esl l'exaltation d'un
rlul tiiinteiiecfurt, qui n'*pudic Umt o» 7111 est xutellx-
genee.nuui bien fine que non fme, di»s l'instanl qu'elle
est inlellipence. au profit d'une pure |>oussée vitalr:
doilrinr dont, au contraire, m» dûtournenl ininwilia-
Irnienl «es m- ts, pour In laisser aux s«niU
ni3fHli(|ues,qu.ii . uresl dénonréedHn" sa ivalilé.
Pour ce qui est de déclarer av«T Vv^y qu'il y a
plus d'appi-ofondissrnïent «Ir l'homme dans un chcrur
iV.Kntigtnir (|ue dftus l'o-uvre de Kant, c'est, j'ose dire,
«lahlir des df;;rt''s entre des rlios«»s qui n'ont rntrc
ellt-s aucun rapi»orl »i ce n'est piir un abus drs moU.
Huel rap|K>rt y a-t-il entre l'approfonilissemenl du
ni'ur de l'homme qu'est une pape de Sophorlf ri
l'appiiifondissemcnt dr sa farultr «le piMiser que \cnl
rire, piir oxrmple. la ' » jmrr*^ Ce
que voulait dirr l'«"^'U> Ir W)n tMrc)
c'e^t que rapprofondiHsemenl du cœur de t'homino
i'uitrrr^juiil, tandis qur l'approfondissement de m
ta«'ultc dr |M'nscr ne iuihmstut jmh. C était un pur
tt.
2i«) HKLI'HKi.OK
jugement «le \alenr. la jiuro afliiinaliou d une préft!*-
rence.
II nie semble que celle fonilamenlale pn'férence île
Péguy ne saurait èire trop rclenue pour la compré-
hension <!•' re qu'est son œuvre, et surtout »le te
quelle nesl pas. Héj;uy ne s'inléressiiit qu'aux mou-
vemonls de l'une, ù la vie. à la lutte: les id(!*es en
tant que telles (tous si's amis vous le diront)
rennuvaienl à périr. Ceux qui s'v complaisent lui
semblaient de-J enfants, n'avaient que ses dé<lains. Sa
dernière œmre est. à l'occasion de la philosophie
bei'gs<»nienne. un admirable élan lyrique, — singuliè-
rement touchant à la veille de sa mort, — en l'honneui-
de l'amour humain, du roumge, de la lutte, des
philosophies dam la mes^ire nii rllrs sont des élihiifnts
(i4^ httle. L'examen des idéis berçsoniennes ni faut
i/n'idrt's el de leur dcffré de justesse n'y est jinipiT-
ment pf»int l<ujché. Au surplus, Péjçuy a déclaré (voir
sa note, j). 68) que prendre une philosophie avec
l'inlention d'établir qu'elle a tort ou raison, c'est
propr»Mnenl monher « qu'on ne s;\i| j^as de quoi on
\M\v\e »i. Nr lui taisons |>as l'injm-e de crtùn^ qu'il a
fuit ce qu'il mépris;ul tanl.
Veuillez, etc.
HRLPHKGOH tii
NoTK L 'lUlg»» 173)
... Ijfx ffinmes d'alor» avaient if resjin'tde la forme
(l'àme matiruime^ s'èvaluaietU daiiA la tuestwe <m
elle* y lemlaitmt. •
Pn»«tju«^ tout»' la n*vvi)ilication des fiMiiino^ do
i'aiici4*ii r<Viiiic en favt*ui' de leur sexe con<«i!4ait
A snuUMiir qu'il (sl. aiifanl qiiP raiilm, rapablo
d'aclivil»'* uitt'lhftnfllr. M"" <ii> «HMirnay, .M""" d»-;
Hcx-hes. M"' i\v HoiiiiiMi (vnir V. du Bi.ed, la
Société /ranrniAt\ wi*" ol wiT siisrltsi, l'xaltenl
chez les femmes, rapliliide au « savoir ». Lue
héroïne des iUumet» de iacrantlièe (♦»'' journée),
voulant dénuuilnr la suiH-riorité de sou sexe, la
fait oi>n<^isl»T en c%- que, si nous • jiMonn le^ yeux
sur les .icirnrex, (irfs, métif'r.t. pndiffues et inien-
tioftg, la |ilus|»arf m* Irouvera lin-e de la teste des
femnn's », rt aussi dans ce *|uon a vu un»' infi-
nit»'* de fl u'mnds cer>*eaux de fi^mnies régir,
maintenir <>l ::«»uvern«r » des n>yauui»'s. h» sujet
d'indigiiatittii d une «'•UVanle. dans te» (irafids
Jount d'Anr^n/fi*'^ c'esi qu'on n'fuîM* A son si»xe
• rusaL'»" •''• «n-i '•'•>••»• • •'•'• 'ti'
•212 H KL PII KG OR
La |ir(''lcnlion ([u'onl, au conlraire, les feinines
d'aiijourdliui de valoir par des qualités propres à
leur sf'Xf' el dont le iiiùle serait dénué (sponta-
néité, inslinctivisnie, intuilionnisineK s'accom-
pagne chez elles d'une hauteur à l'égard des
hoMiiiM's, d'un mépris, d'une sorte de volonté de
brimade qu'atirune soci<''l«''d'anlan semble n'avoir
connue. (Il va un liviv à faire sur l'histoire des
ra|>j)orls des sexes dans la bonne société.) S'ima-
gine-t-on une de nus élégantes écrivant à un
ambassadeur, comme M"- de Sévigné au duc de
C.baulnes : « Je baise tiès humblement les mains
de Votre Excellence »,ouà M. r.lemenceau, comme
>!'"'■ de Chevreuse à Hichelieu : " Je suis voire ser-
vante » .' Ne perçoit-on pas, au contraire, chez les
femmes d'aujourd'hui, quel que soit le rang de
l'homme auquel elles s'adressent (sauf i>eut-étre
s'il est homme d'Kglisei. le sentiment de la supé-
riorité qu'elles se décernent de par leur étal de
femiiir cl la voloiih' qu'on la senle?On saisira sur
le vif cette ditféience en lisant les lettres qu«'
reçoivent de leurs c(»rrespon(lantes de sinq>le^
hommes du monde connue Bussy, La Hochefou-
cauld, Saint-Kvremond. le président de Brosses.
Ouel |»arfait pied d'égalité! nu«dle absence, chez
ces fennnes, de tout esprit de distance! C.oinme
DELPUéCOa 11)
ollfs sont totaloineiil iiuIiMiine^ d«' cmiro ((uVlles
fonl iiii (I honneur • à l'homme on causant avec
lui! Qu»'lle vrritablo n^publiqu»» que c«-lt«* bonne
couipa^K^nie!
Celte nouvellr attitude des femmes |»our le «exe
mas^nilin, dans la In^imo Hn'irtt' m<Klerne, tient
enri»re à d'autres raisons, h'abord, c'est à |ieu
près elles seules maintenant, dans cette classe,
qui m«'nent une vie moelleuse; l'homme se lue
au travail, et ïK)urell«»s: no faudrait-il |kis qu'elles
fuss«»nt aiï»*ct«'*es d'une ék-vation morale, à quoi
en vc^rité rien ne h»s di'^signe. |M»ur qu'elles n'en
t'USMMU jMiinl |M»ur lui le plus profond mrpris?
Ajoutez qu'ayant seules des loisirs, elles sont de
plus vu plus seules à avoir quelque culture, et
qu'ici encore on ne voit pas pounpioi elles auraient
la nobifsse de no s'en point Irouvt-r supî-rieures.
Au reste, leur mépris jn)ur li> hommes isi parlajçé
par U^ honnnes eux-m^mes. Je sais certains
d'fnire ct-ux-ci qtii diri^'cnt des entreprises im-
m<'ns4>, commandent à de:» nnlliers d ouvriers,
transforment des industries et changent la face
du monde; non seulement leurs femmes, parce
qu'elles Si' li'vent A midi et pianotmt du Schu-
mann. s'esliment iidinnnent au d«'^sus d'eux, mais
ils souscrivent entièn*ment à ce jugement.
214
HKLI'IlKCiOJl
A cCAo de celte volonté do brimade de la |Kiit
des feiiunes, el comnie en sens contraire, il ^on-
vienl de noter une autre tonne de l'invasion du
mauvais tioùl dans les relations des sexes : la vo-
lonté de cdmarnderif. VM-W l>e«-nin de dire (pie
celte camaraderie n'a rien à voirave^* les rappoils
dont nous parlons plus haut du président de
Brosses avec ses correspondantes?
UN
iMPRiviiiiK ciiAU. m y. iiEiu-.Kur.. 20. p\ris. — 1164-2-18. — Ibot Urfllf«).
et ^21
•e45tt4 1918
CCO BENOAt JuLlt
^CC* 101AJ3<;
etLPHLGCR.
La Bibliothèque
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Echéance
Ceioi qui rapporte ud volume après la
dernière da!e limbrée ci-dessous devra
payer une amende de cinq soos, plus on
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